Dans son regard absent

14/11/2011 à 11:02   | Publié dans Uncategorized | 3 Commentaires

Dis-moi comment c’était pour toi, à l’époque. Deux ans à peine, je crois. Quand on l’écoutait dans ta chambre, cette chanson, ma chanson, peut-être ta chanson aussi. Ça te faisait quoi, moi, là ? Et toi qui me disais que tu me trouvais jolie, que je t’attirais. Je ne comprends même pas comment tout ça a pu se terminer, sans que ça commence. Je sais que je m’en veux, je sais que c’est ma faute, ils me l’ont tous dit ; incapables de définir ce que j’avais fait de mal mais c’était sûr, c’était moi, c’était à cause de moi. Je le sais bien moi aussi que je suis responsable. Responsable d’avoir laissé filer la seule et unique occasion de ma vie de tomber amoureuse, de serrer contre moi un corps que j’aimais, un corps que je ne méprisais pas. Il y avait ton regard, il y avait Gainsbourg, et ça a foiré. Il y avait le froid, il y avait l’hiver, la nuit déjà commencée, Paris, Paris qui nous observait, le temps qui n’existait plus, les minutes avec toi, des heures, des secondes, je ne savais plus rien. Je refusais que le temps passe, je ne voulais pas que cela se termine, je pensais que ça ne se terminerait pas tu sais. J’ai cru que ce serait possible de t’aimer et te laisser m’aimer, j’ai cru que c’était aussi ce que tu voulais ; j’ai eu tellement tort et je m’en veux tellement d’y avoir cru, d’avoir déconné. Je ne sais pas ce que je t’ai montré mais c’était dégueulasse, c’était forcément dégueulasse pour que tu ne veuilles plus me parler, plus me voir ; et puis les amis là, qui me disaient, mais si, il est content de te voir, vraiment ? J’y ai cru tu sais, encore, et les SMS, et tu as cessé de répondre, et j’ai cessé d’envoyer des messages, et un jour j’ai picolé mais c’était déjà bien trop tard ; je pense que ça a fini d’enterrer la chose. Alors te lire aujourd’hui, tu sais ce que ça me fait, non tu ne le sais pas ; tu ne peux pas savoir, tu ne peux pas savoir les litres de larmes, jamais je ne t’en aurais parlé. Je ne pouvais pas envisager de t’aimer et de te perdre, c’était pas possible. Mon cœur qui s’était réveillé après presque dix ans d’abstinence, paf, c’était toi. Le plus triste c’est que je n’arrive pas à regretter, putain j’ai vécu tout ça à fond, rien du tout ou presque ; rien qu’un baiser de ta part aurait tout changé. Je ne sais pas si c’est parce que je ne me suis pas allongée la première fois, je ne sais pas si c’est parce que tu as cru comprendre que je ne voulais pas de toi, je ne sais pas si c’est parce que tu as pensé que c’était pas possible, que tu as essayé de te forcer mais que ça ne venait pas. J’aurais dû faire ça, j’aurais pas dû faire ceci. Je suis responsable, ce n’est pas possible autrement, je n’ai rien reporté au lendemain pourtant, mais j’ai foiré. Tout foiré. Tu as probablement pris peur de ce que je ressentais, pourtant tu sais, j’étais prête à tout et j’aurais tout accepté, même des miettes, même de l’amitié. Ça a été ton silence le plus dur, s’en relever, ignorer, la tête haute. Aller baiser les mecs des autres, ça a recommencé, ce n’était pas grave, ce qui était grave c’est que je ne croise plus ton regard.

http://www.youtube.com/watch?v=NJ7P8JWd5fc

Au bout du téléphone, il y a votre voix

12/10/2011 à 10:49   | Publié dans Uncategorized | 2 Commentaires

Le premier verre que je me commande est un mojito. À la fraise, comme ça je pense à toi, mais pas trop, toi et tes mojitos par dizaine, moi étalée par terre dans ton salon. Je te disais que le rhum ne me réussissait pas, tu me répondais qu’au bout de deux litres, aucun alcool ne pouvait me réussir.
Le serveur est mignon. Des yeux bruns, intelligents, doux. Je parie que je pourrais le séduire, il suffirait que je fasse semblant d’avoir trop bu, il suffirait que je me penche délicatement pour prendre mon portefeuille, qu’il voie la naissance de mon soutien-gorge. Mais pour toute tentative de séduction, je sors mes lunettes de soleil et un livre. Je me cache prestement derrière les pages qui sentent encore le papier fraîchement sorti de l’imprimerie. Je ne veux pas lire, je m’en fous du malheur des autres qu’ils ont cru bon de sceller dans l’éternité avec leurs stupides romans. Je ne pense qu’à toi et je ne vois que toi, toujours toi, encore toi. Jusqu’à l’écœurement.
Alors je pense à la tenue que tu auras quand tu me rejoindras. Il fait beau, est-ce que tu auras passé une petite robe trop légère pour être honnête ? Est-ce que tu auras des sous-vêtements en-dessous, ou est-ce que tu t’amuseras des regards sur tes tétons qu’on distinguera sous le tissu pâle ? Et moi, est-ce que j’aurais envie de regarder ce qui se cache au creux de tes jambes quand tu feras exprès de les croiser sous mes yeux, en effleurant ma cuisse au passage ?
Je me demande aussi sa ta peau sera plus bronzée. J’aimais bien la blancheur de ta peau et je te l’avais dit la première fois qu’on avait fait l’amour. Il y avait ta chevelure brune encore étalée sur l’oreiller, je n’avais pas pu m’empêcher de penser que ta peau était comme du lait que j’aimerais boire jusqu’à vomir. Je me souviens que ça t’avait presque vexée, comme si je te disais que tu avais l’air malade, alors que je te trouvais juste aussi belle qu’une poupée prête à se briser.
Est-ce que tu porteras encore mon parfum ? Shalimar, je t’avais dit que c’était le mien. Eh merde, mon verre est déjà vide, je commande un nouveau cocktail : Cosmopolitan. Le cocktail des pétasses. Tu ne supportais pas Sex & The City et tu te foutais de ma gueule, moi accro aux séries, secrètement amoureuse de Carrie parce que je trouvais son nez émouvant.
Je ne veux pas savoir si tu as baisé pendant ces trois semaines où l’on ne s’est pas vues. Je sais que tu l’as fait, du reste. Je ne veux juste pas que cela soit formulé, que cela me soit jeté au visage. Je bois d’un trait le Cosmo, je commande un vrai mojito. Là ça y est, je ne peux plus me mentir et la tête me tourne déjà. Je me bourre la gueule en t’attendant, c’est peut-être ça que tu cherches en arrivant une demi-heure en retard.
Mon ongles sont tout rongés de t’avoir voulue sans répit. Je me rappelle de la dernière fois chez toi, on s’est embrassées, tu m’as tripoté les fesses comme d’habitude, mais tu y as mis moins de force. Tes seins étaient à peine tendus contre les miens ; pourtant moi je frissonnais comme au premier jour. Je suis partie, le jour venait de se lever, j’ai pris un métro plein de travailleurs ensommeillés, et j’ai pensé que c’était la dernière fois que je venais chez toi. La dernière fois que je faisais l’amour avec toi. Je ne sais même pas pourquoi, ça m’a frappée comme une évidence. Rien d’autre à dire, rien à expliquer.
Alors que je commande une tequila sunrise, et que les mots dans mon roman de gare commencent à danser sous mes yeux, je sais que tu vas me quitter et je fais de mon mieux pour ne pas chialer. J’ai encore ces mêmes flash, tes yeux bleus troublés par les larmes quand je t’ai dit que j’étais amoureuse de toi, ton rire guttural quand je te racontais des conneries, ton corps putain ton corps. Je le serrai si fort quand on baisait, je ne voulais jamais le lâcher, je ne voulais pas qu’il se sépare du mien. Ton souffle sur ma nuque quand tu m’as dit que tu aimais mon cul et que tu ne t’en lasserais jamais. Tes doigts en moi, pour la quinzième fois, la cinquantième fois, toujours la même excitation ; mes jarretelles qui t’avaient fait hurler de rire.
Je me lève pour aller aux toilettes, ma tête tourne et j’aperçois mon téléphone qui vibre. Tu me dis que tu vas être en retard, comme si je ne l’avais pas remarqué. On arrive toujours en retard pour annoncer une rupture.
Et tu sais quoi, là dans ces chiottes minables d’un troquet miteux près de République, je pense à toi encore et encore et je mouille de toi, je mouille de penser à toi et aux saloperies qu’on aurait encore pu faire. Comme instinctivement je me retrouve les cuisses écartées, deux doigts en moi, et c’est presque comme si c’étaient les tiens. Peut-être est-ce l’alcool, peut-être est-ce le souvenir encore vivace de notre dernière nuit où tu m’as fait tellement mal que ça m’a fait du bien, toujours est-il que je jouis en deux minutes, le souffle court, les doigts glissants et parfumés de cette odeur qui te faisait alors chavirer.
Quand je me rassois, un nouveau cocktail arrive sur ma table, je commence à croire que je suis tellement bourrée que je l’ai commandé sans être capable de m’en souvenir, mais c’est alors que le serveur arrive et me fait un clin d’œil : « c’est pour moi », dit-il, avec un air presque salace. Je bois le liquide trop sucré et trop alcoolisé et j’ai envie de dégueuler, sur lui et sur elle, sur tous ceux qui baisent et aiment ça, sur moi aussi et surtout.
Mais je te vois arriver de loin, déjà ; sur des talons trop hauts pour toi et je pars dans un fou rire impossible à arrêter ; je sais que les gens pensent que je suis folle mais je suis trop bourrée pour m’en soucier. Tu t’approches, je vois déjà sur ton visage que tu baises beaucoup en ce moment, et puis t’es effectivement trop bronzée, et je crois que c’est de te dire adieu qui m’écœure le plus. Branlante je me lève, je largue quelques billets sur la table, je vois que tu as l’air étonnée mais moi je ne vois plus que ta chatte, ta chatte que tu n’épilais pas et qui va me manquer à en crever, ta chatte que j’aimais bouffer pendant des heures, et que tu as dû offrir au premier con venu ; je sais que je suis déjà en train de chialer mais j’ai mes lunettes noires, alors avec le peu de dignité qu’il me reste, je te traite de salope et je tourne les talons.
Je suis à peine arrivée à la bouche de métro que je dégueule sur les marches, pendant de longues minutes ; j’entends les cris dégoûtés des gens qui me dépassent et quand finalement j’arrive à me relever, la bouche encore pleine d’acide, je te vois au loin qui sourit, le téléphone collé sur ton oreille délicate que je ne pourrais plus mordiller. Quand j’arrive sur le quai, un jeune homme d’une beauté indéniable me bouscule pour sortir ; il se retourne et fait un geste de la main pour s’excuser. Il parle lui aussi au téléphone. Je fais tout pour ne pas entendre ton prénom, et ne pas voir ma gueule défaite dans le reflet de la vitre du métro.

If you say anything right now I will believe you

03/08/2011 à 9:47   | Publié dans Uncategorized | 5 Commentaires

Ce qui m’a plu, ce n’est pas de sentir ta queue dans ma bouche. Ce n’est pas de caresser ton torse pourtant trop poilu à mon goût mais qui, sur le moment, m’a émerveillée. Ce n’est pas de sentir tes lèvres sur les miennes, non.
Ce qui m’a plu, c’est tout ce qui s’est passé avant. Ton sourire qui n’était même pas feint quand je suis arrivée et que tu m’as dit bonjour. Tu n’avais pas souri comme ça la première fois, et pour cause. On ne se connaissait pas. Tu as voulu me faire quatre bises, je ne t’en ai fait que deux. Peut-être comme pour te dire que cette fois ce serait différent.
Parce que j’ai réussi à me leurrer un peu. À me dire que, de toute manière, tu ne voulais plus de moi. Je me rappelle de la réflexion d’un ami quand j’avais évoqué que nos retrouvailles seraient peut-être consommées : « mais tu penses qu’il en a encore envie ? » Question idiote. Il me semblait évident que non, tu n’en aurais plus envie. J’avais rangé cette idée dans un coin de ma tête. Pourtant, j’avais sorti un t-shirt qui me faisait des seins énormes et je m’étais épilée à certains endroits que je n’aurais pas touchés s’il s’était agi d’une simple soirée entre amis.
Je me souviens t’avoir vu, avoir découvert tes cheveux plus courts, ta chemise d’homme, et m’être dit que je te voulais. Tellement fort. J’ai même exactement pensé : « et merde, je le veux ». Oui, je te voulais. Passionnément. Ç’aurait pu être dramatique, j’aurais pu me morfondre toute la soirée. Il y a eu quelques silences gênants, c’est vrai. Je n’osais pas te regarder dans les yeux au début, peur peut-être qu’on puisse découvrir quelque chose.
Sciemment, je suis venue m’assoir près de toi, prétextant le côté pratique pour une amie qui était en cuisine et n’aurait pas à faire le tour. Peu après, ta femme est revenue, elle t’a demandé de te décaler et cela ne t’a pas plu. Oserais-je le dire ? Oui, j’ai cru que la proximité avec moi te plaisait. Peut-être était-ce simplement le moyen pour toi de faire comprendre quelque chose dont je n’avais aucune foutre idée à celle qui partage ta vie, je n’en sais rien. Mais j’ai voulu croire que c’était pour moi.
Tu t’es donc retrouvé en face de moi, pas à côté. Et je crois que c’est moi qui ai commencé. J’en suis même quasiment sûre. J’ai tout fait pour que nos pieds se touchent, sans en avoir l’air. Et le petit jeu a recommencé. Le même qu’il y a quelques mois. Parfois je croisais ton regard, ce regard dur du type qui désire, qui ne rigole pas, qui ne s’amuse pas. Je te veux, voilà ce que je comprenais en voyant tes yeux fixés sur moi (oh juste quelques secondes, que personne ne s’en aperçoive), en sentant ton pied contre le mien.
Il y a eu le jeu, encore. Ton pied entre mes cuisses. Mes cuisses que j’écartais alors pour que tu puisses aller plus loin. L’excitation que je sentais poindre. Et ma main sur ton genou, mes caresses sous la table. Même celui qui savait tout à la même table n’a rien vu. Nous sommes deux beaux menteurs.
Évidemment, quand tu as demandé qui venait avec toi à la cave, j’ai compris. Peut-être n’était-ce pas pour moi. Mais c’est ce que j’ai compris. Je suis descendue avec toi, je tenais à peine debout parce que le plafond était bas. Tu étais face à moi, tu souriais, je ne savais pas quoi dire. « Ca va ? », t’ai-je demandé. Ridicule. Tu m’as répondu oui, et toi ? Moi aussi ça allait. Tu voulais m’embrasser je crois, mais je me suis retournée, alors tu as mis tes bras autour de ma taille et tu m’as embrassée dans le cou. C’était tellement bon que j’ai cru en mourir. Il ne fallait pas traîner alors je suis remontée, rapidement.
Je me rappelle aussi ton regard et le ton de ta voix quand je cherchais du savon (dérisoires instants), tu m’as proposé du Paic (rien n’est ridicule quand on est séduit) et tu l’as mis entre mes doigts, et tu es allé très gentiment me chercher de quoi m’essuyer. Tu étais prévenant, doux, adorable. Tout ce que tu semblais incapable d’être avec ta femme, pourtant bien plus jolie que moi, pourtant bien plus sympa que moi, pourtant bien plus respectable que moi.
Les choses qui devaient se passer se sont passées. Je ne sais pas si elle n’a pas compris, quand elle est redescendue, que nous étions côte à côte sur le canapé, toujours cette putain de télé allumée pour qu’elle ne comprenne pas. Mais je ne la crois pas si idiote. Tes doigts en moi, l’odeur de ta queue, tout cela était pleinement excitant.
Mais ce que j’ai vraiment préféré, ce sont les instants volés, interdits. M’as-tu fait boire pour que je succombe ? Question idiote, tu m’avais déjà eue, et j’avais déjà commencé à te regarder comme si je voulais que tu me baises jusqu’à l’aube.
J’ai aimé te séduire, même si ce n’était probablement qu’un besoin d’assouvir quelques désirs qui ne m’avaient pas attendue pour exister. Quand même. Le jeu, avant, c’est ce que je préfère. Et puis tu as vu, je vais jusqu’au bout, je ne me défile pas.
J’aimerais séduire et ne jamais passer à l’acte mais je m’y résous toujours. Après tout, qu’est-ce que la chair et sa propriété ? On ferme les yeux et cela passe plus vite, on peut presque croire que l’autre nous aime encore un peu lorsqu’il décharge sur notre visage.

On reste dieu merci à la merci d’une étincelle quelque part à Paris au fin fond du bar d’un hôtel, dès la prochaine vie jurer de se rester fidèles… quelle aventure…

29/06/2011 à 6:36   | Publié dans Uncategorized | 3 Commentaires

Je me revois, là, minable. Accrochée à lui, mes yeux plein d’espoir, le bras autour du sien, ma tête qui tangue dangereusement sur son épaule. Complètement ivre, bien sûr. Le regard brillant, vibrant, de celle qui supplie presque. Ne me laisse pas, pas comme ça.
J’approche mon corps du sien, le plus que je peux, et je sais que ma chaleur l’envahit, je sais qu’il en a envie. Déjà, quelques heures plus tôt, sa jambe collée à la mienne sous la table, sa main sur ma cuisse, qui caresse mon genou. Les verres de vin qu’il ne cessait de me verser, la liqueur que je renverse sur sa table d’homme marié qui a cuisiné toute la soirée pour les invitées de sa femme.
Alors que je murmure quelques mots, que je lui dis que j’en ai envie, que je veux qu’il m’embrasse, j’ai déjà oublié ce qui s’est passé auparavant. J’ai oublié les assiettes que j’ai débarrassées pour me retrouver seule avec lui dans la cuisine, j’ai oublié le baiser qu’il m’a volé alors que je minaudais, mes assiettes sales à la main, j’ai oublié le vomi que j’ai laissé dans leurs toilettes et le chewing-gum que j’ai pris juste après parce que je voulais qu’il ait encore envie de m’embrasser, j’ai oublié le SMS de victoire que j’ai envoyé à un prétendant potentiel lui disant que cet homme là avait envie de moi.
Je ne connais que l’instant présent, son canapé, son corps si près du mien, l’indifférence qu’il feint de ressentir à mon contact. Je l’ai vexé, je le sais, je lui ai dit que je ne pouvais pas, que j’aimais trop sa femme, que c’était plus qu’une amie pour moi. Il s’est raidi, s’est détourné de moi, et maintenant ne me touche plus. J’ai pourtant tellement envie de lui, de sa bouche qui sait embrasser, de son corps d’homme et de son odeur qui me rend dingue (d’ailleurs je lui chuchote à l’oreille qu’il sent bon, il a un rire étrange et il me remercie).
Doucement, il se retourne vers moi et recommence à m’embrasser. Je suis soulagée, j’avais peur qu’il ne veuille plus. Ses mains se posent sur mes seins, je crois que c’est ça qui l’a séduit, ce décolleté outrageant que j’ai mis sans même y penser, imaginant une soirée tranquille entre simples amis.
Il dégrafe rapidement mon soutien-gorge, je sens mes seins se libérer et je n’ai plus de volonté, je le veux tout entier alors qu’il m’intime de me taire lorsque mes soupirs se font plus lourds. Une de ses mains caresse mon entrejambe, mais je veux qu’il se souvienne de moi, je veux son goût dans ma bouche et je m’agenouille devant lui. Il retire sa ceinture, et je m’empresse de baisser son pantalon et son boxer. Il bande déjà, lui il n’a pas bu autant que moi. Je le suce pendant de longues minutes, j’ai envie qu’il vienne dans ma bouche, je veux sentir sa virilité dans ma gorge mais c’est alors que d’une main, il m’attire vers lui et c’est naturellement que je retire mon pantalon et ma petite culotte pour me mettre à califourchon sur son corps que je désire maintenant comme une possédée. Il attrape ma taille et me retire mes vêtements, mon tee-shirt, mon soutien-gorge déjà dégrafé, et enfouit sa tête dans mes seins. Ses doigts fouillent à l’intérieur de moi, je suis déjà complètement liquide et je ne veux qu’une chose, sa queue frémissante dans mes entrailles. Je le dirige d’une main et laisse échapper un soupir de soulagement lorsqu’il s’enfonce lentement dans ma chatte. Dans l’obscurité j’entrevois qu’il a les yeux fermés, alors je m’approche de son visage pour l’embrasser à nouveau, sans cesser d’onduler du bassin. Ses doigts ne sont pas en reste et doucement il excite mon clitoris, ce qui ne fait qu’ajouter au plaisir que je sens déjà monter.
L’explosion est muette, il pose un doigt sur ma bouche et je grimace, le souffle coupé par le plaisir qui contracte mon entrejambe.
Les mots ne viennent pas mais j’arrive à bafouiller que je veux qu’il jouisse dans ma bouche. Je m’agenouille de nouveau et en quelques minutes à peine, je sens un jet chaud et visqueux se déverser dans ma gorge. Il gémit fort, je ne l’arrête pas, personne ne nous entendra, tout le monde dort déjà.
Je reviens m’assoir à côté de lui, il a un sourire béat sur le visage. Je constate qu’il avait laissé la télé allumée derrière nous, ça m’étonne, mais rien ne m’importe vraiment à ce moment-là. Je lui dis que je ne comprends pas qu’il trompe une femme pareille. Il me répond que je ne la connais pas vraiment bien et me demande de ne pas lui en parler. Malheureusement, je l’aime trop pour vouloir perdre son amitié. Je ne sais pas s’il me fait confiance, sur le moment je m’en fiche, je veux simplement aller dormir.
En me relevant, je trouve mes seins ridiculeusement gros, sans soutien-gorge. Il me souhaite bonne nuit, et part dormir avec elle.
Le lendemain matin, je prendrai deux aspirines avant de partir vite, avec ma gueule de bois et mes remords.

I have a dick in my brain, I don’t need to have one between my legs

17/02/2011 à 6:57   | Publié dans Uncategorized | 3 Commentaires

A chaque fois je me dis, c’est terminé. Cette fois, j’ai fait le tour de la question. Le sexe, le désir, les spasmes, l’orgasme, le plaisir, les mystères troublants. À chaque nouveau mec rencontré, à chaque nouvelle baise, je me dis que je vais pas retomber pour des idioties pareilles. Le lendemain, c’est vrai que ça me rend folle. Je repense aux odeurs, je repense au sperme séché sur le bas-ventre et j’ai des papillons plein le ventre et la culotte trempée.
Mais il suffit que le temps passe, un peu. Pas beaucoup. Et j’oublie. Je ne comprends plus l’intérêt de la chose. Je crois que la période fatidique c’est deux ou trois semaines. Ouais, au bout de trois semaines je ne comprends vraiment plus ce que j’ai pu lui trouver, à ce mec-là. Ou à un autre. De toute manière ils se ressemblent tous, des corps plus grands que le mien et des mains chaudes qui se baladent sur mes seins et mon ventre, des yeux qui te font croire que tu es magnifique alors que tu sais que tu ne l’es pas.
Méprisables. En fait je les trouve méprisables. Et je me méprise d’autant plus de les aimer et d’avoir besoin d’eux.
Quand je relis certaines conversations (quand le temps a passé et que je sais que je ne tomberais plus dans le panneau), je les trouve ridicules. Ils essaient de m’avoir avec de grands mots, de belles idées. Tous des minables, au fond. Vas-y, dis-le que tu veux me baiser.
Et puis après il y a ceux qui, éventuellement, envisagent une petite vie de couple bien tranquille, qui t’engueulent presque quand tu leur parles de toutes les queues que tu as vu passer. Ceux-là, ce sont peut-être les pires. Parce que tout ce qu’ils souhaitent, eux aussi, c’est de la mettre quelque part, leur queue. Si possible, chez moi. En réalité, c’est un simple instinct de propriété qui les vexe tant dans l’affaire. Ouais, les filles, soyez de bons coups, soyez de bonnes salopes au lit, mais il faut que ce soit inné : c’est tellement plus sympa, une fille vierge, on sait qu’on peut faire pipi dessus et ce sera comme une marque au fer rouge : « c’est à moi ».
Je ne serai jamais à personne. Ils me parlent de possession, parfois. De « m’avoir ». Mais qu’est-ce qu’ils croient ? Qu’ils peuvent me baiser doublement ? jamais, jamais aucun d’eux ne « m’aura » au sens où il l’entend. Ils peuvent crever.
Les réflexions merdiques quand tu mets un tee-shirt trop décolleté. L’indifférence quand tu en mets un qui cache tout. Il faut se résigner à soit ne pas exister, soit exister mais être une personne de seconde zone. J’assume, ce n’est pas grave. « Comment tu fais pour être aussi vulgaire ? » Je ne sais pas, j’ai suivi l’exemple de l’élite masculine peut-être.
Sacro-sainte pénétration, ils se croient forts parce qu’ils ont un morceau de viande entre les jambes avec lequel ils peuvent s’amuser. S’ils savaient que la majorité des femmes n’aiment pas se faire pénétrer, mais qu’elles simulent la jouissance parce que de toute manière, il n’y a que comme ça qu’on leur admettra une vie sexuelle épanouie. Même les plus libérées, qui remplissent des pages de blog avec leurs pseudo-histoires sexuelles vécues, et qui te disent qu’elles adoooorent être prises comme des chiennes sans autre forme de préliminaire. Pauvres demeurées qui ignorent tout de leur propre anatomie et ont préféré s’accommoder de la jouissance masculine, au détriment de la leur.
On en est là, femmes libérées, femmes qui mentent et prétendent aimer le coït comme on nous le présente comme normal. Le sexe oral, mais voyons ce n’est pas du sexe, à peine un jeu de main, un minuscule préliminaire qui ne sert qu’à exciter le fier organe du mâle.
Ce qui me fait le plus chier, c’est de mouiller autant pour leurs conneries. Tristes coïts, triste humanité.

Ainsi amour inconstamment me mène

02/02/2011 à 10:56   | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Essai poétique sans prétention, sans forme, sans versification complexe. Rester dans l’instantané, avec les défauts que cela comporte, que l’on sait.

Oh si jamais je te vois Louise
Sache que je ne te méprise
C’est simplement que la mise
A la mine sévèrement grise
Et pourtant l’on me trouve assise
Près d’une rangée de cytise
Mais n’oublie pas petite Louise
Que si ma douleur tu épuises
Je te traînerais jusqu’à l’église
Pour que de mon sang je te baptise
Seulement Louise Louise Louise
Loin de toi et de nous je devise
Tout cela n’est que vaine bêtise
Car à toi il faut que je le dise :
Ma race tu me l’as bien mise.

The Monster Ball will set you free

03/01/2011 à 10:36   | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

C’est quand il a sorti son couteau que j’ai compris qu’on allait réellement s’amuser.
Il y avait d’abord eu le sexe. Son corps contre le mien, ses baisers profonds, comme s’il cherchait déjà à pénétrer en moi. Son entrejambe que je sentais durcir. Sans avoir besoin de vérifier, je savais que je mouillais moi aussi, parce que je suis incapable de résister à l’appel d’un baiser.
J’avais retiré mes vêtements, m’étais collée contre lui. Instinctivement, il m’a serrée fort, à m’en faire perdre le souffle. Sa bouche a couru sur ma peau, sur mes épaules, je ne voulais plus de baisers ; et puis à part les roulages de pelle violents, comme forcés, je n’avais jamais vraiment aimé qu’on m’embrasse. Je crois qu’il le savait, alors il m’a mordue, sans me prévenir. Je crois que j’en porte encore la marque : ses dents n’ont pas lâché ma chair avant d’y laisser un bleu tenace. Il m’avait dit qu’il trouvait ça sexy, les bleus, qu’il voulait en voir partout sur mon corps. Difficile de résister.
Sa queue était maintenant complètement bandée et il m’a attrapée par les cheveux pour que je le suce. Bien sûr, je l’aurais fait même sans ce geste gratuit. Mais qu’est-ce que ça m’a excitée.
J’ai tenu mon rôle avec application, pendant qu’il poussait des râles de plaisir et imprimait des mouvements violents à ma nuque. Lui vomir dessus était exclu. J’ai tenu.
Bien sûr, il m’a prise sans me demander mon avis, il marmonnait des choses que je ne comprenais pas, je l’avais prévenu : pas d’insultes, ce n’est pas assez classe, c’est trop cliché. Pourtant j’aime bien me faire traiter de salope mais je voulais des actes ce soir-là. J’avais peut-être trop écouté Sexy Sushi, du sexe pur, oublions la tendresse.
Il me claquait les fesses un peu mollement pendant une levrette pourtant assez rythmée. Je voulais que tout cela dégénère. Je voulais sentir ma peau, sentir mon corps. Plus fort. Toujours plus fort. Le vertige : c’est comme ça que je décrivais ce sentiment quand je lui en parlais. Il avait dit être à la hauteur, être capable de me donner des coups. Et moi je voulais que ce soit lui. Parce que je me savais incapable de lui faire confiance, incapable d’être sûre de lui, incapable de ne pas avoir peur au moment où les choses commenceraient à déraper.
Sans ménagement, je me suis dégagée, j’ai bien vu qu’il était près de jouir. « Frappe-moi, connard. Tu sais bien que je ne suis pas venue pour une minable partie de baise. »
Il y avait de la rage au fond de ses yeux. La honte d’être humilié, aussi. Il n’y a rien de plus orgueilleux qu’un mec qui bande encore.
Il m’a violemment renversée sur le lit et a commencé à me gifler. Je ne voulais pas de marques sur le visage mais la machine était en route. Fou de rage et au bord de l’éjaculation, il m’a retournée et a empoigné sa ceinture, pour me fouetter les fesses et le dos. La douleur, enfin. Je criais à peine, ce qui le rendait encore plus fou. Je voulais que ça ne s’arrête jamais. J’ai senti un liquide chaud couler sur mes fesses : il avait joui sur mon cul rougi par la ceinture, alors que je peinais à reprendre ma respiration.
J’ai étalé son sperme sur mes fesses, l’ai goûté. Quand je me suis retournée vers lui, je souriais. Pour le mettre au défi. C’est son poing qui a atterri sur ma figure, m’écrasant la joue gauche. Des larmes me sont montées aux yeux. Entre mes jambes, c’était l’inondation.
C’est à ce moment-là qu’il est allé chercher son arme ultime. Son couteau de cuisine, si aiguisé qu’un simple effleurement pouvait faire apparaître du sang, m’excitait bien plus que son sexe qui recommençait pourtant déjà à bander. J’étais comme fascinée, et là, c’est lui qui a souri.
Il m’a tirée par le bras, évidemment en serrant trop fort, le tordant à moitié. Je me suis levée, encore tremblante après l’expérience de la ceinture.
Sans prévenir, il m’a entaillée la cuisse. Je me suis mordu les lèvres. Ne pas crier. Le sang est apparu sur ma chair blanche, j’étais comme fascinée. Doucement, il faisait glisser la lame sur mon corps, puis violemment, tranchait dans la peau. Il tétait chaque plaie, la mordait, l’agrandissait presque avec sa bouche. J’avais envie qu’il boive tout mon sang, qu’il ne reste plus une goutte en moi. Il ne s’arrêtait pas. J’ai senti ses doigts entrer dans ma chatte brûlante, la fouiller avec violence et alors que le sang jaillissait de mon sein gauche, j’eus un orgasme fulgurant qui me mit à genoux. Ma respiration était bloquée, ses doigts étaient toujours en moi et sa langue léchait toujours mes plaies. Je hoquetais de plaisir et de douleur mêlés, la même chose au fond, la même partie du cerveau stimulée pour me laisser béante, vidée, mutilée, jouissante.
J’ai refusé de me doucher, me suis rhabillée. En sortant de chez lui, j’avais mal partout et pourtant, je ne m’étais jamais sentie aussi légère. Le vent sur mon visage qui commençait à bleuir, le goût du sang dans ma bouche, les entailles qui tiraient sur ma chair et que le frottement des vêtements accentuait, tout était délicieux.
Je me sentais libre. Libérée de tout, de tous. Sans entrave. Mon corps vivant et vibrant, meurtri, mutilé, présent, existant.
Dans le métro, j’ai remarqué qu’on voyait des traces de sang sur mes vêtements. Notamment une au niveau de la cuisse, sur mon jean. J’écoutais de la musique pop très fort, mais j’ai bien vu mon voisin d’en face essayer de me parler, l’air inquiet, son regard allant de la marque sur ma cuisse à mon visage défait. J’ai secoué la tête, murmuré « ça va, ça va », et je n’ai même pas eu à me forcer pour sourire.
Je titubais un peu en rentrant chez moi, mais je mouillais encore.

Jour de neige

12/12/2010 à 1:13   | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Elle s’assoit sur le bord du lit, je ne vois que son dos, comme un marbre que j’aurais envie de sentir de mes doigts. Ses cheveux sont emmêlés, blonds, ils descendent jusque sur ses reins. Je crois que c’est ça qui m’a plu instantanément chez elle : ses cheveux. J’ai un rapport très érotique aux cheveux. Les chevelures épaisses et longues m’ont toujours émue, excitée, parce que je m’imagine y plonger les doigts, sentir leur odeur de shampooing, y enfouir mon visage. Si les filles n’avaient pas les cheveux si longs, probablement que je ne les aimerais pas.
Elle commence à rassembler ses affaires. Il fait déjà jour, elle va partir, pendant que je vais rester à somnoler encore quelques heures, m’imprégnant de son odeur dans mes draps, rêvant aux autres matins que nous n’aurons probablement pas.
Chose étrange, elle passe sa jupe avant ses sous-vêtements. « Ne remets pas ta culotte, s’il te plaît. » Comme une plainte. Envie de la voir marcher, comme ça, de l’imaginer le cul à l’air (et quel cul), d’en jouir toute la journée parce que je sais d’avance que ma lascivité m’empêchera toute activité.
Elle se retourne, elle a un sourire amusé. Elle prend sa culotte à pleine main, la dépose à sa place dans le lit, et se lève. Les adieux, déjà. Je ne sais même pas si je suis triste, nostalgique. C’était bien cette soirée. Mais j’ai envie de retrouver ma solitude, loin de son cul parfait et de ses petits seins.
Je me lève, je suis nue, et je m’en fous. Je vois qu’elle me regarde du coin de l’œil, je lui plais encore. Pourtant, elle n’est plus bourrée. Peut-être que je vais la rappeler, finalement.
Son baiser est agréable et je ne peux pas m’empêcher de lui mettre la main aux fesses, pour sentir sa peau nue contre mes doigts, sentir cette douceur que j’ai violentée hier soir. Rien qu’au toucher, je sens encore les marques laissées sur son si joli corps. Au fond, je ne peux aimer la beauté que si je la torture.
J’ai encore son odeur dans mon cou quand je me recouche. Mais je n’arrive pas à dormir. J’entrouvre les rideaux pour découvrir qu’il neige. Je ne peux pas m’empêcher de penser à son cul dénudé sous sa jupe, c’est con, elle allait attraper froid. Je porte sa culotte à mon visage, son odeur m’excite un peu.
La journée va être longue.

Ça fait chier que ça dure si peu, le bonheur c’est malheureux.

02/12/2010 à 9:37   | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Tu disais souvent, nous deux c’est pas pareil. Avant tu sais je rigolais quand j’entendais Jamais nous d’Elsa, je me disais, qu’est-ce qu’ils sont cons, comment on peut croire à un truc pareil. On est évidemment tous les mêmes, on tombe tous dans les mêmes panneaux, on en prend plein la gueule et on en redemande. Le malheur c’est d’être heureux, ça c’était du Gainsbourg, et j’y croyais. Je pensais que je le savais.
Moi j’ai toujours adoré le cynisme. Je n’aime personne, je n’ai pas de sentiments, je baise, je te baise, tu me baises, tout ça sans rien ressentir. Parfois un pincement au cœur quand la nana elle se barre et me laisse toute seule alors que j’ai à peine joui mais je te jure, je m’en foutais. Les histoires d’amour, je les avais laissées aux portes de ma vie d’adulte, tout ça c’étaient des conneries d’adolescents. Des pauvres idiots qui s’enflamment le cœur parce qu’on leur a souri en coin, des pauvres cons qui n’ont pas de dignité. Moi j’en ai de la dignité, même la gueule pleine de sperme, même avec des griffures dans le bas des reins, je les emmerde tous avec ma sexualité sans émotion et sans frisson.
Tu vois, j’étais forte. J’essayais d’être forte. J’arrivais à m’en convaincre et alors, la partie était presque gagnée. Moi j’aurais jamais replongé, sans toi. Cela faisait des années. Tu te rends compte, je n’avais aimé personne depuis des années. Peut-être qu’ils m’étaient tous indifférents, peut-être qu’ils étaient tous trop médiocres, trop moches. Peut-être que j’étais trop sèche, trop incapable de penser à autre chose qu’à moi et mon plaisir minable pour les connaître vraiment. Y’en a sûrement eu, des types bien qui m’ont baisée. Qui ont voulu rester après l’éjaculation et à qui j’ai dit de dégager, que j’invitais chez moi alors même que c’était sale, et je te jure, j’en avais rien à foutre. Mais si je suis honnête, y’en a aucun qui n’a réellement persévéré. Peut-être que je n’en valais pas la peine non plus.
Et pourtant. Tu sais, je te l’ai souvent dit, ce qui me rend dingue c’est la finitude des choses. Je ne le supporte plus, que les choses aient une fin. Même une mauvaise chose. Parce que c’est trop angoissant. Ma finitude à moi, j’en ai rien à taper, tu le sais. Mais celle des autres. Comment vivre avec l’idée de la mort de ceux qu’on aime, de leur absence. Comment apprécier les instants passés en vacances quand on sait qu’ils auront une fin. Et ce n’est pas ridicule, ce n’est pas futile. C’est insupportable, que tout doive finir.
Alors ça a fini. Moi je me souviens de l’endroit, toi aussi. Quartier chic de Paris. T’étais bien emmerdé, y’avait aucun bar sympa à l’horizon. On voulait boire un whisky. Tu m’as emmenée dans un truc minable, j’ai bu vite, j’ai adoré. J’étais même pas bourrée. Plus la soirée avançait, plus je me disais, putain. Mais putain tu l’as vu ce mec ? Il te regarde comme si t’avais quelque chose à dire, et qu’il avait envie de t’écouter, en plus. Quand je suis rentrée chez moi le lendemain matin, et que tu m’avais même pas sautée, je l’ai su. C’était une évidence. Y’avait bien eu ce pauvre mec que j’avais cru aimer. Mais quand toi je t’ai connu. Je l’ai su. C’est la seule définition qui tienne la route quand on parle de sentiments. Ça se sait, et puis voilà. Une dizaine d’heures avec toi, et je savais déjà.
Alors bon, tu sais que je n’aime pas ça. Ça n’a jamais été mon truc, parler de ce que je ressens. On n’en parlait pas non plus, je crois que certains mots étaient bannis de notre vocabulaire. Il ne fallait surtout pas s’engager. Et puis de toute manière, pour quoi faire ? Tu détestais autant que moi la norme que pourtant j’aurais peut-être souhaitée à tes côtés. Mais j’avais trop d’amour-propre pour te le dire.
Je me souviens de tout. Même les nuits alcoolisées, elles me sont restées. La musique qu’on mettait trop fort. Tu sais que je peux plus l’écouter, le Cadavre exquis ? T’as même réussi à me pourrir Gainsbourg. Les films de merde qu’on allait voir au cinéma pour se toucher dans le noir. Ton sourire fuyant, tes mains un peu moites. L’anniversaire de ta sœur, horrible, où j’avais trop bu, où ta mère t’a dit que tu ne devais plus jamais m’inviter à nouveau. Ton fou rire incontrôlable face à ma tête dans les chiottes, m’excusant entre deux salves acides. La première fois où tu m’as cognée au lit, et où j’ai joui comme jamais.
« Tu me plais parce que tu m’aimeras jamais », c’était ton truc, ça. Ne pas être aimé. Pourtant j’en crevais moi. De te désirer tout le temps. D’avoir envie de perdre mon sang pour te le donner. « Ce sera jamais nous », putain tu déconnes, j’étais comme les autres, et toi aussi, toi aussi t’es rentré dans ce jeu-là, toi aussi tu m’as aimée, tu l’as jamais dit mais je le sais. C’est pas parce qu’on a refusé les invitations des autres couples, c’est pas parce qu’on n’a jamais officialisé la chose, c’est pas parce qu’on n’a jamais parlé d’avenir qu’on n’était pas ensemble. On l’était, tout le temps, j’avais ton odeur partout, ton parfum et puis t’en mettais trop d’ailleurs, ça puait dans ma chambre et le soir ça me réconfortait de te sentir là, même si t’étais absent.
Tu t’en es rendu compte et c’est pour ça que tu m’as jetée. Et c’est parce que j’ai prétendu moi aussi que ça n’avait pas d’importance que je t’ai laissé partir et que je t’ai dit, ah ouais il était temps quand même. J’en pensais pas un traître mot, j’ai passé quinze jours à manger des Pyrénéens pour passer les nuits à gerber, je me vidais de toi, je me vidais de ta présence, je me vidais de cet amour qu’on n’a jamais voulu nommer, qu’on n’a pas voulu rendre réel mais putain il était là, toujours là, et il est parti avec ma gerbe ah ça non, après y’a eu les larmes et l’envie de mourir, putain de finitude de merde, pourquoi moi et pourquoi nous… pourquoi toi aussi.
On a été aussi cons que les autres, et en plus, on s’est fait du mal en refusant de l’admettre. T’étais sans doute un peu le seul homme que je pouvais aimer. Je nuance, je module, car même encore aujourd’hui j’ai du mal à l’admettre. Mais quand je pense à toi y’a un grand vide et la seule chose qui me fasse du bien, c’est de croire que toi, t’en as jamais rien eu à foutre.

Mon sacré, lui avait-elle dit un jour en le déshabillant doucement. Massacrée, lui avait-il répondu intérieurement.

16/11/2010 à 5:03   | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Une fois n’est pas coutume… j’emprunte ces quelques mots à Albert Cohen, dans le chapitre XVIII de Belle du seigneur. Parce que rarement classique aura été autant malmené, décrié, réduit à un roman d’amour ou pire, de bonne femme. La réalité est que ce roman réussit à intégrer en quelques mille pages tout ce que la littérature a de plus vivant, de plus vibrant. Ariane, en quête de l’absolu amoureux impossible à atteindre, qui se prélasse dans son bain…

remords les cadeaux qu’il m’apporte son bon sourire et moi souvent méchante demander à Dieu un coup de main pour être épouse modèle oh le regard chien quand il commence à être chien quand il me regarde sérieux soucieux chien myope avec des intentions enfin quand il veut se servir de moi affreux ce qui est drôle c’est qu’il éternue quand ça lui vient quand il va faire le chien ça ne manque jamais il éternue deux fois atchoum atchoum et alors je me dis ça y est c’est le chien et je n’y coupe pas il va faire sa gymnastique sur moi et en même temps j’ai envie de rire quand il éternue et en même temps angoisse parce que ça va venir il va monter sur moi une bête dessus une bête dessous mais la dernière fois il a inauguré un système comique il me mordille d’abord ça me fait penser à un pékinois qui joue c’est très désagréable mais pourquoi est-ce que je lui dis pas de pas me mordiller c’est pour pas l’offenser ne ne ne faut dire les ne mais aussi parce que je déguste le grotesque comme dans l’autobus quand je suis envoûtée attirée par un visage affreux alors je le regarde mais c’est peut-être aussi par méchanceté que je le laisse faire parce qu’il est ridicule oh de quel de quel droit cet étranger de quel droit il me fait mal me fait-il mal surtout au début comme un fer rouge oh j’aime pas les hommes ne ne et puis quelle drôle d’idée quelle imbécillité de vouloir introduire ce cette ce cette chose chez quelqu’un d’autre chez quelqu’un qui n’en veut pas à qui ça fait mal c’est du joli les voluptés des romanciers est-ce qu’il y a vraiment des idiotes qui aiment cette horreur oh affreux son haha canin sur moi comment est-ce que ça peut le captiver tellement et en même temps envie de rire quand il bouge sur moi tellement rouge affairé si occupé soucieux les sourcils froncés puis ce haha canin si intéressé est-ce que c’est si palpitant ce va-et-vient c’est c’est comique et puis ça manque de dignité oh il me fait mal cet imbécile et en même temps pitié de lui pauvre studieux qui bouge tellement là-dessus qui se donne tellement de peine et qui ne se doute pas que je le regarde que je le juge je ne veux pas l’humilier en moi-même mais je ne veux pas m’empêcher chaque fois de dire Didi Didi pour battre la mesure pour scander son va-et-vient scander les mouvements du malheureux de dessus scander les mouvements stupides incroyables d’arrière en avant d’avant en arrière si inutiles Didi Didi Didi je répète intérieurement j’ai honte je me déteste c’est un pauvre gentil mais j’y je n’y peux rien et ça dure ça dure lui sur moi Ariane d’Auble on dirait un fou un sauvage oh comme c’est laid pardon je regrette pardon pauvre chou affreux son haha canin mon mariage va canin cana tout ça la faute de mon suicide raté agacée agacée tout le temps et lui se doutant de rien ne ne et moi trop pitié pour lui dire assez filez ça dure ça dure sur moi déshonorée et enfin ça y est c’est l’épilepsie la drôle d’épilepsie du monsieur qui s’occupe des territoires sous mandat il pousse des cris de cannibale sur moi parce que c’est la fin et que ça a l’air de lui plaire beaucoup et puis il tombe près de moi tout essoufflé c’est fini jusqu’à la prochaine fois non pas fini d’ailleurs parce que alors il se colle contre moi tout collant tout poisseux et il me dit des tendresses écœurantes et c’est pire oh j’en ai assez assez de tout assez de ses histoires de promotion cocktails coups de Trafalgar et pourtant touchant le pauvre pur dans sa petite boue un peu d’eau chaude maintenant s’il te plaît assez merci mais il m’agace fais attention chérie il a plu les routes sont glissantes conduis lentement et puis toujours à m’ennuyer que pas assez couverte et puis sa manie de me toucher tout le temps ça m’exaspère déjà il y a les nuits ça devrait suffire et puis se manie de me demander tout le temps conseil […] Papa que je respecte tant Papa affreux sur Maman la maniant aussi comme une bête Papa poussant aussi des cris de chien haha haha comment est-ce possible évidemment tous les gens puisqu’il y a tout le temps des naissances monsieur et madame Turlupin ont la joie de vous faire part de la naissance de leur petite Turlupette quel toupet d’avouer ainsi publiquement et tout le monde trouve naturel convenable cet avis de naissance oui tous font ces horreurs et neuf mois après ils n’ont pas honte de l’annoncer tous même des gens respectables le jour habillés et aussi ces ministres qui font des discours à la Société des Nations sur la paix mondiale de jour ces ministres sont sérieux habillés et la nuit déshabillés ils gigotent sur leurs pauvres femmes mais personne ne semble se douter de cette bouffonnerie et on les écoute sans éclater de rire […]

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