Sais-tu idiot que je t’aime au-delà de l’ennui ?

10/07/2015 à 8:51 | Publié dans Uncategorized | Un commentaire

Il faisait déjà presque jour dans mon studio dont je ne fermais jamais les volets ; des années passées sans rideaux m’avaient habituée à la lumière qui, loin de me réveiller, m’apaisait lorsque j’ouvrais les yeux, comme une promesse que le monde autour existait encore, même si j’en étais exclue par les délices du sommeil – sommeil brutalement interrompu par la musique agressive de mon réveil. Ma main glissa sur le drap pour aller à la recherche de mon téléphone et l’arrêter, couper ce bruit insupportable et probablement retrouver le sommeil dans lequel j’aimais tant me replonger au petit matin ; mais c’est alors que je vis qu’il ne s’agissait pas de mon réveil, mais d’un appel, venant de mon amant régulier. Qui n’avait pas donné signe de vie depuis plusieurs semaines, et dont je me languissais comme si j’avais encore quatorze ans.
L’écran affichait « appel manqué », puisque j’avais été trop lente à émerger de mes rêves pour pouvoir lui répondre. Sans réfléchir je me redressai et appuyai frénétiquement sur son nom pour le rappeler, le souffle court. Mes yeux tombèrent sur l’heure qu’il était : à peine sept heures et demi, et nous étions dimanche matin.
Sa voix au bout du fil était rauque et ferme. Il me demanda pourquoi j’étais essoufflée – je ne le savais pas moi-même, peut-être la précipitation en voyant son nom apparaître, ma fébrilité à l’idée de le rappeler et de savoir ce qu’il avait à me dire. Il m’intima de venir le rejoindre sans tarder ; quand j’évoquai mes cheveux sales, il me répondit qu’il n’en avait rien à faire, que je prendrais ma douche chez lui, qu’il fallait que je prenne le premier taxi et que je vienne le rejoindre là, tout de suite, sans attendre.
Je n’ai même pas songé un seul instant à lui dire non, je n’ai même pas réfléchi à ce que j’allais faire. Il avait toujours été comme une évidence pour moi, et je sentais déjà mon corps se réveiller à l’idée de sentir ses mains, sa bouche et sa queue contre ma peau.

Durant le trajet en taxi, mes pensées ne furent occupées que par lui. Lui qui me prenait comme il le voulait et quand il le voulait. Moi qui n’étais que soumise à sa volonté, soumise à ses désirs qui par extension devenaient les miens ; par un habile jeu intellectuel, les fantasmes que je lui murmurais à l’oreille, comme autant de confessions indignes et rougissantes, se mettaient à peupler les siens et à ne former qu’un tout profond et vertigineux – un tout où résonnaient nos désirs comme à l’unisson, lui dans la position de l’instigateur et moi dans la position de celle qui acquiesçait, acceptait, subissait avec délice.
Les longues nuits et journées passées à ses côtés avaient le goût du tabac et de la vodka très chère qu’il achetait spécialement pour moi, souvent mélangée à des sodas immondes qui nous permettaient de nous enivrer sans nous brûler le palais.
Il y avait son regard et son nez, ce nez qu’il n’aimait pas et que moi j’avais trouvé incroyablement charmant dès le premier jour ; il y avait le baiser chaste et tendre qu’il déposait sur ma joue quand j’arrivais chez lui ; il y avait mes vêtements qu’il détaillait au début jusqu’à en oublier l’existence après quelques mois ; il y avait son haleine parfumée au chewing-gum qu’il gardait même au lit ; il y avait ça et bien d’autres choses encore, et nos corps qui ne se lassaient jamais l’un de l’autre.
La brutalité était toujours là, sous-jacente, sous-entendue, même quand il me demandait de l’embrasser pendant que nous faisions l’amour ; la possibilité, même infime, que sa main s’abatte sur ma joue et refasse de moi cet objet que je détestais adorer être. Je sentais sa peau nue contre la mienne, à l’intérieur de moi, le sperme qu’il y a déversait régulièrement me remplissait d’une plénitude que je n’aurais jamais cru possible – comme s’il y avait là-dessous un miracle scientifique, une alchimie incroyable entre ses sécrétions et les miennes, moi qui aimais tant quand il me crachait au visage, comme une promesse intime et sensible d’un mélange total, d’une fonte l’un dans l’autre.
Mon identité n’existait plus dans ces moments-là, je n’étais plus féministe, je n’étais plus moi-même, je n’étais que celle qui le faisait fantasmer et qui fantasmait sur lui, comme un échange de bons procédés. Deux entités impossibles à réunir qui s’attiraient de manière illogique et surréelle, qui s’entrechoquaient et ne savaient pas véritablement comment se rencontrer.

Je payai le chauffeur de taxi, un peu interloqué de voir cette grande blonde aux cheveux gras maquillée comme si elle sortait en boîte, avec son jean trop moulant et son décolleté trop voyant.
Quand il vint m’ouvrir, je compris rapidement qu’il ne s’était pas couché et qu’il avait déjà trop bu, mais je n’en avais cure : l’alcool avait ce don de le rendre plus aimant et plus tendre (oh, la phrase délicieuse de trois mots qu’il ne me disait jamais, sauf lorsque nous nous couchions bien tard et qu’à force de vodka redbull sa queue restait molle entre mes doigts).
Il ne me laissa pas poser mes affaires et sa bouche se pressa contre la mienne, avec une urgence que je ne lui connaissais pas. Ce ne fut alors que ses mains sur moi et son souffle dans mon cou, qui répétait à l’infini que je lui avais manqué, que je lui avais tant manqué, que putain qu’est-ce que je lui avais manqué. Ma culotte s’était légèrement humidifiée sur le trajet, et il eut ce sourire abominable quand il glissa ses doigts dans mon jean, fier et peut-être même un peu heureux de constater l’effet qu’il me faisait.
Je me déshabillai rapidement ; il ne le faisait jamais, il m’attendait sur son lit, déjà en caleçon, en train de se caresser alors qu’il me regardait en gémissant déjà un peu. Au moment de le rejoindre, j’allumai une cigarette et m’allongeai à ses côtés. Ses mains coururent sur mes seins, puis sa bouche s’empara de mes tétons déjà durcis et un peu douloureux ; ma tête tournait comme si elle allait s’effondrer contre le sol et s’exploser en mille morceaux impossibles à jamais récupérer. J’écrasais le mégot dans le cendrier quand il se mit entre mes cuisses et commença tout doucement à y glisser ses doigts, avant d’écarter franchement mes jambes pour s’introduire en moi.
Je n’avais jamais aimé la position du missionnaire. Je fermais souvent les yeux, ou attendais avec impatience le moment où je pourrais suggérer autre chose. Mais avec lui, je n’aimais rien tant que ce moment où on torse se collait au mien, où nos deux peaux se mélangeaient et où nos lèvres finissaient par se dévorer. Jamais je ne fermais les yeux, et ce matin-là, encore moins : j’aimais voir son plaisir monter, le sourire qu’il me faisait parfois comme pour me dire que tout cela était trop agréable pour être réel, son regard qui s’égarait sur mon corps comme s’il était la chose la plus excitante du monde.
Il ouvrit la bouche et, par un réflexe symétrique, j’ouvris la mienne : ce n’est pas sa langue qui vint à ma rencontre, mais sa salive qu’il laissa doucement s’écouler en un doux filet transparent. J’aimais son goût, parfois un peu sucré (à cause des chewing-gums qu’il choisissait toujours au cassis), sa chaleur aussi, cette possibilité de fondre ses fluides corporels dans les miens. Il n’y avait guère que le sang que nous n’avions pas encore partagé, mais il aimait jouer avec un couteau sur ma peau trop tendre – sans jamais vraiment s’en servir.
Mes mains glissèrent sur son dos, accrochèrent ses fesses ; je sentis ses coups de reins se faire plus profonds et je savais qu’il ne tiendrait pas longtemps, et je savais que je voulais qu’il jouisse en moi, qu’il me remplisse une fois encore de lui.
Sa respiration se bloqua, comme à chaque fois qu’il avait un orgasme. Il gémissait fort, un peu comme une fille, et je trouvais le mélange de sa virilité et de ses soupirs féminins proprement affolant. Il posa sa tête sur mes seins et je caressai doucement ses cheveux.
A ce moment-là, je sus que j’aurais pu mourir sans en éprouver le moindre regret.

Je fus réveillée quelques heures plus tard par son sexe dur qui se frottait à mes fesses. J’eus à peine le temps d’ouvrir les yeux qu’il m’avait mise à quatre pattes en me demandant d’offrir mon cul, rituel auquel j’étais habituée et qui, je le savais, l’excitait probablement plus encore que tout le reste. Il se positionna derrière moi et caressa tout doucement mes fesses, avant de les claquer du plat de la main, sèchement, avec force. Je gémis un peu, avançai mon bassin sous le coup de la douleur, mais il agrippa fermement mes hanches et me repositionna. Ses doigts s’introduisirent en moi, et rapidement c’est sa tête qu’il colla entre mes cuisses. Sa langue fouilla mes lèvres avant de s’attarder sur mon clitoris ; je savais qu’il avait sûrement le goût de son sperme dans la bouche, que je le retrouverais sûrement après quand on s’embrasserait, et cette simple idée achevait de me tordre de désir.
Je n’atteignis pas l’orgasme, comme souvent ; il vient m’embrasser (oh, ce goût salé…) et me prit la main pour que je le suive à la salle de bains. Je connaissais le rituel ; je crois que c’est peut-être ce que je préférais. Je m’installai accroupie dans la douche, et il s’installa face à moi. Tout doucement, il commença à uriner et je sentis le liquide chaud sur ma peau, mes seins, mon visage, dans mes cheveux. C’était cet instant étrange où je me sentais, plus que jamais, liée à lui et incapable de jamais rien lui refuser. J’ouvris la bouche pour goûter sa pisse, qui n’avait en réalité aucun goût, mais qui réchauffait ma langue et mon œsophage.
Quand il eût fini, il vint me rejoindre et se colla à moi avant de m’embrasser à pleine bouche, doucement, presque tendrement.
Délicatement, il prit le pommeau de la douche et commença à me mouiller, puis à me savonner. Il s’attarda longuement sur mes cheveux, avec des gestes doux et appliqués. Quand il eut fini de me les rincer, je croisai son regard et repensai à Meryl Streep disant à Robert Redford : « if you say anything right now, I will believe you ».
Je souris. Je savais qu’il ne m’aimerait jamais et que moi je n’aimais que lui.

Le mépris d’avance

20/06/2015 à 4:26 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

À propos, dans votre roman n’oubliez pas le mépris d’avance de Don Juan. Comme je vous l’ai dit, ce mépris, c’est parce qu’il sait que s’il le veut, dans trois jours au même dans trois heures, cette fierté sociale, si digne en son fauteuil, il sait que s’il le veut elle roucoulera de certaine idiote façon et prendra dans le lit diverses positions peu compatible avec sa dignité actuelle. Affaire de stratégie. Alors, d’avance il ne la respecte pas énormément, et il trouve comique qu’elle fasse tant la convenable en son fauteuil, comique qu’elle s’offusque de sa robe de chambre. Comique puisqu’il sait que s’il s’en donne la peine, elle fera bientôt les habituels sauts de carpe, allaitante et animale servante de nuit, nue et sursautant sous lui pauvre Juan, parfois doucement gémissante est parfois fortement remuante est toujours les yeux blancs de Sainte extasiée.

Ils nous méprisent par avance, parce qu’ils savent que tout est affaire d’instants, de séduction savamment étudiée, de dents bien alignées, d’un sourire avenant, d’une flatterie dont évidemment la gent féminine a besoin, puisqu’on lui a toujours expliqué qu’elle se devait de vivre par le prisme du regard de l’autre, d’autant plus si ce regard est masculin.
On parle donc du mépris des hommes envers les femmes, pauvres hommes qui nous désirent et nous méprisent de les faire patienter, qui savent qu’ils ratent leur vie quand ils passent leurs nuits avec nous plutôt qu’à travailler ; ces hommes qui nous parlent de leur faiblesse (qui est caractérisée par le goût qu’ils ont de nous, les femmes) et de tout ce qu’ils seraient capables de faire à cause de ladite faiblesse ; ces hommes qui se retrouvent les victimes de femmes qui les aiment, les collent, les harcèlent, les traquent parce qu’eux sont tellement occupés qu’ils n’ont jamais le temps pour nous dire ce qu’ils font, où ils sont et s’ils aimeraient nous voir.
Il faut les plaindre et les comprendre, caresser leurs cheveux au petit matin quand ils sont fatigués de nous avoir (mal) aimées toute la nuit, culpabilisant parce qu’ils savent qu’ils n’auraient pas dû céder à la tentation que nous représentons – parce qu’évidemment nous ne sommes que ça, qu’une tentation, qu’un désir perpétuel, dangereux et mouvant.

Il ne faut jamais nous plaindre nous de ces hommes qui avancent masqués, qui sont nos amis et qu’on apprécie, et qui finissent par se jeter sur nous en pleine nuit dans un taxi, quand nous avons trop bu, quand nous sommes en couple, quand eux-mêmes sont mariés. Il faut les comprendre et accepter leur mépris, en même temps que c’est eux qui se rendent méprisables et méprisants, à chaque instant.
Il faut les comprendre quand ils nous quittent en nous traitant de tous les noms, parce qu’on leur avoue une nouvelle passion et une volonté de cesser la relation que nous avons ; et accepter qu’ils reviennent, quelques mois plus tard, comme si rien ne s’était passé, comme s’ils ne nous avaient pas dit que nous étions la reine des traînées et que nous méritions d’avoir mal jusqu’à la mort, ce qui est de toute manière notre lot quotidien.
Il faut accepter qu’ils ne soient pas capables de s’occuper de nous, qu’ils soient distants et fuyants, qu’ils refusent de prendre nos appels, qu’ils nous en veuillent pour tout et rien sans être jamais capables de l’expliciter.
Il faut savoir les écouter quand ils nous expliquent qu’après tout, nous sommes responsables des mains aux fesses, des baisers volés, parce que nous avons joué de notre « sex appeal », cette chose qui nous semble si virtuelle qu’on se retrouve là à répondre : « mais de quoi tu parles ? »
Il faut les aimer, surtout, les aimer encore, ne jamais les décevoir, ne jamais être loin d’eux, mais ne jamais les étouffer – les filles sont accaparantes et insupportables, c’est bien connu, quand leur mode de communication semble tellement plus simple et plus sain.

Au-delà de tout cela, il faut admettre qu’ils nous méprisent car nous répondons à leurs baisers – mais peut-être au fond ont-ils compris une réalité qui m’échappe encore : comment est-il possible de continuer à aimer et désirer des êtres qui sont si méprisables ? Peut-être est-ce leur petitesse qui nous contamine, et peut-être qu’ils sont suffisamment lucides quant à leur basse condition pour mépriser celles et ceux qui les admirent.

Slave to love

06/04/2015 à 10:56 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

La musique de Bryan Ferry m’a toujours rappelé mes longues soirées adolescentes à rêver sur les garçons qui me plaisaient ; celui aux yeux bleus et au charme féminin rencontré au lycée ou le grand brun dont j’ai récemment découvert qu’il faisait carrière dans le foot. Comme une nostalgie profonde, celle des premières amours, celle de la volonté de se jeter vers l’autre, quoi qu’il en coûte, même si cela signifiait avoir mal et pleurer seule dans mon coin, sans jamais le montrer, à personne.
La même nostalgie m’étreint ce soir alors que j’ai depuis longtemps oublié ceux qui ont peuplé mes rêves de jeune fille, moi qui suis maintenant ce qu’on nomme abruptement une adulte, avec une existence réelle, tangible, palpable – la même nostalgie parce que les sensations sont les mêmes, les sentiments aussi, ils ont dix ans de plus mais ils ont toujours la même saveur, la même douceur et la même amertume. Je les chéris : j’ai beau vouloir les chasser, ils me prouvent à chaque instant à quel point je suis vivante, à quel point ça fait du bien d’exister, à quel point ça fait du mal, aussi.
Les premières notes et c’est à lui que je pense, et je revois les scènes de 9 semaines et demi, cette tension sexuelle et cette violence que j’ai connues aussi, qui me sont si familières, que j’avais tant peur d’aimer et que j’ai tant mal de perdre. « Slave », parce que je ne suis qu’une esclave, que je n’ai toujours été qu’une esclave de ce cœur malade qui voulait s’embraser au moindre regard, que j’ai tenu en laisse pendant si longtemps, que j’ai ratatiné dans un coin en oubliant presque son existence – à quel point est-on esclave de ses sentiments si l’on doit se prémunir de leur effet sur nous… « Love » parce que love, parce qu’on n’a pas le droit de le dire mais c’est là malgré tout ; j’ai retenu les mots au fond de ma gorge, ils ne sont sortis qu’une fois, je les ai contenus, interdits, il était impensable que je les laisse sans contrôle et qu’ils aillent se heurter à l’autre pour revenir se heurter à moi.
Tout était là, tout était prêt, il y avait la muraille, il y avait mon corps, ce corps tellement épais qu’il faisait comme une barrière entre chaque peau et mon cerveau. Mais il y a eu une faille – laquelle, comment, je ne sais toujours pas et je ne sais toujours pas si je le regrette ou si je préfère déverser aujourd’hui toutes les larmes de mon corps plutôt que de n’avoir jamais connu tout ça.
« Slave to love », forcément, esclave du péché, esclave du corps, esclave de sa peau de ses mains de sa bouche de son nez de ses yeux de cette violence qui nous liait l’un à l’autre pendant des heures, comme s’il fallait qu’on se fasse mal pour réussir à se sentir, pour enfin éprouver une sensation à la hauteur de ce qui nous rapprochait tous les jours un peu plus. Toujours la même sensation d’inachevé, le même désir de recommencer, d’aller plus loin, de tout voir et de tout faire, de tout essayer, même le plus sale, le plus intime.
Esclave aussi des moments où nous ne faisions pas l’amour, où je l’écoutais me raconter son enfance, où nous jouions à des jeux idiots pour prouver qui était le plus intelligent, et où je faisais semblant de ne pas être vexée quand il me battait régulièrement… et cet alcool qui coulait à flots, toujours, qui nous enivrait sans réellement nous atteindre parce que je me savais déjà complètement ivre quand j’entrais chez lui, quand je poussais cette porte qui aujourd’hui reste close. Cette envie idiote et puérile de m’y appuyer, de m’y allonger, d’y écrire des pages et des pages d’élégies, comme dans la tradition romaine, quand l’homme rejeté écrivait à celle qu’il aimait des textes évoquant la porte fermée – l’image même du dépit amoureux, de cette fin de non-recevoir qui est un poignard qu’on s’enfonce dans le cœur, lentement, très lentement, jusqu’à ce que la douleur imprègne toutes les autres parties de notre corps.
Trop jeunes pour raisonner et trop vieux pour rêver, c’était peut-être ça, notre problème. J’ai voulu raisonner et j’ai voulu rêver ; je m’y prenais mal et souvent avec maladresse, et chaque faux pas me rapprochait du moment où la porte allait se fermer. Je l’avais pourtant su dès le début : la porte ne serait pas toujours ouverte, mais alors il y avait eu sa peau, il y avait eu ses sourcils, il y avait eu sa queue dans ma main et c’était comme si je n’y pensais plus, ou je n’y croyais plus. J’avais volontairement refusé de me rappeler que tout avait une fin, surtout les histoires comme la mienne, et que j’avais une fois encore parié sur le mauvais cheval.
Mais quel cheval. L’erreur était compréhensible. Il passait des heures dans ma chatte et il était capable de la goûter même quand elle saignait ou dégoulinait de son foutre ; rien en moi ne le dégoûtait, et rien chez lui n’aurait pu m’écœurer – même son urine avait pour moi le goût de cet amour dont je taisais le nom, par peur de le voir s’évaporer.
Certains s’embrassent sous la pluie et se jurent de s’aimer toujours, leurs vêtements trempés collant à leur peau ; pour moi, ce fut la porte qui resta fermée et mon esclavage qui foutit le camp, en un claquement de doigts, en quelques mots échangés à travers un interphone. Je n’étais même pas trempée : j’avais un parapluie et je ne réussis même pas à pleurer.
« Ca va ; ça fait juste mal quand je respire », disait Béatrice Dalle dans Bye Bye Blondie.
Je crois que ça va. Mais putain, qu’est-ce que ça fait mal quand je respire.

https://www.youtube.com/watch?v=UH1CMCtV4to

Ok pour plus jamais ne te revoir un jour

04/01/2015 à 7:22 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Le ciel était d’un gris tirant sur le blanc, une de ces journées où le soleil reste couché derrière l’épaisseur des nuages qui surplombent et enferment l’horizon dans leur sillage cotonneux. Je levai les yeux et la blancheur presque brûlante me frappa au ventre, juste au-dessous de l’estomac, comme un violent uppercut qui m’aurait saisie par surprise. Ma main chercha un point d’appui, ce fut le mur qui se tenait quelques mètres derrière moi ; mes doigts furent instantanément glacés par la pierre grise pendant que je me pliais en deux et que je vomissais tout ce qui avait pu entrer en contact avec mon palais quelques heures plus tôt.
Les spasmes de mon estomac me laissèrent vide, dans tous les sens du terme ; mes jambes cédèrent sous moi et je dus m’asseoir, traînant par la même occasion mon collant dans le vomi encore frais que je venais de déposer. Quelques passants s’arrêtèrent, me lancèrent des regards compatissants ; à tous, je fis comprendre que ça allait, que j’allais me relever, qu’il me fallait juste un peu de temps.
Après tout, c’est bien ce qu’on a coutume de dire : « il te faut juste du temps, ça va aller, ça va passer », tout cela allait évidemment passer, j’allais oublier, j’allais réussir à me lever le matin sans y repenser, j’allais réussir à sentir des peaux sur la mienne sans avoir envie de pleurer, j’allais être capable de sourire sans avoir à me forcer. Il me fallait juste du temps, c’était si simple, c’était si évident, c’était si naturel.
Doucement, je décidai de me relever ; j’essayai d’arranger mes cheveux, j’utilisai un mouchoir pour nettoyer le vomi qui traînait sur mon pull et mes jambes ; je pris une pastille à la menthe et j’allumai une cigarette, les mains encore tremblantes. Les yeux rivés sur le sol (je ne pouvais pas prendre le risque de regarder à nouveau ce ciel capable de me mettre à genoux), je repris mon chemin, un pas après l’autre, une bouffée après l’autre, le goût doucereux de la cigarette et du menthol se mélangeant dans ma bouche.
Il fallait rentrer à présent, reprendre ce chemin maintes fois emprunté, ce chemin du cœur léger et du sourire aux lèvres ; celui qui était le mien à huit heures du matin, avec mon maquillage effacé et mes cheveux mal coiffés ; celui que je prenais parfois très tard en pleine nuit, connaissant par cœur les vitrines, les noms des rues et les lumières que j’allais croiser. Je sentis mon estomac se contracter à nouveau à l’idée que plus jamais je ne prendrais ce chemin, mais je respirai bien fort et la nausée se dissipa rapidement.
Plus jamais, plus jamais, plus jamais, ces deux mots tournaient dans ma tête à mesure que la cigarette commençait à me brûler les doigts ; tous ces verbes que je pouvais y associer, plus jamais je n’embrasserais ses sourcils, plus jamais je ne sentirais ses mains sur moi, plus jamais je ne l’appellerais par son prénom, plus jamais je ne pourrais respirer ses cheveux, plus jamais, plus jamais, plus jamais.
Cette fois-ci c’est ma gorge qui se contracta, durement, et les larmes qui coulèrent d’elles-mêmes. Plus rien ne servait à présent d’essayer de les retenir, elles étaient déjà là, au bord des cils, commençaient leur descente sur mes joues qui se striaient très probablement de marques brunes (ou l’arnaque habituelle du maquillage waterproof). Est-ce qu’il était possible d’acheter du maquillage painproof ? Le ridicule de cette question me fit exploser de rire ; quelques larmes salées en profitèrent pour se glisser sur mes lèvres et je savourai le goût amer de leur existence et de cette peine de cœur qui me vrillait le ventre depuis des journées entières.
Je passai devant une vitrine sombre et pus apercevoir mon reflet, devant lequel je m’arrêtai. Il y avait toujours mes talons, il y avait toujours mes collants, il y avait toujours cette robe que je détestais mettre mais que j’aimais malgré tout, il y avait surtout mon visage blafard et déformé par les sanglots qui s’échappaient de ma gorge depuis de longues minutes.
Sans me détacher de la vitrine, j’allumai une autre cigarette, dont l’extrémité incandescente fixa mes yeux pendant quelques instants ; puis je retournai la tête et me regardai à nouveau. Je n’étais pas l’image même de la douleur : je n’étais pas Guenièvre croyant Lancelot mort, capable de s’évanouir et de s’arracher les cheveux malgré le danger que cet aveu représentait ; j’avais même l’air plutôt sereine, peut-être fatiguée, mais rien dans mon apparence physique ne reflétait la dévastation intime que je venais de vivre et qui m’habitait toute entière, m’empêchant de réfléchir, de respirer, de vivre même.
Il n’y avait pas de mot, d’ailleurs je ne les trouvai pas ; il n’y avait rien qui pouvait exprimer le vide béant, la morsure insoutenable et permanente que je ressentais en moi, d’une manière si vivace que je n’aurais pas été surprise de découvrir qu’une partie de mon corps m’avait été réellement arrachée. Plus jamais, nevermore, ces promesses d’infini me révoltaient et me cassaient en deux, moi qui n’avais jamais connu les always et les forever, toujours refusé de les dire et de les entendre.
Les mots cruels d’Aragon revinrent à mon esprit :

Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son cœur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n’y a pas d’amour heureux.

J’avais ouvert les bras et j’avais broyé tout ce qui s’offrait à moi. Il n’y avait pas de retour en arrière possible ; il n’y avait que le présent à apprivoiser, le futur à essayer de ne pas imaginer. Plus rien n’existait et plus rien n’avait de sens ; ce jour-là, la vie s’arrêta, sans faire de bruit, comme un flocon tombé d’un ciel brûlant de blancheur.

My haunted lungs, ghost in the sheets

21/05/2014 à 4:00 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Il y a les fantômes qui se rappellent à nous, tout doucement, lors d’une nuit d’insomnie où l’excitation nous échauffe le sens et nous brouille la raison. Quelques associations d’idées et on se souvient des mots échangés, des instants partagés, des frissons et des peines. On parcourt les messages échangés avec la fébrilité d’un archéologue qui espère trouver enfin ce qu’il cherche depuis si longtemps ; on relit ce que le fantôme a écrit, ce qu’on a soi-même écrit, en espérant trouver une explication, un indice ; en espérant comprendre pourquoi les choses se sont arrêtées et pourquoi, des années plus tard, on ressent cette urgence de faire revivre sous nos yeux ce qui n’a été que quelques étreintes fougueuses et des souvenirs doucement amers.
On joue au jeu habituel, on prend le nom, on le tape dans un moteur de recherche ; on scrute toutes les pages dans l’espoir de trouver un signe qui prouverait que l’être anciennement chéri y est passé, y a posé sa marque. On sourit, enfin, quand on tombe sur le site qu’on n’attendait plus, quand on découvre que oui, le fantôme est passé par là, très récemment, et qu’on peut enfin le toucher du doigt, le rappeler à nous.
On crée un compte, on utilise un pseudo évident, on envoie un message, le cœur battant. S’il ne répondait pas ? Si ce n’était pas lui ? S’il ne passait plus sur le site ?
Et puis quelques heures plus tard, on consulte la messagerie sans trop y croire. « Un nouveau message » clignote en jaune fluo, et notre cœur clignote de concert. Alors, enfin, ça y est, se dit-on.
L’échange est bref et bienveillant ; la réciprocité du désir de se retrouver est un soulagement, une épine enfin retirée d’un pied qui vacillait depuis que la mémoire du fantôme était revenue nous hanter. On convient rapidement d’une date, d’une heure, d’un lieu, d’une possibilité pour aller se mettre à l’abri (c’est le doux mois de mai mais il pleut, comme à l’époque où on s’était rencontrés, où on s’était observés de loin, comme des enfants apeurés à l’idée de voir leurs corps s’entrechoquer et leur vie se bouleverser), d’une possibilité surtout pour enfin retirer nos vêtements et laisser nos corps exulter, comme à l’époque, la grande époque, la triste époque, celle qui fait partie du passé, aussi étrange que cela paraisse tant son souvenir est vivace.
Quand enfin le jour arrive et le fantôme aussi, on ne sait pas si on va sortir de sa cachette. On observe. Il n’a pas tellement changé, le fantôme. Il est toujours grand, il est toujours brun, il est toujours diablement beau. On a toujours envie de sentir son corps s’appuyer sur le nôtre, nous serrer, nous étouffer, retrouver les sensations d’alors. On finit par sortir de l’ombre, se montrer, et le regard du fantôme est sans équivoque et le plaisir qu’il prend à nous retrouver nous ferait presque pleurer de joie et de désespoir mêlés.
On commande un whisky, le fantôme sourit et comprend, il fait de même ; on en boit un, plusieurs, on parle, enfin il parle, on l’écoute, comme à l’époque. On louvoie, on ment un peu sur sa vie, on n’ose pas lui dire qu’en près de quatre ans rien n’a changé, que la vie est toujours au point mort ; on n’ose pas lui dire qu’on a rencontré quelqu’un à qui on tient, parce que ça n’a pas d’importance à ce moment-là, tout ce qui compte c’est sa présence et son regard, l’impression peut-être de ne s’être jamais quittés.
On sort du café, il pleut, on s’accroche l’un à l’autre et on va chez lui, ce n’est pas loin, c’est évidemment commode, c’est évidemment très haut, c’est évidemment Paris et les studios minuscules qu’on paie un prix d’or. On se souvient des premiers moments, de notre timidité, de son regard à lui qui jamais ne se baissait, de l’impossibilité de le regarder dans les yeux, de l’envie qu’on avait de lui et de la peur qu’il nous prenne et nous brise. Ce sont ses lèvres qui se posent en premier sur les nôtres et le goût si particulier du fantôme joue la madeleine de Proust. Ce sont des flashs dans le cerveau et dans le sexe, des souvenirs de ces instants qui avaient le goût de la première fois même s’ils ne l’étaient pourtant pas — peut-être la première fois où le cœur était impliqué, où il s’agissait plus que de se toucher après une nuit d’ivresse. Il y avait eu tous ces mots échangés, tout ce jeu subtil et désuet, toute cette envie d’introduire du roman dans la vie, sans jamais pour autant se mentir, sans jamais se leurrer. Nos yeux s’embuent un peu de larmes alors on replonge dans sa bouche, on pousse notre langue plus loin, on veut qu’il sente notre désir, on veut qu’il sache que cette fois on le veut tout entier, complètement, sans refus.
Les mains du fantôme grimpent sur nos hanches, sur nos seins, sur lesquels il s’attarde longuement comme pour signifier qu’ils lui avaient manqué (tout cela sans un mot ; les mots n’ont plus d’importance), prestement elles se glissent sous le pantalon et découvrent la moiteur de notre sexe qui n’a pas oublié ses doigts, qui n’a pas oublié ses confidences bouleversantes sur cette intimité pourtant si compliquée (« je n’ai jamais rien touché d’aussi doux »), qui lui montre par sa chaleur et sa moiteur qu’il désire son être tout entier, ses doigts, sa bouche, sa langue, son sexe.
On retire les vêtements du fantôme, on déboutonne la chemise, doucement, délicatement, cette fois nos yeux ne quittent plus les siens, on sait qu’on peut tout assumer, on sait qu’on peut tout voir et sourire et ne plus se cacher. Le fantôme nous regarde, notre visage, puis descend vers nos seins, notre ventre, nos cuisses, nos mollets, nos pieds, il s’y jette comme pour s’y noyer, c’est d’abord lui qui nous lèche et nous mord la nuque (on est étonné à l’idée qu’il se souvienne de ce petit fétiche), nous aspire, nous avale, nous met dans un état de transe hébétée. On lui rend rapidement la pareille en découvrant son sexe dur et chaud, comme la première fois, comme lorsqu’on ne faisait que se serrer l’un l’autre sur un banc, nos mains froides s’y aventurent, puis la bouche, la langue, le fond de la gorge, sans haut-le-cœur, sans tousser, ce sexe qui s’enfonce au plus profond de nous et touche nos amygdales, s’insinue dans notre trachée et vient s’y loger avec soulagement.
Le fantôme caresse notre tête et gémit, il semble prendre peur de venir trop vite, comme ça, sur notre palais, et nous ramène à lui, nous caresse, nous attire sur son corps à la couleur caramel toujours aussi délicieuse, et nous ne réfléchissons plus, nous prenons son sexe et l’introduisons entre nos cuisses. Le fantôme a le souffle coupé, sourit, puis rit franchement, pose ses mains sur nos hanches, nous aide à imprimer un rythme agréable, pendant que nous savourons ce plaisir nouveau de l’avoir au fond de nos entrailles. Mais le fantôme ne l’entend pas de cette oreille, il nous repousse sur le côté et vient se présenter devant nos fesses, qu’il agrippe fermement avant de nous prendre d’une seule poussée violente et brutale. Nous gémissons et crions, le plaisir nous brouille la vue et l’esprit, nos mains ne nous tiennent plus, nous nous allongeons complètement pendant qu’il continue et nous jette quelques mots crus au visage, ces mots crus que nous avons toujours tant aimés et que nous n’avions osé lui demander par le passé ; il agrippe nos cheveux, les tire à lui, nous haletons, l’intensité de ce moment est à peine soutenable et nos cris se font gutturaux, animaux.
Il se saisit alors d’un objet enfermé dans sa table de nuit, nous ne voyons pas de quoi il s’agit, mais peu après notre corps tout entier se cabre lorsque nous sentons une lame dure et froide courir sur nos reins. D’un seul coup de main le fantôme nous repousse sur le dos, nous faisons face à lui, le visage déformé par le plaisir ; il est en sueur, s’introduit en nous avec la même facilité et fait courir le métal sur nos seins, sans jamais appuyer, sans jamais forcer. Nos yeux alternent entre la lame et le fantôme, nous sourions de bonheur et de plaisir mêlés, et nous sentons le plaisir monter à mesure que le couteau se balade sur notre corps que la jouissance imminente rend incontrôlable.
Nous lui hurlons avec les mots les plus crus que nous allons venir, et il accélère le rythme jusqu’à l’explosion. Nous sommes encore en train de reprendre notre souffle qu’il continue encore à aller et venir, à jouer avec la lame, et d’un seul coup d’œil nous lui faisons comprendre qu’il peut se laisser aller, maintenant, où il veut. Il se retire et approche sa queue de notre visage ; nous ouvrons la bouche et posons notre langue sur le gland au fur et à mesure que sa main va et vient sur son membre. Très rapidement ses gémissements se font plus forts, plus graves, et nous savons qu’il va nous inonder de son sperme que nous avons déjà goûté par le passé. « T’es tellement belle, t’es tellement belle » nous dit-il alors que le liquide chaud s’écrase sur nos seins, notre langue, notre nez.
Le fantôme reprend sa respiration et vient s’allonger à côté de nous, il nous serre fort dans ses bras, comme par peur de nous perdre, nous remercie, nous sourit. Nous nous embrassons comme des adolescents, comme il y a quatre ans, et nous nous endormons pendant que le fantôme continue à nous observer en nous caressant les cheveux.

La main dans le sac

11/11/2013 à 3:50 | Publié dans Uncategorized | Un commentaire

Quand j’arrive chez lui, il fait déjà nuit. Comme à son habitude, il m’avait donné rendez-vous assez tard, vers 22h ; il justifiait ça par un travail tardif à chaque fois, et à chaque fois je lui répondais que, bien sûr, je comprenais. Ce soir-là ne déroge pas à la règle : je monte au premier étage, je sonne, il sent bon la douche qu’il vient de prendre et Eau sauvage, m’embrasse sur les deux joues, comme un bon ami que je n’aurais pas revu depuis plusieurs mois, et me propose de passer au salon enfumé, où il enchaîne les cigarettes comme si sa vie en dépendait. Je ne suffoque plus en sentant l’odeur du tabac froid qui infeste tout l’appartement, comme cette première fois où je suis venue et où j’ai découvert la table basse pleine de verres sales, les caleçons qui traînaient sur le canapé ; et où je serrais les cuisses, assise à côté de lui, en me répétant : « Tu restes une heure ou deux et tu t’en vas. ». Cela m’amuse toujours de repenser à cette première fois, et à ce basculement ridicule, tellement facile (même s’il n’opère pas à chaque fois) où le dégoût que j’ai éprouvé pour lui au premier abord s’est finalement transformé en désir dévorant.
Il met de la musique sur son ordinateur, me propose du Biolay, bien sûr je suis ravie et on fume des cigarettes et on boit du vin blanc en écoutant Vengeance. Il finit bien sûr par glisser son bras derrière mon dos, me caressant comme si de rien n’était, pour finalement approcher son visage du mien et m’embrasser pendant de longues minutes — longues minutes où il semble se rappeler que je ne peux résister à de douces morsures dans le cou, ce qu’il n’oublie pas de faire, m’électrisant la peau et me faisant frissonner.
Un sac de femme est posé à même le sol à côté du canapé, vide, béant, comme jeté là par hasard ; je ne m’y attarde pas, me rappelle cette fois où je suis tombée sur le magazine Elle auquel une certaine Laura semble abonnée, me souviens également des produits d’hygiène féminine que j’ai trouvé dans ses toilettes, et je souris, tristement, de ce que je sais, qu’il ne cache pas vraiment, et que je n’oserai pas lui demander.
La suite se déroule comme à chaque fois, ou presque ; il prend ma main et nous allons dans sa chambre, où il me déshabille, complimente la douceur de ma peau, me dit à quel point je suis excitante, à quel point il a envie de moi, à quel point il aime ces soirées qu’on passe ensemble. Fidèle à mon habitude, je reste muette ; je n’aime pas les discussions de chambre à coucher, et mes gestes en disent suffisamment sur le plaisir que je prends, et l’envie que j’ai de lui. Ses cheveux mi-longs chatouillent doucement mes épaules quand il me prend, j’y glisse doucement mes mains alors que ma respiration s’accélère et que je finis par franchement crier le plaisir que je prends à chaque fois qu’il s’introduit en moi, comme une évidence.
Je quitte l’appartement, mes vêtements sentant le tabac et le foutre que j’ai encore entre les seins, vers 5h du matin ; je ne résiste jamais au plaisir du premier métro, avec mon maquillage ravagé, mes cheveux décoiffés, et mon lit que je retrouve enfin pour m’y effondrer alors que le soleil se lève sur Paris.

Quand je rentre ce dimanche soir, il fait déjà nuit, bien sûr ; saleté d’heure d’hiver. Je constate qu’il n’a évidemment pas fait le ménage ni aéré le salon ; ça pue le tabac qu’il a dû fumer toute la nuit avec les potes qu’il reçoit à chaque fois que je m’éclipse pour un week-end en famille.
Je soupire un peu et commence à ranger le désordre ; mon sac que j’ai oublié à côté du canapé et que je remets dans l’armoire, la vaisselle qu’il n’a évidemment pas faite et que j’ai envie de passer par la fenêtre, l’exemplaire du Elle de cette semaine qu’il a ouvert (probablement pour s’en moquer).
La chambre pue elle aussi ; bien sûr plongée dans le noir, il n’a probablement pas pensé à ouvrir les volets ni la fenêtre avant de partir travailler. Je suis fatiguée, je n’ai qu’une envie, m’étaler et m’endormir, retrouver son odeur et attendre qu’il arrive pour le serrer contre moi, entre mes cuisses.
Je me déshabille rapidement, entasse mes vêtements sur les siens qui sont encore éparpillés au sol (il a dû se coucher tôt ce matin), et m’introduit entre les draps qu’il faudrait vraiment qu’on songe à changer.
Dans la pénombre, je distingue une marque sombre sur le drap housse ; comme une tache circulaire qui aurait séché mais aurait laissé une marque sur le rouge pourtant vif de la literie. Je me relève légèrement et allume la lampe de chevet : à la lumière, il n’y a aucun doute, il y a bien une tache là au milieu du lit. J’approche mon visage de la marque foncée, et essaie de distinguer si une odeur pourrait m’indiquer sa provenance.
Il n’y a aucun doute possible : les draps sentent le sperme. Probablement le sien. Probablement mélangé à la mouille d’une petite salope qui a écarté les cuisses pour lui cette nuit.
Je me relève, me rhabille. Je regarde ses vêtements au sol qui ressemblent à une mauvaise scène de film érotique. Je retrouve ce mégot de cigarette taché de rouge à lèvres. Je repense aux deux verres sur la table basse.
J’entends le bruit caractéristique des clés dans la serrure. Il entre, le sourire aux lèvres. Dans l’encadrure de la porte de la chambre, je le regarde :
« Hey toi, je sais ce que tu as fait hier soir. »

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Diabolo menthe

18/09/2013 à 8:23 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Si chacun a sa madeleine de Proust, la mienne est plutôt douce amère. Elle l’odeur et la saveur des Dragibus, ces petits bonbons colorés qui collent aux dents et ont un goût particulièrement chimique. J’avais quatorze ans alors, et j’allais avec une amie voir un film au cinéma, qui s’appelait Virgin Suicides et dont je ne soupçonnais pas alors la marque indélébile qu’il allait graver dans mon esprit et dans ma chair.
Le cinéma était évidemment minuscule, c’était la campagne, et les sièges rouges inconfortables. J’avais soigneusement ouvert le petit paquet rose, et je suçais avec délectation les petites billes que je trouvais sous mes doigts déjà déformés par des années d’onychophagie.
Le noir se fit, et les écritures adolescentes apparurent à l’écran ; des tignasses blondes, des sourires et des cris apparurent devant mes yeux mal maquillés. Je me souviens que je portais un jean bleu délavé et un t-shirt noir.
Un bruit venant de la salle détourna mon attention pendant quelques secondes : la porte venait de s’ouvrir et un spectateur en retard entrait dans la salle. Dans l’obscurité, je ne pus le reconnaître, mais il vint s’assoir à quelques sièges de mois, et je découvris alors qu’il s’agissait d’un garçon de ma classe, ni très laid ni très beau, que je connaissais assez peu. Il soutint mon regard et je détournai les yeux.
Le film continuait, et les sœurs Lisbon se faisaient plus rares, quand j’entendis un autre bruit. Rapidement, je compris que le garçon en question (et dont j’ai aujourd’hui oublié le nom) s’était rapproché et qu’il était alors assis à côté de moi. Je sentis sa chaleur lorsqu’il se pencha pour me dire : « tu m’en donnes ? »
Il voulait probablement parler des bonbons que je mangeais sans discontinuer depuis le début de la séance. Je lui tendis le paquet sans le regarder, un peu exaspérée par sa présence. Il se mit à l’aise, écarta les jambes, et sa cuisse vint se coller à la mienne. J’essayai de me dégager, pensant que j’étais trop proche de lui, mais il écarta encore davantage sa jambe pour la coller de nouveau à la mienne. Je tournai la tête et vis qu’il me regardait, un drôle de sourire aux lèvres. Josh Hartnett venait de dire à Kirsten Dunt : « t’es un vrai canon », et mon voisin se pencha lui aussi vers moi pour ajouter : « t’es pas mal non plus ».
Bien sûr, j’étais flattée, et je souris un peu ; je ne savais pas où il voulait en venir, mais je compris ses intentions lorsque sa main glissa sur mon bras et descendit directement sur mon entrejambe. Je voulus l’en empêcher mais il murmura : « laisse-toi faire ». Doucement, il fit glisser sa main sous le pull que j’avais sur les genoux, et défit le bouton de mon jean. La braguette suivit peu après, et sa main se glissa directement dans ma culotte et dans mes poils pubiens qu’à l’époque je ne rasais pas encore. Mon cœur accéléra d’un coup : aucun garçon ne m’avait encore touchée là, et au moment même où son majeur atteignit mon clitoris, je soupirai doucement, comme si enfin, ce que j’avais toujours attendu finissait par m’arriver.
Il continua à masser mon clitoris, puis faufila un doigt dans ma chatte : j’étais vierge mais je ne ressentis aucune douleur. Je le vis mettre sa main droite dans son propre pantalon et faire des mouvements de va-et-vient : j’étais trop occupée par mon propre plaisir pour me soucier du sien.
Ma respiration s’accélérait, et plus j’essayais de me contrôler, moins j’y parvenais. L’amie qui m’accompagnait me jetait quelques regards intrigués, mais elle sembla comprendre vite et se concentra sur le film.
Alors que Lux Lisbon prenait un taxi dans le petit matin gris après une première fois désolante, j’eus un orgasme fulgurant, mes doigts se crispèrent sur les accoudoirs et je jetai la tête en arrière malgré moi. Il me fallut quelques minutes pour reprendre mon souffle, et quand je tournai la tête, je constatai que le garçon qui m’avait donné tant de plaisir avait disparu. Seule subsistait sur le sol la tache encore fraîche de son sperme adolescent, que mes yeux ne quittèrent plus jusqu’à la fin de ce film que j’ai revu de nombreuses fois depuis. Et toujours avec un paquet de bonbons colorés.

La vengeance est un sorbet qui fond en gorge plus tard

07/07/2013 à 5:24 | Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

« Décidément Juliette, tu es toujours aussi jolie ! »
Juliette était là, souriante, tentant de feindre un rougissement qui ne viendrait jamais spontanément sur ses joues parfaites, à la teinte naturellement rosée. Moi, de quelques mètres plus loin, je l’observais. C’était toujours étonnant de la découvrir comme ça, en représentation. Bien sûr, je gardais mes distances : me mettre à côté d’elle m’était impossible, je ne l’avais plus fait depuis ma première année au collège où j’avais vu le visage ahuri d’un enseignant en découvrant que j’étais la petite sœur de la grande et gracile Juliette.
Je détestais les fêtes de famille. Revoir les oncles et les tantes que l’on n’avait pas vus depuis des mois, voire des années ; retrouver ces têtes qui jamais ne changeaient pendant qu’ils complimentaient, sans aucune honte, les moindres évolutions de mon propre corps. Evidemment, j’avais le rempart Juliette : c’était elle qu’on décrivait, elle qu’on regardait, elle qui attirait les regards. Mais je n’y coupais jamais complètement ; il venait toujours ce drôle d’instant où le visage d’un membre obscur de ma famille se détournait de celui de ma sœur pour venir se poser sur le mien. Je compris vite qu’une expression humaine pouvait passer de la lumière à l’ombre en une fraction de seconde. Voilà la moche, devaient-ils tous se dire. D’ailleurs, ils prétendaient rarement connaître mon nom.
« Mais tu as bien grandi toi aussi ! Où tu en es maintenant… Camille ? »
Je n’avais pas le droit de pouffer, de maugréer, juste celui de forcer un sourire crispé en répondant : « Marie. Je m’appelle Marie. »
Cette année-là aurait dû être différente. C’était l’anniversaire de ma mère, et sa langue venimeuse était trop occupée à lécher le mauvais mousseux qu’on lui servait constamment dans des flûtes en plastique pour s’intéresser à sa mauvaise fille. « Après tout, une sur deux, ce n’est pas si mal, c’est une bonne statistique », l’avais-je entendu dire quelques semaines plus tôt. Mais même cela n’avait pas pu m’affecter : nous étions mi-août, j’avais eu mon bac et surtout, réussi à obtenir une place à Henri IV en hypokhâgne. Ma jolie sœur Juliette n’avait jamais pu faire autre chose qu’un CAP d’esthéticienne, et si elle exerçait déjà depuis quelques années, elle savait déjà qu’elle ne se mettrait jamais à son compte. Employée à vie, son seul espoir était de trouver un homme riche – ce qu’elle avait fait. Charles était là, tout plein de sa supériorité toute droit sortie des Hauts-de-Seine, avec un blaser bleu comme on n’en voit jamais ailleurs qu’aux rassemblements de l’UMP. Charles avait des cheveux blonds et un sourire à la con, qui me donnait envie de le griffer jusqu’à ce qu’il saigne, alors même qu’il était toujours étrangement sympathique avec moi.
Une fois de plus, en regardant ma sœur au bras de son futur mari, je fus frappée par l’inexistence de traits ressemblants entre elle et moi. Elle était blonde, j’étais brune ; elle était grande, j’étais petite ; elle était mince mais avec des formes appétissantes quand j’étais maigre comme un clou (une « planche à pain » comme le disait si souvent l’adorable Juliette) ; elle avait les yeux verts, les miens étaient noisette (marron dégueulasse, pour être tout à fait honnête) ; et pire que tout, sa peau était blanche, laiteuse et sans une imperfection, quand j’affichais toujours les points noirs et boutons de l’adolescence. Même son nez était d’une perfection rare, légèrement retroussé ; le mien ressemblait à celui de ma mère, grand et disgracieux. Je m’étais souvent demandé si ma mère me détestait autant de lui ressembler si fort, mais n’avais jamais pu me résoudre à répondre à cette interrogation.
Je profitai de ce que l’attention de tous fût dirigée vers ma sœur pour me servir quelques verres d’alcool en douce. Oh, pas du vin pétillant à douze degrés, non : j’optai immédiatement pour du rhum et de la vodka, avec une pointe de jus d’orange. Le cocktail était dégueulasse, mais après deux ou trois verres avalés cul sec, je commençai à me sentir plus détendue. Je sentais la chaleur me monter aux joues, et je savais que probablement ma peau brillait, mais je m’en foutais. Je n’étais pas belle, à quoi bon faire semblant ?
Charles se trouvait dans un coin de la pièce, probablement ennuyé par nos festivités un peu beauf à son goût. Il triturait machinalement un bouton sur sa veste, le regard dans le vague. Je m’assis à côté de lui, un nouveau verre à la main. Il tourna son visage vers le mien.
« Tu sens l’alcool Marie.
– Je ne pense pas que quiconque remarquera.
– Moi je le remarque.
– Et alors, ça te gêne ? »
Je le toisais du regard. Je n’étais pas complètement ivre : j’avais l’habitude des soirées passées à me torcher avec mes copines de lycée. Mais je savais qu’il pensait que je l’étais, et que je pouvais en jouer. Lui dire tout ce qui me passait par l’esprit, et pouvoir prétendre le lendemain que je ne m’en souvenais pas.
Charles avait un drôle de regard. Ses yeux allèrent de moi à ma sœur, et il soupira. Il me regarda à nouveau. Il s’approcha de moi et me chuchota à l’oreille :
« Ce n’est pas mieux d’être son mec que d’être sa sœur, tu sais. »
Son souffle dans mon cou m’excita instantanément. Ce n’était pas lui qui me plaisait, non : ses cheveux mi-longs et son allure coincée me dégoûtaient même carrément. Mais en un instant, j’avais compris comment j’allais pouvoir prendre ma revanche. Comment j’allais pouvoir envoyer au tapis cette créature magnifique et stupide que j’avais dû supporter pendant tant d’années, et que ma mère avait toujours tellement préférée.
« J’ai quelque chose à te montrer. »
Je pris la main de Charles et l’entraînai vers le couloir pour nous diriger ensuite vers l’escalier. Ma sœur ne remarqua même pas notre sortie, trop occupée d’elle-même et de ses grands discours sur ses débuts dans le mannequinat (en réalité, deux pipes inutiles à deux photographes qui n’avaient jamais vu de mannequin de leur vie).
Je sentais une moiteur chaude dans la paume de Charles. Avait-il compris mes intentions ? Je le crois. En tout cas, il ne se fit pas prier pour se diriger vers ma chambre, et il n’essaya pas une seule fois de me demander ce que j’avais de si important à lui montrer.
Une fois entrés, il se retourna pour refermer la porte, et quand il me fit de nouveau face, j’avais déjà retiré le haut. Je ne portai pas de soutien-gorge (je n’en avais pas besoin) et Charles inspecta mes petits seins avec l’œil d’un prédateur affamé. J’avais vu juste.
Sans dire un seul mot, il se dirigea vers moi et commença à m’embrasser avec agressivité. Ses baisers étaient écœurants, et j’avais envie qu’il s’arrête ; mais il était trop tard pour faire marche arrière. Ses mains couraient sur mon corps et s’insinuaient sous ma jupe, et au moment où ses doigts entrèrent en moi, c’est l’image de Juliette qui s’imposa à moi. Je crois bien que je souriais à travers les coups de langue de son petit ami.
Je l’attirai sur le lit ; j’avais envie d’en finir vite. J’avais déjà fait l’amour, je savais les gestes qu’il attendait de moi : je pris son sexe entre mes mains et commençai à le branler, doucement, avant de diriger mes lèvres vers son gland déjà gonflé par le désir. Le goût de sa queue était doux, et il semblait tellement heureux de cette caresse qu’il n’osa pas poser ses mains sur mes cheveux.
Peu après, je remontai vers son visage pour l’embrasser ; il me repoussa, j’imagine qu’il était dégoûté à l’idée que ma bouche impure se pose à nouveau sur la sienne. Il se mit alors à me doigter, et je lui dis à voix basse : « Prends-moi maintenant. »
Il n’attendait que ça. Je sortis les préservatifs de ma table de chevet, il en enfila un rapidement, comme s’il avait peur de débander, et releva mes jambes avant de s’insérer en moi. Etrangement, j’étais déjà très humide, probablement parce que la situation me rendait folle. Je ne pouvais pas penser à quelqu’un d’autre qu’à ma sœur, à ma mère, j’attendais de leur balancer tout ça au visage, de leur faire mal, de leur dire que ce charmant jeune homme ne respectait pas la beauté de Juliette comme elles l’imaginaient.
Je fermai les yeux, et quand je décidai de les rouvrir, je vis que Charles me regardait fixement, durement, et qu’il soufflait très fort. Je gémissais un peu pour le stimuler, et lui proposai alors de changer de position. Je me mis à quatre pattes et il vint se positionner derrière moi, et c’est quand il agrippa mes seins en me susurrant à l’oreille : « T’es tellement meilleure que ta sœur » que la porte s’ouvrit.
Juliette fit un pas, croisa mon regard, puis celui de Charles. Sa bouche pulpeuse et rose s’arrondit pour former un « oh » de stupeur, et elle recula, sa main attrapant la porte pour la refermer à toute vitesse.
Je crois que je n’ai jamais eu un fou rire plus délicieux de ma vie.

Love Song

05/05/2013 à 6:40 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Les appartements parisiens se ressemblent tous. Un parquet soigné, de jolis canapés, des bougies allumées çà et là, des disques qui traînent sur la table basse et dans les étagères, quelques livres d’art pour faire joli à côté de la télévision à écran plat. Je m’interroge souvent : comment se fait-il que ces mêmes endroits m’électrisent toujours autant ? Comment ai-je encore l’envie, la force, le caractère de m’y glisser le soir, comme par effraction ?
Sonne trois coups. Pousse la porte déjà ouverte. Ne porte rien sous ton imper noir. Maquille-toi comme une pute. Apporte le vin.
Je suis docile et bien élevée. Je m’exécute, toujours, de bon cœur. Je rêve de voir dans leurs regards la gratitude, ou plutôt la satisfaction. Le désir, aussi, toujours. Mon désir à moi est silencieux, vague, parfois fluctuant ; il se nourrit de celui des autres et ne souffre pas qu’on le brusque. Je l’exprime par petites touches, parfois plus crûment. Il me faut trouver l’abandon suffisant pour intimer à un homme de me fesser alors qu’il prend par derrière, pour lui demander de me frapper au visage.
Les sexes défilent devant mon visage, jamais semblables ; leurs odeurs si différentes, leurs formes multiples. Je me souviens de tous, ou du moins j’essaie ; je consigne parfois quelques mots dans un carnet que je tiens caché dans une poche de ma veste. L’envie de les emporter avec moi, de ne pas les perdre, même lorsque le souvenir est mauvais.
Les visages, enfin, les regards, les corps, les fluides. Cette réalité physique qui s’efface bien trop rapidement de mon esprit, et ces détails idiots qui ne me quittent pas, comme l’odeur de lessive d’un corps masculin, ou la boucle d’oreille dorée qui me chatouille l’épaule pendant une étreinte.
On ne parle jamais d’amour, on ne parle même jamais de nous, on ne parle que de ces moments qu’on vole à notre solitude, et des plaisirs au goût amer que l’on prend parfois ensemble.
Quand je referme la porte, je m’étonne toujours d’être celle-là, et de trahir un peu Anna Karénine ou Ariane d’Auble avec mes amours légères, et de n’avoir la force de me jeter sous un train pour un de ces corps qui peuplent mes nuits.

Peut-être que je suis bizarre

16/03/2013 à 11:12 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Je me demande si peut-être il est un peu tard dans Cohues numéro 9.

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