Pointe et plainte de volupté

23/02/2009 à 10:51 | Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

Elle m’avait quittée, là, comme ça. Un post-it collé sur le miroir : « pardonne-moi mais je veux refaire ma vie ».
Refaire sa vie. Comme si j’avais défait quelque chose de sa vie en l’attachant à moi, en m’attachant à elle ; comme si j’avais brisé un lien, quelque chose qu’il fallait refaire, reconstruire, rebâtir. Loin de moi, de ma vie, de notre vie, à laquelle je tenais tant.
Je repensais à son visage. Ses cheveux bruns, coupés au carré ; sa peau si blanche, presque transparente ; ses yeux bleu marine. J’étais tombée amoureuse de son visage, je lui avais dit, il ne s’agissait même pas de désir. Une admiration, une fascination. Oui, j’étais fascinée par sa beauté quasi parfaite, par ses traits fins, par cette intelligence de la nature lorsqu’elle s’était penchée sur mon Isabelle.
J’aimais aussi sa voix, un peu trop aiguë, qui sortait d’un souffle féminin délicieux. J’aimais qu’elle me murmure des choses un peu cochonnes à l’oreille, jamais trop vulgaires parce que ça ne lui allait pas, elle était trop belle pour être vulgaire. Ça l’agaçait, elle me disait que je devais la laisser parler comme elle voulait, que si j’avais pu je l’aurais mise en cage. Je crois bien qu’elle avait raison.
J’avais mis longtemps avant d’accepter qu’elle partage mon lit. J’avais toutes ces bêtises de pureté dans la tête, j’avais peur de tout gâcher. J’osais à peine la toucher, peur de la froisser, de blesser cette peau parfaite, de gâter ce parfum si doux. Mais le désir a fini par s’installer.
On a commencé à se fréquenter après s’être rencontrées dans un cours de théâtre (elle voulait devenir actrice, j’étais décoratrice). Au départ on ne se voyait qu’au café ou au restaurant, je voulais vraiment rester distante. Elle était pourtant très entreprenante et ses pieds remontaient le long de mes jambes sous les tables, ou bien ses mains se glissaient sur mes cuisses quand nous étions assises côte à côte. Elle était superbe et je ne la désirais pas ; j’étais banale et elle crevait de désir.
Sujet de discorde, le premier déjà. Le désir. Qu’est-ce que désirer ? Parce que je souhaitais la posséder, mais pas comme ça, pas avec mes doigts, pas avec ma bouche. Je la voulais, elle toute entière, près de moi, entendre son souffle et sentir son odeur, voir ses yeux bleus et ses cheveux foncés, détailler chaque pore de sa peau et les trouver sublimes, toutes…
J’avais peur de la ruiner, peur de tout casser. Elle m’avait dit une fois : « tu as surtout peur d’être déçue ». Je n’ai jamais bien su si c’était vrai, parfois j’ai bien peur que oui.
Mais rien n’est plus fluctuant que le désir. Et un dimanche de septembre, elle est arrivée, fascinante, enivrante, les joues rougies par la marche qu’elle venait de faire. Et je l’ai désirée, enfin, sans savoir pourquoi, sans comprendre. Est-ce que c’était son essoufflement, est-ce que c’étaient ses cheveux collés sur son visage, est-ce que c’étaient ses bas qui se faisaient la malle ? Je n’ai jamais su.
Elle avait tenu à ce que ça se passe chez moi. L’endroit n’était pas romantique, mais notre histoire n’avait plus rien à voir avec du romantisme. Une sorte d’attraction incontrôlable, une répulsion pour la chair, une fascination pour ce qu’elle était et que je pouvais salir. Il m’arrivait de rêver d’elle, le visage dans la fange, et d’en jouir dans mon sommeil. La pureté violée, bafouée, déchirée, défigurée. Jamais je n’ai pu lui avouer que je rêvais d’elle comme ça, que je la voyais comme la dernière des putes, et que ça m’excitait.
Elle avait pris les devants, me déshabillait, m’effleurait doucement, et puis m’empoignait les seins. J’ai joui très vite, je n’aurais jamais cru être aussi excitée. Et quand je l’ai possédée de mes doigts, j’imaginais un homme violent venir lui imposer son sexe et son désir, la forcer à l’avaler, à le toucher, et je suis venue en même temps qu’elle, pour une deuxième fois.
Et puis s’était installée la routine, si c’est le bon terme. La vie avec elle ne m’ennuyait pas, pas une seconde. Elle avait emménagé avec moi, l’endroit ne payait pas de mine mais nous passions de bons moments, parfois. Mes rêves salaces hantaient toujours le fond de mes Levi’s, mais je les lui cachais, soigneusement. Par honte peut-être. Sans doute aussi parce qu’elle aurait voulu réaliser mes fantasmes, et que la rouler dans le stupre m’aurait rendue incapable de l’aimer encore.
Et puis ce post-it. Refaire sa vie. Refaire l’amour sans doute aussi. Loin de mes doigts et de ma bouche. Le désir avait peut-être mis du temps à venir, mais je crois bien qu’il ne restait plus que ça quand elle est partie. Un désir fort et violent, contradictoire. Un désir qui explosait tous les soirs sous nos doigts. Je n’avais jamais bien saisi ce qu’elle me trouvait, pour quelle raison nous étions ensemble. Le désir sans doute, l’attachement, son plaisir à être admirée. Elle avait peut-être remarqué que je ne la considérais plus comme une chose fragile. Pourtant c’est sans doute comme ça, dans mes rêves où elle avait le rôle d’une putain sans vertu, que je l’aimais le plus…

En hommage à Isabelle A.

Comme une poupée qui perdait l’équilibre

16/02/2009 à 1:16 | Publié dans Uncategorized | 3 commentaires

Katarina. Le nom était écrit sur le badge accroché à ta veste, cette veste à la couleur sans artifice, d’un bleu passe-partout, et mal coupée. Les uniformes sont rarement bien adaptés aux courbes d’un corps, et celui-là était sans doute le pire. On ne peut pas exiger d’une compagnie de vols low-cost qu’ils offrent de beaux tailleurs à leurs hôtesses de l’air… et pourtant, tu étais belle dedans. Malgré le ridicule de la situation et cet accoutrement, tu rayonnais. Tu ne souriais pas, tu semblais un peu crispée. Mal à l’aise, peut-être l’un de tes premiers vols ? je l’ignore encore. Tes cheveux que j’imaginais longs enfermés dans ce chignon trop strict, durcissant ton visage pâle. J’aurais donné ma vie pour t’embrasser.
L’avion a commencé à avancer, tout doucement. C’était toi qui devais faire les gestes nous indiquant les issues de secours. J’ai toujours aimé regarder attentivement l’hôtesse de l’air à ce moment-là, imaginer ce qu’elle pouvait penser. Une sorte de rituel, un peu absurde, mais qui semblait nécessaire. Un homme assis près de toi a dû rire, sourire, je ne sais pas ; toujours est-il que tu as été prise d’un fou rire que tu as rapidement réprimé. J’ai enfin vu ta bouche s’élargir, dévoiler tes dents blanches ; j’ai constaté que tu n’avais pas de fossettes, mais que ça t’allait bien de ne pas en avoir. J’ai vu tes yeux se plisser, tes yeux verts s’éclairer. Tes cheveux n’ont pas bougé. J’ai cru un instant qu’il me fallait te posséder, par n’importe quel moyen ; qu’il me fallait revoir ce sourire, provoqué par moi, esquissé pour moi. Mon cerveau élaborait déjà des plans, des histoires où je te souriais, et tu répondais à mon sourire, et alors on disparaissait dans les toilettes et nous faisions l’amour le temps de la durée du vol. Et puis je suis revenue sur terre (ou dans les airs), nous avions décollé et tu faisais ton travail. Tu m’as proposé du café, cela semblait évident que tu n’allais pas coucher avec moi.
Je me suis endormie peu après, peut-être même ai-je rêvé de toi, je ne m’en souviens pas. En me réveillant j’ai retiré les écouteurs de mes oreilles (Adjani parlait d’un pull marine tout déchiré aux coudes, j’ai eu l’impression que tu avais la même fragilité qu’elle dans le visage), et puis tu es allée t’assoir, tu as mis ta ceinture. Nous allions atterrir, tu étais assise juste en face de moi. Et tu m’as regardée, pour la première fois. Tu m’as fixée quelques secondes, je n’avais aucune envie de lâcher ton regard. Tu as détourné les yeux, et ce petit jeu a duré quelques minutes. Je sentais déjà la chaleur bien connue au creux de mon ventre, mon être tout entier qui ne tendait que vers ça.
Et puis tu as mis ton gilet jaune, tu es descendue la première. L’avion a commencé à se vider et quand je suis arrivée sur la terre ferme, je t’ai cherchée du regard. Tu me tournais le dos, je ne voyais que ton chignon. Je n’ai même pas réfléchi et je me suis approchée, j’ai effleuré ton bras, et quand tu t’es retournée j’ai posé mes lèvres sur les tiennes. Ton regard m’a interrogée, mais tu n’as rien dit. Tu m’as rendu mon baiser, tu ne m’as pas repoussée. Je crevais d’envie de passer ma main sous ta jupe bleue, de découvrir quels sous-vêtements tu portais, comment tu étais épilée, si tu étais excitée. Je tremblais un peu, toi aussi (ou alors tu avais froid), quasiment tout le monde avait disparu et la monstruosité de l’appareil à nos côtés nous rendait invisibles aux yeux des autres. J’ai hésité et puis j’ai touché ta cuisse, tu me regardais toujours. Tu ne portais pas de bas, je crois que tu avais froid. La culotte était douce, sans doute du coton ; tu n’étais pas mouillée mais il a suffi de quelques pressions sur ton clitoris pour que tu deviennes liquide. Tes yeux se sont fermés et tu as commencé à respirer plus fort, au fur et à mesure que mes doigts s’insinuaient en toi, caressaient tes lèvres, jouaient avec ton sexe. J’ai vu ta main droite se contracter au moment où tu as joui, tu n’as pas gémi mais tu as poussé un cri, un peu animal, un peu étouffé. Tes joues étaient rouges et tes lèvres n’avaient jamais été aussi foncées. Tu as fini par rouvrir les yeux, tu avais l’air aussi étonnée que tout à l’heure. Je n’ai pas résisté à l’envie de t’embrasser encore, cette fois tu as passé tes bras autour de mon cou. Et puis je suis partie, on m’attendait.
En partant j’avais cette mélody en tête : « Katarina a des cheveux rouges, et c’est leur couleur naturelle. »

Touched for the very first time

11/02/2009 à 7:16 | Publié dans Uncategorized | 4 commentaires

J’essaie de me souvenir. Je ferme les yeux, et j’essaie le plus dur que je peux. Mais rien n’y fait, je n’y arrive pas, je ne peux pas. Ma mémoire est bloquée quelque part entre mes seize ans et mes dix-huit ans, et ce qu’il y a entre les deux, ça ne revient pas – ça ne veut pas revenir.
Ma première fois. Comment c’était ? Il y a bien quelques souvenirs. Il y a bien quelques images qui me reviennent. Même une odeur, et le goût du sperme. Ça je m’en souviens, d’autant plus que ça m’avait semblé très doux.
Je revois l’endroit, je ne l’ai pas oublié. Cette petite chambre étriquée, avec des posters de FHM punaisés sur les murs. Le lit une place, probablement sale. Je ne connaissais pas cette maison, c’était celle d’un ami que je venais de rencontrer. Il fêtait son anniversaire ce soir-là. Et j’ai profité de sa chambre, profité d’un de ses amis. Mais je ne suis pas sûre que profiter soit le bon verbe.
Il y a l’alcool, bien sûr ; la vodka et puis le Martini. Peut-être quelques gouttes de Malibu, mais pas trop, trop écœurant. Il faisait très froid et c’était un calvaire de sortir fumer, ce que j’ai fait toute la soirée.
Les discussions tournaient autour du sexe et moi, je faisais la maligne. Je jouais des sous-entendus, des airs de ne pas y toucher. Je n’étais jamais crue, mais jamais assez prude pour désintéresser les garçons qui étaient présents. Je crois que j’avais simplement envie de plaire ce soir-là, simplement envie qu’on me regarde, qu’on m’embrasse peut-être.
Je n’ai pas oublié le garçon, non plus. Ni son prénom. Le même âge que moi, je crois. Pas vraiment beau, mais charmant. Il me plaisait, et j’avais peur qu’il s’intéresse à une de mes amies plutôt qu’à moi. Alors quand il est venu vers moi, quand il a commencé à jouer, j’ai laissé faire. J’en mourais d’envie, qu’il me désire. Je me suis laissée désirer, j’ai marché dans sa combine, j’ai dit oui à tout, j’ai fait des sourires pleins d’une luxure que je ne connaissais pas.
L’alcool a sans doute effacé certaines choses. Comme sa voix. Je l’ai oubliée. Pourtant j’aimerais bien m’en souvenir. Ça aurait peut-être un sens, d’entendre encore sa voix.
Ce qui me marque le plus, quand j’y repense, c’est son parfum. Parce que c’était le parfum de mon père. Quand il m’a serrée contre lui, quand il m’a embrassée, je me souviens avoir trouvé ça très familier. Et alors il l’a dit, je ne sais plus à qui, « oui je mets Hugo Boss, la classe ». J’ai immédiatement revu mon père. Je n’ai rien dit, ça n’avait pas de sens.
Je n’ai pas non plus oublié cette précipitation, au moment d’aller se coucher. Cette évidence : tu viens dormir avec moi. Comme si les baisers, les caresses sous le pull justifiaient pleinement le sexe qu’on allait faire.
Il y avait cette lumière qu’on a fini par éteindre, l’inconfort de nos deux corps dans ce lit trop petit ; lui qui s’est mis sur moi, moi qui ne souhaitais qu’une chose, le sommeil. Je voulais dormir, l’alcool m’avait assommée. Je n’étais pas excitée, je voulais qu’il cesse de me toucher. Je n’ai même pas osé lui dire.
Les doigts qu’il a mis en moi, ses tentatives désespérées pour que je mouille. Ma tête était ailleurs, partout sauf avec lui. J’ai fini par lui demander s’il avait « ce qu’il faut », il a mis un préservatif et en quelques secondes je n’étais plus vierge. Je ne sais même pas s’il s’est rendu compte que je l’étais encore, avant de le connaître. Je ne sais même pas s’il a pu comprendre que je ne l’oublierais jamais, quand lui allait me perdre dans le méandre des mauvais coups d’un soir.
Je ne sais plus comment, mais il a fini par me faire comprendre qu’il voulait que je le suce. Ça ne m’a pas gênée, je crois que c’est même la seule chose dont j’avais envie. Doucement, il a guidé ma tête, mes mains. Il n’était pas brutal, il n’y avait pas d’obligation. Je crois qu’il était doux, qu’il voulait que ça me plaise à moi aussi.
Je me rappelle distinctement sa main qui, gentiment, m’a repoussée au moment où il allait jouir. Et je me rappelle surtout mon sourire, « non je veux que tu jouisses dans ma bouche ». Son gémissement rauque quand il est venu, ce sperme si doux (sans doute à cause de l’alcool et des cigarettes qui avaient altéré mon palais), ce plaisir à le voir jouir pour moi, par moi.
Il a ronflé peu après, je suis allée aux toilettes, je saignais un peu. Le lendemain, on a assez peu parlé, ça n’avait aucun sens.
Je me souviens bien être par la suite souvent allée dans la salle de bains de mes parents, pour ouvrir la bouteille de parfum de mon père et sentir l’odeur qui s’en exhalait. Ma madeleine de Proust. Je revoyais la chambre, cette nuit, ce garçon. Je revoyais surtout le désir dans ses yeux, sa queue dure comme du bois. Ce désir que j’avais toujours désiré.
Mais décidément, non, je ne me souviens pas de ce que j’ai ressenti. Le plaisir, le dégoût, la joie, la tristesse, le bonheur, le malheur, l’excitation, le refus, la haine, l’amour. Je n’en sais rien. Je sais ce qui s’est passé, oui, dans le détail. Mais est-ce que ça m’a plu ? Est-ce que j’ai détesté ça ? Je n’en ai aucune idée. Ma mémoire n’a sélectionné que les faits, elle a oublié les émotions.

Cueillez, cueillez votre jeunesse

10/02/2009 à 10:24 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

L’adolescente se peint les lèvres, rouge carmin pour qu’on les voie bien. A-t-elle conscience de la sexualité de son attitude ? La vraie question, en réalité, serait de se demander si elle perd parfois la conscience de son être, de son corps menu tendu vers l’autre, vers le mâle, vers cette sensualité qui la fait exister un peu plus.
Tous les gestes sont précis, répétés maintes fois devant le miroir, étudiés par le prisme de la mère, et puis par celui de la grande sœur, des filles dans les films. Lisser les cheveux d’un doigt, se mordre la lèvre inférieure quand on veut rire, regarder un garçon les yeux vers le ciel, frôler doucement la peau de l’autre. Comme si elle maîtrisait déjà tous les codes de la séduction ; comme si être désirée, se faire désirer n’étaient plus des secrets pour elle.
Je la regarde et suis prise d’un vertige : quinze ans. Elle a tout juste quinze ans. Quinze ans et des chaussures à talons hauts, quinze ans et une minijupe qui arrive bien au-dessus du genou, quinze ans et un tee-shirt béant sur un décolleté inexistant. Les yeux bleus, les cheveux blonds, la peau comme du lait. Une évidence. Elle est belle, elle le sera même quand elle aura grandi. Elle le sera surtout quand elle aura quitté définitivement l’enfance, quand le maquillage ne ressemblera plus à du déguisement.
Pourtant, je suis troublée. Je l’observe avec une curiosité pleine de sous-entendus. Tout se mélange : est-ce que j’envie celle qu’elle est, moi qui ai depuis longtemps passé la date de péremption des trente ans ; est-ce que j’envie l’adolescente que je n’ai jamais pu être, vilain petit canard qui ne s’est jamais transformé en cygne ; est-ce qu’elle me choque, moi qui n’ose jamais sortir sans des couches de tissu qui me dérobent aux regards ; est-ce qu’elle me plaît ?…
Les marques de l’enfance et la vulgarité de l’âge adulte. Elle n’est pas une nymphette, non. Elle sait ce qu’elle est, ce qu’elle provoque, ce qu’elle désire provoquer. Elle ne dirait pas que ce n’est pas sa faute. Et puis personne ne la croirait.
Son jeu se poursuit au-delà des couloirs de cette sinistre école. Elle marche lentement, ça lui donne un côté plus âgé. La réalité c’est qu’elle ne peut pas marcher plus vite, avec des chaussures pareilles. Frêle piédestal… elle vacille un peu mais elle tient bon. L’adolescente sait ce qu’elle veut.
Sait-elle ce qu’elle ne veut pas ? Les ruelles sombres dans les têtes des garçons ? Les jeux interdits qu’elle va découvrir ? Les photos prises après l’éjaculation ? Les mots durs criés sous le coup de l’excitation ?
J’aurais envie de lui parler du danger. Mais elle en rigolerait. Peut-être même que ça l’exciterait davantage. Ses lèvres le disent clairement : j’aime ce qui brûle, ce qui marque, ce qui fait mal. J’aime ce qui n’est pas commun, j’aime ce qu’on remarque, j’aime qu’on me voie. Et si pour être vue, il faut en passer par là, alors j’irai sans hésiter.
Je soupire en rentrant dans ma salle de classe. L’histoire se répète, inlassablement, et les jeunes filles doivent toujours devenir des putes pour être aimées.

J’écris pour…

10/02/2009 à 9:01 | Publié dans Uncategorized | 5 commentaires

J’écris pour toutes les filles. Toutes celles qui se sentent un peu putes, et n’osent pas l’avouer. Pour celles qui osent l’avouer, et qu’on regarde mal. Celles qu’on applaudit d’être aussi libérées, celles sur qui on va cracher, celles qu’on aimerait tondre, celles dont la sexualité envahissante nous indiffère.
J’écris pour celles qui ne rêvent à rien, ou qui voient le prince charmant dans leurs songes. Pour celles qui sont toujours vierges passé 25 ans, qui s’imaginent être prises entre une porte et un couloir. Celles qui refusent le sexe, qui l’abhorrent, qui en sont dégoûtées, mais qui toujours y pensent. Toutes les adolescentes qui ont perdu leur virginité trop tôt, à cause d’un pari ; celles qui ne l’ont pas perdue et se sentent en retard.
J’écris pour les mamans qui ont envie que le papa redevienne un mari, celles qui refusent qu’on les touche mais qui parfois en pleine nuit se réveillent trempées de désir. Celles qui rêvent de romantisme, de sexe tendre et amoureux, comme pour celles qui ont envie d’être attachées et traitées de salopes.
J’écris pour celles qui restent des gamines au fond d’elles-mêmes, celles qui sont trop vieilles pour leur âge. Celles qui aiment la sodomie et celles qui refusent même d’y penser. Celles que les lesbiennes excitent, celles que les lesbiennes dégoûtent, celles qui n’aiment que les femmes et osent l’avouer.
J’écris pour les filles qui aiment les filles, que ma prose excitera ; pour celles qui me trouveront trop triviale ou pas assez excitante.
J’écris pour toutes celles qui sont trop moches pour trouver un bon amant. Pour toutes celles qui sont trop belles pour trouver l’amour. Pour toutes celles qui crèvent de leur banalité, pour toutes celles qui s’en foutent.
J’écris un peu pour les hommes. Ceux qui ont envie de se branler derrière leur écran, ceux qui ont envie de rêver un peu en imaginant une fille au bout du clavier. Ceux que je répugne, ceux que j’indiffère.
J’écris un peu pour les hommes qui aiment les hommes, parce que mes histoires peuvent les intéresser, ou les indifférer complètement.
J’écris pour tous ceux-là, et tant d’autres encore, qui ne me liront sans doute jamais. Qui ne liront jamais les histoires des héritières de Lilith, de Lolita, des pécheresses qui se retrouvent embarquées un peu contre leur gré dans le péché de la chair. J’écris pour tous ceux que ça peut intéresser, j’écris pour moi, j’écris parce que j’en ai besoin. Quitte à être seule à me lire.

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