Madame rêve

19/03/2009 à 5:55 | Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

Le réveil indique déjà 03:20. Annie ne dort pas, ne dort plus, depuis quelques temps déjà. Elle passe ses nuits, les yeux grands ouverts, à rêver à ce qu’elle n’a pas, à ce qu’elle n’a plus.
Elle se retourne, doucement. Son mari dort tranquillement, il ronfle un peu mais c’est à peine perceptible. Elle l’entend par habitude, puisqu’elle partage son lit tous les soirs depuis six ans. Elle a envie de se coller à lui, d’absorber la chaleur de son corps, mais elle sait qu’elle le réveillerait, elle sait qu’il n’aimerait pas ça.
Alors elle garde ses yeux ouverts, de son côté du lit. Ça n’a pas toujours été comme ça, se dit-elle parfois. Avant, il me désirait, avant… mais à quoi ça sert. La routine est responsable, elle tue tous les couples qui se sont un jour aimés de désir, aimés de passion, elle le sait.
Annie hésite, tend la main vers sa table de nuit. Par mégarde elle fait tomber un roman auquel elle n’a pas touché depuis qu’elle est sortie du lycée, un roman de chevalerie. Elle lit la quatrième de couverture, esquisse un sourire ironique. Les amours de loin, elle connaît bien.
Elle essaie de réfléchir. Savoir quand, exactement, les choses se sont mal passées ; quand le désir s’est éteint. Elle se souvient de leur passion, au début. Annie revoit son corps contre le sien, elle sent encore l’érection qui le saisissait à chacun de leurs rendez-vous. Elle se souvient avoir joué l’allumeuse, s’être refusée longtemps. Avoir accepté de le prendre dans sa bouche, pas ailleurs. De s’être masturbée frénétiquement le soir même, en repensant à lui, à son goût d’homme dans sa bouche. Elle se rappelle la demande en mariage, devant le pas de sa porte un matin de printemps ; ses joues rosies, son envie d’enfin l’accepter en elle…
Annie se demande si l’erreur a été sienne. De croire qu’il pourrait y avoir autre chose que ce désir brûlant, et finalement agonisant, une fois assouvi. Elle avait vingt-trois ans, il en avait vingt-six. Et maintenant, à l’aube de ses trente ans, elle n’est plus qu’un corps qui s’ennuie toute la nuit, à côté de son ancien amant, de son ancien amour, de celui dont l’indifférence la tue un peu plus chaque jour.
Parfois, si Annie s’endort, elle se laisse emporter dans des rêves érotiques. Où des dizaines d’hommes la regardent, la mangent du regard, tendent leurs membres cylindriques vers elle ; comme une offrande, un don de soi. Elle se sent devenir moite, comme liquéfiée, et lorsqu’ils la touchent enfin, le bonheur est là, immédiat, violent, punitif. Elle se sent comblée, remplie de ces hommes qui la désirent, la regardent, bandent pour elle.
Elle se réveille une heure plus tard, en sueur, haletante. Elle ne jouit jamais dans ses rêves, et elle se retrouve là, frustrée, excitée, incapable de bouger. Le mari respire régulièrement ; il ne se doute pas des adultères de sa femme, de son désir qui l’étouffe.
Annie a même osé Internet. Les sites de rencontre, les chats, les discussions où elle peut enfin dire avec ses doigts la brûlure qu’elle ressent en elle. Annie a des centaines de prétendants virtuels, qui ne demandent qu’à partager ses moments où elle s’envoie en l’air. Elle les aguiche, les attend, leur promet monts et merveilles, et puis disparaît. Elle n’ose pas.
Lorsqu’elle est seule, avant que son mari ne rentre le soir, elle se laisse aller à ses délires. Elle revoit les images rêvées, relit les propos de ses amants virtuels, et doucement laisse ses mains glisser sur son corps, sur son sexe. La jouissance arrive souvent trop vite, là aussi elle en ressort frustrée, et lorsque celui qui partage sa vie rentre elle ne sait pas comment le regarder pour qu’il comprenne. Qu’elle veut qu’il la prenne, n’importe où, dans le lit, la cuisine ; qu’il regarde ses fesses et que sa queue durcisse ; qu’il l’attrape sans lui demander son avis, pour la baiser comme il l’a fait la première fois, en lui disant au moment de jouir : « je t’avais bien dit que je finirais par t’avoir ». Qu’il redevienne l’amant éperdu, ou même l’amant violent, ou même le gentil mari qui couche avec sa femme uniquement le vendredi soir. N’importe quoi, n’importe quand, mais qu’il la prenne, qu’il la fasse se sentir humaine, vivante, désirante.
Ça n’arrive jamais. Il la regarde à peine, l’embrasse sur le front comme on le ferait d’un enfant, et puis va s’installer devant son ordinateur. Où, si Annie était plus curieuse, elle découvrirait ses discussions avec des jeunes femmes désirables, que son mari courtise mais ne baise jamais.
Alors, en attendant, Annie rêve.

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L’ange m’a fait croire au bonheur, c’est un faiseur

16/03/2009 à 10:36 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

« Merde ! »
C’était le seul mot qu’elle pouvait sortir. Le seul assez honnête pour décrire sa situation et ce sentiment de malaise immense qui s’installait déjà.
Juste avant elle avait réprimé un rire nerveux. Ça n’était pas une erreur, non. Et décidément, ça n’avait rien de drôle. L’ironie de la situation l’a quittée toute suite. N’est resté que le dégoût.
Ses doigts fraîchement lavés sentaient l’amande douce pendant qu’elle tentait, fébrilement, de mettre le bâton à la poubelle. Elle espérait sans doute que le mot apparu sur l’écran digital allait s’effacer de sa mémoire et de son monde en jetant l’objet de son malheur. Mais c’était un espoir ridicule, à l’image des espoirs de son enfance, de l’envie de retrouver le chat écrasé quand on ouvre la porte tous les soirs.
Enceinte. Rien de plus, rien de moins, le bâtonnet imprégné d’urine avait rempli son travail. Aucune autre fonction que l’information, claire, en toutes lettres, en français parfait. Enceinte…
La seule vision qu’elle avait était celle du vagin monstrueusement agrandi, qu’elle avait pu voir en 4è lors d’une cours de biologie concernant l’éducation sexuelle, et dont dépassait une tête chauve et maculée de sang de bébé. Cette vision l’écœurait encore davantage ; la nausée l’avait prise tout à coup, comme si son corps tentait de s’adapter aux clichés sur la grossesse.
Elle mit sa main devant sa bouche, se força à avaler. Non, la réalité de ce mot de huit lettres n’allait pas l’atteindre ; elle allait s’en débarrasser, très vite, comme on fait d’un vieux magazine corné. Effacer cette image de sa mémoire, effacer toute trace de cette réalité dans son corps.
Instinctivement, sa main s’était dirigée vers son téléphone portable. Le pouce commençait déjà à accéder à la lettre T. Et puis quand le prénom recherché s’est affiché, elle a juste reposé l’objet, sans même avoir à réfléchir. Quelle importance, quel intérêt… « Tu sais ma copine elle n’en saura rien, de toute manière on ne baise plus alors je suis clean. »
Clean, le mot sonnait dans sa tête. Il allait falloir faire un test, aussi. Même si ça n’avait aucun lien, elle s’imaginait que ce sperme capable de la féconder pouvait très bien l’infecter aussi. C’était déjà fait d’ailleurs.
Elle se dit alors qu’elle allait essayer de penser à autre chose. Elle sortit de la salle de bains, regarda son studio de 15m² mal rangé, où les cafards ramassaient les miettes tombées de la table de cuisine qui faisait office de salon et de chambre à coucher. La pensée lui traversa l’esprit, un instant. Après tout, vingt-trois ans, ce n’est pas si jeune… mais la table basse pleine de poudre blanche stoppa ses pensées. « Quelle conne. »
Elle retournait déjà dans la salle de bains, se saisissait du téléphone et cherchait le M. Comme médecin. Un rendez-vous, un avortement, combien de semaines euh cinq, vous êtes sûre mais oui, nous en discuterons quand vous serez là, d’accord.
Deux semaines plus tard, elle s’endormait sur une table d’opération, la peur au ventre, les larmes au bord des cils. Elle ne regrettait pas de manquer sa chance d’être maman. Elle pleurait sur son amour déçu, sur les promesses non-tenues, sur le gaspillage de vie et d’amour qu’était son quotidien. Elle pleurait sur lui, amoureux d’une autre. Elle pleurait sur elle, incapable de grandir. Elle pleurait sur la famille qu’elle n’aurait jamais…

Fille facile

01/03/2009 à 1:19 | Publié dans Uncategorized | 3 commentaires

« Do you want children ? »
La question est posée comme ça, naturelle. Normale. Banale aussi un peu. A chaque fois un monde que je ne connais pas se profile devant mes yeux, lorsqu’est posée la question fatale. Ça peut marcher avec « est-ce que tu veux une famille », aussi. Ma réponse est toujours aussi évasive, difficile, impossible.
Je détourne les yeux, tout à coup tous les arguments que je savais si bien organisés dans ma tête s’évaporent. Est-ce que ça a vraiment du sens, de répondre que le monde ne me plaît pas tel qu’il est, et que je refuse de le peupler davantage, d’infliger le fardeau d’une vie ici à un nouvel être humain ? Est-ce que ça peut être compréhensible, ce rejet de ma propre personne, cette incapacité à me regarder dans un miroir, alors pensez-vous, dans les yeux de mon enfant ? Est-ce que vraiment, ça sonne juste ?
Cette fois-ci je préfère dire que je ne sais pas, que je n’en ai jamais éprouvé l’envie. Je ne mens pas, cette explication est complètement vraie. Un peu mensongère par omission, peut-être, mais est-ce qu’elle a envie que je parte dans une longue explication ? Sûrement pas.
Et puis après, bien après, j’y ai repensé. Cette question a inévitablement rappelé à ma mémoire un souvenir. Un souvenir doux et amer à la fois, un souvenir de cette adolescence dont je ne me détacherais jamais vraiment.
J’avais seize ans, même pas dix-sept, et la certitude de toutes les filles de mon âge. La certitude de savoir ce que je désirais, et ne désirais pas. Déjà, les enfants faisaient partie de ma liste : impensable. A l’époque mes raisons étaient peut-être plus futiles, je ne sais plus très bien. En tous les cas, c’était un des points auxquels je tenais le plus, parce qu’alors je trouvais sexy d’être différente, d’être intéressante avec mon rejet des enfants, de la maternité. Alors que mon monde se peuplait de jolies nymphettes qui s’émerveillaient devant les enfants, j’avais cette supériorité de celle qui refuse la normalité, de celle qui refuse de se soumettre au schéma traditionnel. Je savais déjà que je n’étais pas hétérosexuelle, ça ne faisait que m’aider davantage à rejeter toute forme de norme, sociale, sexuelle ou amoureuse.
Je me souviens des flirts de l’époque. Avec beaucoup de jeunes filles, des amies principalement. Qui se sont toutes, pour la plupart, tournées vers l’hétérosexualité et le couple si normatif qu’on aimait à détester et mépriser ensemble. Ces filles aussi tremblantes de désir que moi, aussi curieuses de découvrir enfin la sensualité et ses secrets. L’alcool était alors notre meilleur ami, notre allié, et devrais-je dire notre alibi. Cette première fois avec l’amie la plus proche de l’époque, on a pu la mettre sous le compte de l’alcool, on a pu faire croire (et se faire croire) qu’il y avait juste eu des baisers et quelques caresses inoffensives. La réalité était bien sûr tout autre : nous en pincions l’une pour l’autre, incapables de nous l’avouer, et dès que nous le pouvions nous buvions de la vodka jusqu’à plus soif, et je terminais sur elle, je l’embrassais avec la langue, et nos langues se faisaient exploratrices… Un soir où tous les autres étaient dans un état second, j’ai osé découvrir son corps plus avant, glisser ma langue sur ses seins (qu’elle avait fort rebondis), sur son ventre, entre ses cuisses. Mon premier cunnilingus, sans doute assez mal fait (nous n’en avons jamais discuté), sous la couette de ma chambre d’enfant. Son corps s’est tordu sous la pression de mes lèvres, elle est venue très vite, sans doute parce que nous nous étions excitées toute la soirée. Juste après elle m’a embrassée, j’avais trouvé ça vraiment très classe de sa part.
Mais cette idylle n’était rien. Rien à côté de ce que j’ai pu ressentir ensuite. Il est arrivé comme ça dans ma vie : par hasard, un matin, je l’ai croisé dans un couloir, et il m’a souri. On ne se connaissait pas, on se voyait sans se regarder depuis quelques années dans les mêmes établissements. Mais ce matin-là il y a eu son sourire, un peu en coin, un peu moqueur, un peu charmeur. Je suis tombée follement amoureuse, de cet amour qu’on ne connaît qu’à seize ans. Mon cœur alors ne battait plus que pour lui, rien qu’entendre son prénom me rendait dingue. Pour la première fois, il y avait les sentiments, et le désir. Les deux se sont liés avec lui, quand je suis tombée sous son charme. Je ne pensais qu’à lui, et il ne s’agissait plus de penser à de chastes baisers derrière l’école, ou à une main sur ma cuisse pendant le cours de musique. Non, je crevais d’envie d’être prise par lui, de découvrir le goût de son corps, de sa peau, de son sexe, de ses lèvres. D’avoir son odeur sur ma peau, de dormir près de lui et de le réveiller grâce à ma bouche, mes mains, mes seins ; de sentir ses doigts en moi à l’interclasse, de jouir vite et mal à la récré parce qu’on n’a pas le temps ; de mentir à mes parents pour aller m’envoyer en l’air toute la nuit avec lui.
Bien sûr, ça n’a pas été réciproque. Du moins, pas tout de suite. Je me suis languie de lui pendant de longs mois, agaçant mes amis qui me répétaient d’aller le voir, lui parler, de mettre un peu de réalité sur mes fantasmes irréels. Je n’osais pas, moi la fille capable de lécher ma copine dans une chambre remplie d’ados léthargiques, je n’osais pas aller voir ce garçon et lui dire qu’il me plaisait.
Il aura fallu le hasard d’une soirée, organisée par l’ami d’une amie, où l’obscur objet de mon désir se trouvait également. Il m’a paru évident que le meilleur moyen d’arriver à mes fins serait l’alcool. Au bout de quelques verres de vodka pomme, j’ai réussi à aller vers lui. Par chance, il était venu seul, et aucune fille ne semblait l’avoir dragué ce soir-là (à part moi). Il s’est laissé faire, gentiment, toujours ce petit sourire au coin des lèvres. J’ai rapidement fait la seule chose dont j’étais capable : lui parler de sexe. Il a d’abord été étonné, n’imaginant pas comment je pouvais devenir cette chose obsédée par l’amour physique, alors qu’en temps normal il ne voyait que de moi l’élève modèle, appliquée et toujours la tête dans ses livres. (S’il avait pu imaginer ce que contenaient mes livres…)
Je dois dire que ce garçon si fascinant pour moi à cette époque n’a pas été très difficile à convaincre. Doucement, lorsque j’ai fait semblant de tituber et de me raccrocher à lui, il m’a prise par la taille et m’a embrassée. Je crois que ça reste encore l’un des plus beaux moments de ma vie, même si je sais que cela ne signifiait rien, absolument rien, pour lui. Nous avons par la suite beaucoup dansé, toujours collés l’un à l’autre, avec sa langue dans mon cou et mes papillons plein le ventre.
Je devais dormir chez l’amie qui m’avait invitée, mais je suis rentrée au bras de mon amoureux. Il était en scooter, j’avais trouvé ça tellement romantique. Il était vraiment ivre et je crois que nous avons failli mourir dix fois écrasés mais ça ne m’aurait pas gênée que tout s’arrête alors que j’étais collée contre son corps.
Sa maison était immense, je me souviens vaguement du nombre de portes qui m’avait effarée. Il me tenait par la main, mon ventre faisait des cabrioles, tout cela me semblait impossible. Ses parents étaient là mais endormis depuis un bail, il mettait son doigt sur sa bouche pour me dire de me taire, ça me faisait beaucoup rire. Finalement nous sommes arrivés dans sa chambre, et rapidement il a commencé à me déshabiller. Il voulait voir mes seins, et je sentais son regard sur moi, qui n’était que du désir, et que j’ai pris pour autre chose, que je n’ai sans doute pas bien compris à l’époque.
J’ai tout fait, du début à la fin. Tout ce qu’il m’a demandé, et plus. C’était ma première fois avec un garçon, et j’aurais voulu que ça ne s’arrête jamais. Je n’ai pas eu mal. Je n’ai pas joui non plus mais ce n’était pas grave, parce que j’étais tellement heureuse dans son lit, dans ses bras.
Le lendemain, il a fallu sortir comme des voleurs, me cacher et puis me taire. Il m’a ramenée, m’a embrassée sur la joue. Je n’ai pas tout de suite compris ce que ça voulait dire. Il ne m’a pas rappelée du week-end ; moi non plus. J’ai pensé qu’en le revoyant le lundi, tout allait redevenir comme ce soir-là, comme ce vendredi soir passé chez lui, comme les baisers qu’il m’avait donnés toute la soirée.
Le lundi il m’a à peine regardée. Bien sûr il m’a dit bonjour, ça va ? Bien sûr j’ai souri, j’ai fait comme si tout était normal. Tout le monde me demandait ce qu’il s’était passé, je ne voulais pas en parler, j’ai dit qu’en fait rien n’était arrivé, que j’avais refusé. On m’a félicitée de ne pas avoir cédé à ses avances, « tu sais il prend les filles et il les jette, t’as bien fait de pas coucher ». Gentilles phrases qui me lacéraient un peu plus.
Quelques semaines plus tard, il avait une copine. Une officielle, qu’il montrait à tout le monde, et surtout avec qui il ne couchait pas. Mais elle, il pouvait l’embrasser au lycée, ça ne le dérangeait pas.
Un soir à la sortie, j’ai osé aller le voir. Il attendait le même bus que moi, comme souvent. Ses amis étaient partis.
« Pourquoi tu ne m’as pas rappelée ?
– Tu voulais que je te rappelle ?
– Oui. Tu me plaisais.
– Arrête, tu avais bien compris que c’était juste pour le cul. Sinon tu m’aurais pas fait tout ça au pieu. »
Je l’ai regardé, je ne comprenais pas. Je n’aurais pas fait toutes ces saloperies si je l’avais aimé ?! Mais c’était justement pour ça que j’avais tout accepté, que j’avais aimé n’être rien que ce morceau de chair pour lui ce soir-là.
« Tu le sais, y’a celles qu’on baise et puis y’a les autres, je pensais que tu étais au courant. Laura elle est pas comme ça, elle serait pas d’accord pour avaler le premier soir. C’est une fille avec qui tu peux vivre quoi, une nana qui pourrait être la mère des mes enfants. »
Je n’avais rien à répondre. « Mère de mes enfants ». A cet instant précis, j’aurais tout donné pour être cette fille-là, pour être celle qu’il aimait, ou du moins celle dont il n’avait pas honte. Celle qu’il oserait présenter aux amis, à la famille. Pire encore, j’aurais tout donné pour porter son enfant. Pour devenir cette « mère de ses enfants ». Moi qui détestais les gamins, j’aurais pu mourir tellement j’avais envie d’être enceinte, et de lui, de lui prouver que je pouvais être cette fille-là. Je voulais être cette personne-là pour lui, et je crevais d’envie de faire partie de ce projet, de cette famille, de sa famille. Qu’il fasse partie de la mienne.
Il a rajouté quelque chose de douteux, comme quoi il gardait mon numéro, car bon Laura elle était bien mais c’était pas avec elle qu’il pouvait s’éclater. Je savais déjà que je n’aurais pas assez de courage pour refuser ses avances, les coups d’un soir, les coups mal faits, en cachette. Je n’arrivais même pas à le détester, c’était moi qui n’y avais rien compris. Je n’étais pas celles qu’on aime ou à qui on fait des enfants.
Alors quand elle me demande, en toute innocence, si je veux des enfants… je reste toujours autant interdite. Parce qu’il y a toutes ces raisons stupides que je me suis créées, auxquelles je crois. Et puis il y a cette raison irrationnelle, cette peine de cœur lancinante quand j’entends ce terme. « Avoir des enfants ». J’ai juste envie de répondre : « mais tu sais, je ne suis pas ce genre de filles-là, moi je suis la fille qu’on baise et puis qu’on jette ».
Ça n’aurait pas été bien grave si je ne l’avais pas aimé autant.

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