Rester à la merci d’une seule partie de jambes en l’air

28/07/2009 à 5:37 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Virginie Despentes dit écrire pour les mal baisées. Moi, j’ai envie d’être du côté des baisées, tout court. D’être du côté de ces filles qui font trop l’amour ou pas assez, qui se retrouvent frustrées ou écœurées, qui ne savent pas ce qu’elles veulent en exigeant pourtant toujours plus de l’autre.
J’ai ce lien indissociable envers les femmes, les brunes, les blondes, les rousses, les grandes, les petites, les belles, les moches, celles qui me font rêver ou que je refuse de toucher parce qu’elles me déplaisent. Il y a, malgré tout, cette part de connaissance, intime. Je sais ce qu’elles vivent, mieux que je ne peux savoir ce que vivent les hommes. Et puis, paradoxalement, cette intimité devient étrangeté. Quelle drôle d’idée, de voir la vie tellement différemment, alors que le même sang coule entre nos jambes, que les mêmes queues nous ont pénétrées, que les mêmes produits de beauté nous refont le visage. L’étrangeté au milieu du connu, du déjà vu. Peut-être est-ce l’impossibilité de leur connaissance malgré nos points communs qui me fait les aimer tant…
On me dit souvent qu’il est difficile d’être ce que je suis, voire que c’est impossible. De refuser de faire un choix entre les hommes et les femmes. Qu’il doit y avoir, forcément, une préférence, que je ne peux pas avoir le même plaisir ou les mêmes envies envers les unes et les autres. C’est sans doute justement cette différence d’approche, d’actes sexuels qui me fait avoir besoin de l’un comme de l’autre sexe.
Séduire une femme est un frisson que je ne croyais pas possible. Avec les hommes, je n’ai jamais eu besoin de faire grand-chose. Ils sont toujours venus vers moi. J’avais peut-être tout fait pour, je ne suis pas ignare en termes de séduction. Mais j’avais vu, lu les techniques qu’il fallait déployer. Je savais que, bien souvent, les hommes prendraient le risque, viendraient me voir. Ça n’a jamais été pareil avec les femmes. Il a fallu, déjà, assumer ce désir, ce qui n’allait pas de soi. J’ai eu du mal à distinguer ce qui relevait de la simple fascination, voire de l’envie, avec ce qui relevait du désir sexuel, pur et simple.
J’ai des souvenirs idiots liés à cette découverte. Des films que j’ai commencé à regarder différemment. Je me souviens de Basic Instinct, de Sharon Stone pliant et dépliant ses jambes. Il y avait quelque chose chez moi qui n’était plus de l’envie de lui ressembler. J’ai ressenti ce besoin d’ouvrir ses jambes, de sentir son odeur, de goûter sa peau pâle. Je suis restée bloquée aux blondes à la peau ivoire, peut-être est-ce à cause d’elle, ou de Catherine Deneuve chantant les plaisirs interdits dans Peau d’Âne.
Depuis cette découverte, il y a en moi ces besoins multiples et totalement différents. Je ne désire pas deux hommes de la même façon, comme je ne vais désirer un homme et une femme de la même façon. J’ai appris à dire les mots qu’il fallait pour aborder celles de mon sexe. Education sentimentale, deuxième : je ne pensais pas repasser par l’incompréhension, la découverte, la surprise. A 16 ans, après avoir rencontré les garçons, je pensais que le reste ne serait que répétition de ces premiers gestes amoureux. Quelle erreur. Jamais je n’ai répété les mêmes histoires, et j’ai même compliqué l’ensemble en ajoutant les femmes à mon tableau de chasse.
Cela a fait de moi quelqu’un d’un peu différent, peut-être. Quand je l’avoue. Je ne dis que très rarement ce qui est ma réalité. Les explications finissent par être pompeuses, et sans intérêt. Comment mettre des mots sur la chaleur d’une nuit, la transpiration qui se forme au-dessus de la lèvre, les cris aigus, les doigts comme outil érotique et les seins pleins et ronds qui se collent aux miens ? Je garde cela pour moi. Et ça ne change pas grand-chose. Etre cette femme-là ou une autre, cela n’a pas grande importance.

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