Je n’ai pas de sentiments, et même si j’en ai un jour, ils ne triompheront jamais de mon intelligence.

23/10/2010 à 9:29 | Publié dans Uncategorized | Un commentaire

Il avait l’air tellement minable. Triste aussi, quelque part. Avec son érection au bord de la jouissance, tendue vers moi, que les « je t’aime » rythmaient comme un mantra capable de me donner envie de lui. Je n’avais pas envie de lui. Je n’avais pas plus envie de lui quelques minutes auparavant quand je l’avais pris dans ma bouche, qu’il a eu ce regard de gratitude qui m’agace tant. Croyait-il que je le désirais ? Croyait-il que la dureté de son sexe me le rendait irrésistible ?
Je voulais fuir. Je me suis détachée, l’ai repoussé. Son regard totalement dans le vague ne laissait à lire que l’incrédulité. « Tu ne vas pas me laisser comme ça ? »
J’ai eu envie de sourire, comme un jeu d’enfant, comme un rictus impossible à contrôler. Mais je me suis retenue. Il fallait qu’il croie que ce n’était pas le dégoût qui me faisait partir. Je ne voulais pas qu’il sache la répugnance qu’il m’inspirait. Après tout, il m’en avait fallu, du temps, pour en trouver un à qui je plaise. Le plus infâmant, c’est que je le trouvais beau. Qu’intellectuellement, je pouvais penser à ses mains sur moi sans avoir envie de hurler. Mais son contact m’insupportait. Comme s’il lui était impossible de se contrôler, comme si seule la chair, qu’il me semblait désirer moi aussi, lui importait.
Partir, et vite.
« Non, pas comme ça. Je ne veux pas qu’on fasse ça comme ça. »
Foutaises. Le romantisme, je m’en foutais. Je voulais juste qu’il dégage ses mains de ma tête, sa queue puante de mon visage, que je ne sente plus son étreinte ni son emprise.
Le plus terrible, c’est qu’il a été compréhensif. Qu’il a gentiment remis son sexe prêt à exploser dans son pantalon. Qu’il m’a encore serrée contre lui, et qu’il n’a pas senti mes bras ballants le long de son corps, ballants parce qu’incapables de le serrer ou d’avoir simplement envie de le toucher.
Je me suis enfuie, comme une voleuse. Il avait marmonné avoir envie de me revoir, de m’inviter chez lui, que ce serait plus agréable que dans les toilettes où nous nous étions réfugiés ce jour-là. À chaque fois que je tournais la tête, je sentais sa putain d’odeur sur moi, son haleine encore sur mes lèvres, son parfum imprimé sur ma veste. Des frissons de dégoût me parcouraient le corps à chaque rappel de sa présence sur mon propre corps.
À peine rentrée, je me suis déshabillée, mis mes vêtements dans la machine. Oublier son odeur, faire comme si elle n’avait jamais existé, comme s’il ne m’avait jamais violé la bouche alors que je n’avais imprimé aucun signe de résistance ou même d’absence de consentement.
C’est en passant aux toilettes que j’ai éprouvé le sentiment de haine le plus fort, mêlé aussi à de la honte. J’étais mouillée comme je l’avais rarement été. Ça coulait sur le haut de mes cuisses, et ma culotte avait une tache plus sombre en son milieu. Je n’ai pas compris. Comment ma tête avait pu crier aussi fort qu’elle n’avait aucune envie de ce garçon, et comment mon corps avait pu comprendre le contraire en me permettant, de manière aussi prosaïque, de le recevoir en moi.
Il m’avait promis de me rappeler bientôt, pour fixer un nouveau rendez-vous, sans doute. Dans le métro qui m’avait ramenée, je m’étais jurée de ne pas y aller, de ne plus jamais aller le voir. J’y avais cru, à ma certitude de ne pas avoir envie de lui.
Les jours passaient, il ne donnait aucune nouvelle. Pas un mot. Peut-être gardait-il sa queue bandée en travers de la gorge, à défaut de s’être déchargée dans la mienne. J’ai d’abord pensé que cela valait mieux. Que je n’avais pas de temps à perdre avec ça. C’était vrai. Mais le plus vrai, c’était le désir — totalement absent lorsqu’il m’avait serrée contre lui — qui se formait au fur et à mesure qu’il m’ignorait.
Au bout de cinq jours de silence, j’aurais tout donné pour le revoir et qu’il ait encore envie de moi, et qu’on baise. L’idée m’aurait fait vomir quand j’étais à ses côtés, quand je sentais son désir. Mais lorsque je ne sentais plus le sien, le mien naissait, expirait comme une tumeur cancéreuse non-désirée, détestée, destructrice. L’obsession : voilà ce que j’éprouvais, pour un homme dont je n’avais pas eu envie lorsqu’il s’offrait à moi. Je savais le dégoût et le désir proches, mais n’en avais jamais fait l’expérience aussi nette.
Je l’ai relancé. Peu subtilement. Comme une femme en manque d’habitude peut le faire. Comme une femme qui ne veut pas manquer son coup, taper fort, sans subtilité. Qu’il comprenne qu’enfin, le désir était là. Parce que le sien s’était visiblement fait la malle.
Il a laconiquement accepté de me revoir, chez lui cette fois. L’idée était claire, j’allais y passer, jusqu’au bout, sans possibilité de repli. Je ne savais pas quel sentiment prédominait, quand j’ai tourné la clef de mon appartement. Mais un seul doigt en moi me fit comprendre que, comme toujours, mon corps était prêt, préparé, et désirait ce simulacre ridicule.
J’ai écouté Schubert dans le métro. Sonate en la mineur. Je n’avais plus envie de rien, mais j’y suis allée, j’ai monté les trois étages, j’étais un peu essoufflée, il m’a ouvert sans me sourire et j’ai alors eu violemment envie de lui et de sa bouche dure contre la mienne.
Je me suis assise sur le canapé bleu foncé qui ornait son salon. Je n’ai même pas regardé à quoi l’endroit ressemblait, je n’ai vu que lui, en jean et t-shirt, mal réveillé, mal rasé. Il ne m’a pas souri une seule fois. Je sentais la chaleur caractéristique dans mon bas-ventre, et ma respiration s’est accélérée, sans que je le veuille. Son indifférence m’a rendue folle.
Il a commencé à parler sans que j’écoute. J’ai commencé à tendre l’oreille quand j’ai entendu « qu’une grosse allumeuse ».
Il était debout à côté de moi, j’ai failli tomber à genoux et embrasser ses pieds. Je l’ai simplement regardé, implorante. Tant qu’il semblait me détester, tant qu’il semblait ne pas vouloir de moi, il était l’homme idéal.
« Mais pourquoi tu fais ça ? pourquoi tu me regardes comme ça alors que l’autre fois ma bite semblait te dégoûter ? »
J’ai essayé de m’approcher de lui, pour toucher sa jambe, sentir sa chaleur. Comme par réflexe, il s’est tordu sur le côté et m’a giflée. La décharge électrique qui m’a parcourue était sans pareil. J’ai vu qu’il s’en voulait, il s’est mordu la lèvre et m’a tirée par le bras.
« Casse-toi, ça ne sert à rien. Tu ne m’intéresses pas. »
Il m’a poussée sur le palier. Je me suis longuement appuyée contre sa porte, comme pour satisfaire mon envie de lui, mon envie de sa froideur sur mon désir.
Lentement, je me suis adossée pour me laisser glisser sur son paillasson sale. J’ai déboutonné mon pantalon, ai introduit ma main dans ma culotte. J’ai joui en quelques secondes. Le lendemain, il m’a retrouvée là, endormie, m’a réveillée et sommé de l’oublier.
Mais c’est toujours son expression mêlée de haine et de frustration, aperçue juste avant qu’il me gifle, qui m’apparaît lorsqu’arrive l’orgasme.

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Je ne les aime pas, c’est tout.

10/10/2010 à 4:17 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Le jour se levait déjà sur le boulevard. Nous avions passé la nuit entière à marcher, d’un point à un autre, sans réel but, tout en discutant de sujets qui nous traversaient l’esprit. À aucun moment il n’a cherché à prendre ma main. J’ai préféré ça, sur l’instant : cela m’aurait mise mal à l’aise. Mais je savais qu’à peine rentrée chez moi, je regretterais son manque d’impudence, et plus encore qu’il n’ait pas eu envie de sentir la chaleur de ma paume contre la sienne.
Je ne crois pas que j’avais froid. Il faisait pourtant à peine un ou deux degrés, mais il m’avait dit : « couvre-toi bien, il va faire froid. » Et puis bêtement, c’était comme si je ne sentais rien, parce que je sentais sa présence, j’entendais ses paroles, et alors il faut bien reconnaître que le reste était d’une importance minime voire inexistante. Je regrettais simplement de ne pas être en face de lui, de ne pas voir son sourire, son rire, la forme de sa bouche lorsqu’il parlait. Mais je pensais qu’il y en aurait d’autres, des tête-à-tête, que j’aurais tout le temps de l’étudier et de m’imprégner de ce qu’il était.
Nous étions arrivés près d’une bouche de métro. J’avais les mains enfouies dans mes poches, le nez rougi par le vent. J’ai senti qu’il voulait partir. J’ai doucement proposé que nous allions nous mettre au chaud. Il m’a regardée, a souri, a dit oui, tout simplement.
C’était étrange de partager tous les deux ce trajet dans le même train. Étrange parce qu’on se connaissait trop pour s’ignorer totalement, mais aussi parce qu’on ne se connaissait pas assez pour savoir comment agir. Il n’osait pas me regarder, j’aurais aimé qu’il le fasse, qu’il me force à détourner les yeux. Je voulais lire sa tendresse qui me semblait aller de soi, son regard de vive curiosité et d’intelligence aussi.
Naturellement je suis descendue avec lui, je ne voulais pas que ça s’arrête, je ne voulais pas le quitter, pas rentrer chez moi et retrouver mon lit, pas dormir, pas toute seule, pas sans lui. Il ne m’a même pas posé la question, tout cela coulait de source.
Nous nous sommes installés, l’appartement n’était pas le sien, peut-être ses parents, je ne savais pas, là encore, peu importait. Contingences, choses matérielles, plus rien ne pouvait m’atteindre.
Il m’a proposé un café, j’ai accepté. J’ai enlevé mon manteau, je me suis retrouvée idiotement avec mon décolleté trop profond pour être sans arrière-pensée sous ses yeux, et j’ai eu un peu honte. C’est alors que j’ai vu qu’il me détaillait, des pieds à la tête. J’ai détourné les yeux, je sentais la catastrophe arriver mais je ne pouvais pas l’arrêter.
On a encore parlé. Il était moins loquace qu’avant. Malgré mon envie de connaître par cœur sa peau et la moindre forme de son visage, je n’osais pas le regarder en face, laisser mon regard rencontrer le sien. Je détournais la tête, regardais les étagères. Je savais qu’il allait falloir m’y résoudre. Me laisser voir et découvrir que rien n’avait changé et qu’une fois de plus, il allait s’agir d’aller jusqu’au bout et de ne pas renâcler, de ne pas refuser.
J’ai levé les yeux vers lui, et instantanément son regard s’est fixé sur moi. Je l’ai soutenu, par défi. C’était ce regard que je déteste tant. Je sais que je pourrais haïr les hommes du plus profond de mes tripes si je ne croyais pas pouvoir découvrir autre chose que ces yeux durs qui me fixent, sans me lâcher, pour me faire comprendre que maintenant, on ne rigole plus. J’ai envie de te baiser et tu n’as pas le droit de dire non, voilà ce que dit ce regard, voilà ce que je dois comprendre. Et si je ne comprends pas, le silence gênant qui accompagne ce mouvement oculaire ne laisse plus de place au doute.
Une fois j’avais essayé de partir. Je n’étais pas vierge mais presque. Je ne voulais plus de cette obsession pour moi, je ne voulais plus de ce regard qui n’avait qu’une seule issue, sensuelle et sans suite. Je revois encore le garçon de l’époque, sourire carnassier, qui m’a attrapée par le bras et a soufflé dans mon oreille. J’étais à lui et je ne pouvais plus dire non.
Une fois qu’il y avait eu ce regard asphyxiant, la marche arrière était devenue impossible. Je le savais. Me détestais. Comment n’avais-je pas compris qu’il allait, lui aussi, vouloir autre chose que le badinage amusant auquel on jouait quelques secondes plus tôt ? Je n’étais pas innocente, je n’étais pas bête, je n’étais pas née de la dernière pluie, j’avais connu ces situations-là, je savais que je faisais tout pour y arriver. Mais voilà. Je l’aimais.
J’ai voulu fuir, hurler, vomir. Surtout vomir, vomir ma haine de lui et de tous les autres qui m’ont prise violemment, doucement, tendrement, sèchement, rapidement, lentement, suffoquant, tout ça sur sa petite gueule de mec sympa, le couvrir de ma gerbe puante représentant tout ce que je détestais, ce putain de regard dur et froid et devant lequel il n’y avait aucune échappatoire possible.
A la place, je me suis contentée de sourire et il m’a baisée, avec toute l’arrogance du mâle qui sait qu’il a réussi à piéger sa proie. Quand il a joui, j’aurais tout donné pour pouvoir lui couper la tête.

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