Jour de neige

12/12/2010 à 1:13 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Elle s’assoit sur le bord du lit, je ne vois que son dos, comme un marbre que j’aurais envie de sentir de mes doigts. Ses cheveux sont emmêlés, blonds, ils descendent jusque sur ses reins. Je crois que c’est ça qui m’a plu instantanément chez elle : ses cheveux. J’ai un rapport très érotique aux cheveux. Les chevelures épaisses et longues m’ont toujours émue, excitée, parce que je m’imagine y plonger les doigts, sentir leur odeur de shampoing, y enfouir mon visage. Si les filles n’avaient pas les cheveux si longs, probablement que je ne les aimerais pas.
Elle commence à rassembler ses affaires. Il fait déjà jour, elle va partir, pendant que je vais rester à somnoler encore quelques heures, m’imprégnant de son odeur dans mes draps, rêvant aux autres matins que nous n’aurons probablement pas.
Chose étrange, elle passe sa jupe avant ses sous-vêtements. « Ne remets pas ta culotte, s’il te plaît. » Comme une plainte. Envie de la voir marcher, comme ça, de l’imaginer le cul à l’air (et quel cul), d’en jouir toute la journée parce que je sais d’avance que ma lascivité m’empêchera toute activité.
Elle se retourne, elle a un sourire amusé. Elle prend sa culotte à pleine main, la dépose à sa place dans le lit, et se lève. Les adieux, déjà. Je ne sais même pas si je suis triste, nostalgique. C’était bien cette soirée. Mais j’ai envie de retrouver ma solitude, loin de son cul parfait et de ses petits seins.
Je me lève, je suis nue, et je m’en fous. Je vois qu’elle me regarde du coin de l’œil, je lui plais encore. Pourtant, elle n’est plus bourrée. Peut-être que je vais la rappeler, finalement.
Son baiser est agréable et je ne peux pas m’empêcher de lui mettre la main aux fesses, pour sentir sa peau nue contre mes doigts, sentir cette douceur que j’ai violentée hier soir. Rien qu’au toucher, je sens encore les marques laissées sur son si joli corps. Au fond, je ne peux aimer la beauté que si je la torture.
J’ai encore son odeur dans mon cou quand je me recouche. Mais je n’arrive pas à dormir. J’entrouvre les rideaux pour découvrir qu’il neige. Je ne peux pas m’empêcher de penser à son cul dénudé sous sa jupe, c’est con, elle allait attraper froid. Je porte sa culotte à mon visage, son odeur m’excite un peu.
La journée va être longue.

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Ça fait chier que ça dure si peu, le bonheur c’est malheureux.

02/12/2010 à 9:37 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Tu disais souvent, nous deux c’est pas pareil. Avant tu sais je rigolais quand j’entendais Jamais nous d’Elsa, je me disais, qu’est-ce qu’ils sont cons, comment on peut croire à un truc pareil. On est évidemment tous les mêmes, on tombe tous dans les mêmes panneaux, on en prend plein la gueule et on en redemande. Le malheur c’est d’être heureux, ça c’était du Gainsbourg, et j’y croyais. Je pensais que je le savais.
Moi j’ai toujours adoré le cynisme. Je n’aime personne, je n’ai pas de sentiments, je baise, je te baise, tu me baises, tout ça sans rien ressentir. Parfois un pincement au cœur quand la nana elle se barre et me laisse toute seule alors que j’ai à peine joui mais je te jure, je m’en foutais. Les histoires d’amour, je les avais laissées aux portes de ma vie d’adulte, tout ça c’étaient des conneries d’adolescents. Des pauvres idiots qui s’enflamment le cœur parce qu’on leur a souri en coin, des pauvres cons qui n’ont pas de dignité. Moi j’en ai de la dignité, même la gueule pleine de sperme, même avec des griffures dans le bas des reins, je les emmerde tous avec ma sexualité sans émotion et sans frisson.
Tu vois, j’étais forte. J’essayais d’être forte. J’arrivais à m’en convaincre et alors, la partie était presque gagnée. Moi j’aurais jamais replongé, sans toi. Cela faisait des années. Tu te rends compte, je n’avais aimé personne depuis des années. Peut-être qu’ils m’étaient tous indifférents, peut-être qu’ils étaient tous trop médiocres, trop moches. Peut-être que j’étais trop sèche, trop incapable de penser à autre chose qu’à moi et mon plaisir minable pour les connaître vraiment. Y’en a sûrement eu, des types bien qui m’ont baisée. Qui ont voulu rester après l’éjaculation et à qui j’ai dit de dégager, que j’invitais chez moi alors même que c’était sale, et je te jure, j’en avais rien à foutre. Mais si je suis honnête, y’en a aucun qui n’a réellement persévéré. Peut-être que je n’en valais pas la peine non plus.
Et pourtant. Tu sais, je te l’ai souvent dit, ce qui me rend dingue c’est la finitude des choses. Je ne le supporte plus, que les choses aient une fin. Même une mauvaise chose. Parce que c’est trop angoissant. Ma finitude à moi, j’en ai rien à taper, tu le sais. Mais celle des autres. Comment vivre avec l’idée de la mort de ceux qu’on aime, de leur absence. Comment apprécier les instants passés en vacances quand on sait qu’ils auront une fin. Et ce n’est pas ridicule, ce n’est pas futile. C’est insupportable, que tout doive finir.
Alors ça a fini. Moi je me souviens de l’endroit, toi aussi. Quartier chic de Paris. T’étais bien emmerdé, y’avait aucun bar sympa à l’horizon. On voulait boire un whisky. Tu m’as emmenée dans un truc minable, j’ai bu vite, j’ai adoré. J’étais même pas bourrée. Plus la soirée avançait, plus je me disais, putain. Mais putain tu l’as vu ce mec ? Il te regarde comme si t’avais quelque chose à dire, et qu’il avait envie de t’écouter, en plus. Quand je suis rentrée chez moi le lendemain matin, et que tu m’avais même pas sautée, je l’ai su. C’était une évidence. Y’avait bien eu ce pauvre mec que j’avais cru aimer. Mais quand toi je t’ai connu. Je l’ai su. C’est la seule définition qui tienne la route quand on parle de sentiments. Ça se sait, et puis voilà. Une dizaine d’heures avec toi, et je savais déjà.
Alors bon, tu sais que je n’aime pas ça. Ça n’a jamais été mon truc, parler de ce que je ressens. On n’en parlait pas non plus, je crois que certains mots étaient bannis de notre vocabulaire. Il ne fallait surtout pas s’engager. Et puis de toute manière, pour quoi faire ? Tu détestais autant que moi la norme que pourtant j’aurais peut-être souhaitée à tes côtés. Mais j’avais trop d’amour-propre pour te le dire.
Je me souviens de tout. Même les nuits alcoolisées, elles me sont restées. La musique qu’on mettait trop fort. Tu sais que je peux plus l’écouter, le Cadavre exquis ? T’as même réussi à me pourrir Gainsbourg. Les films de merde qu’on allait voir au cinéma pour se toucher dans le noir. Ton sourire fuyant, tes mains un peu moites. L’anniversaire de ta sœur, horrible, où j’avais trop bu, où ta mère t’a dit que tu ne devais plus jamais m’inviter à nouveau. Ton fou rire incontrôlable face à ma tête dans les chiottes, m’excusant entre deux salves acides. La première fois où tu m’as cognée au lit, et où j’ai joui comme jamais.
« Tu me plais parce que tu m’aimeras jamais », c’était ton truc, ça. Ne pas être aimé. Pourtant j’en crevais moi. De te désirer tout le temps. D’avoir envie de perdre mon sang pour te le donner. « Ce sera jamais nous », putain tu déconnes, j’étais comme les autres, et toi aussi, toi aussi t’es rentré dans ce jeu-là, toi aussi tu m’as aimée, tu l’as jamais dit mais je le sais. C’est pas parce qu’on a refusé les invitations des autres couples, c’est pas parce qu’on n’a jamais officialisé la chose, c’est pas parce qu’on n’a jamais parlé d’avenir qu’on n’était pas ensemble. On l’était, tout le temps, j’avais ton odeur partout, ton parfum et puis t’en mettais trop d’ailleurs, ça puait dans ma chambre et le soir ça me réconfortait de te sentir là, même si t’étais absent.
Tu t’en es rendu compte et c’est pour ça que tu m’as jetée. Et c’est parce que j’ai prétendu moi aussi que ça n’avait pas d’importance que je t’ai laissé partir et que je t’ai dit, ah ouais il était temps quand même. J’en pensais pas un traître mot, j’ai passé quinze jours à manger des Pyrénéens pour passer les nuits à gerber, je me vidais de toi, je me vidais de ta présence, je me vidais de cet amour qu’on n’a jamais voulu nommer, qu’on n’a pas voulu rendre réel mais putain il était là, toujours là, et il est parti avec ma gerbe ah ça non, après y’a eu les larmes et l’envie de mourir, putain de finitude de merde, pourquoi moi et pourquoi nous… pourquoi toi aussi.
On a été aussi cons que les autres, et en plus, on s’est fait du mal en refusant de l’admettre. T’étais sans doute un peu le seul homme que je pouvais aimer. Je nuance, je module, car même encore aujourd’hui j’ai du mal à l’admettre. Mais quand je pense à toi y’a un grand vide et la seule chose qui me fasse du bien, c’est de croire que toi, t’en as jamais rien eu à foutre.

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