Au bout du téléphone, il y a votre voix

12/10/2011 à 10:49 | Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

Le premier verre que je me commande est un mojito. À la fraise, comme ça je pense à toi, mais pas trop, toi et tes mojitos par dizaine, moi étalée par terre dans ton salon. Je te disais que le rhum ne me réussissait pas, tu me répondais qu’au bout de deux litres, aucun alcool ne pouvait me réussir.
Le serveur est mignon. Des yeux bruns, intelligents, doux. Je parie que je pourrais le séduire, il suffirait que je fasse semblant d’avoir trop bu, il suffirait que je me penche délicatement pour prendre mon portefeuille, qu’il voie la naissance de mon soutien-gorge. Mais pour toute tentative de séduction, je sors mes lunettes de soleil et un livre. Je me cache prestement derrière les pages qui sentent encore le papier fraîchement sorti de l’imprimerie. Je ne veux pas lire, je m’en fous du malheur des autres qu’ils ont cru bon de sceller dans l’éternité avec leurs stupides romans. Je ne pense qu’à toi et je ne vois que toi, toujours toi, encore toi. Jusqu’à l’écœurement.
Alors je pense à la tenue que tu auras quand tu me rejoindras. Il fait beau, est-ce que tu auras passé une petite robe trop légère pour être honnête ? Est-ce que tu auras des sous-vêtements en-dessous, ou est-ce que tu t’amuseras des regards sur tes tétons qu’on distinguera sous le tissu pâle ? Et moi, est-ce que j’aurais envie de regarder ce qui se cache au creux de tes jambes quand tu feras exprès de les croiser sous mes yeux, en effleurant ma cuisse au passage ?
Je me demande aussi sa ta peau sera plus bronzée. J’aimais bien la blancheur de ta peau et je te l’avais dit la première fois qu’on avait fait l’amour. Il y avait ta chevelure brune encore étalée sur l’oreiller, je n’avais pas pu m’empêcher de penser que ta peau était comme du lait que j’aimerais boire jusqu’à vomir. Je me souviens que ça t’avait presque vexée, comme si je te disais que tu avais l’air malade, alors que je te trouvais juste aussi belle qu’une poupée prête à se briser.
Est-ce que tu porteras encore mon parfum ? Shalimar, je t’avais dit que c’était le mien. Eh merde, mon verre est déjà vide, je commande un nouveau cocktail : Cosmopolitan. Le cocktail des pétasses. Tu ne supportais pas Sex & The City et tu te foutais de ma gueule, moi accro aux séries, secrètement amoureuse de Carrie parce que je trouvais son nez émouvant.
Je ne veux pas savoir si tu as baisé pendant ces trois semaines où l’on ne s’est pas vues. Je sais que tu l’as fait, du reste. Je ne veux juste pas que cela soit formulé, que cela me soit jeté au visage. Je bois d’un trait le Cosmo, je commande un vrai mojito. Là ça y est, je ne peux plus me mentir et la tête me tourne déjà. Je me bourre la gueule en t’attendant, c’est peut-être ça que tu cherches en arrivant une demi-heure en retard.
Mon ongles sont tout rongés de t’avoir voulue sans répit. Je me rappelle de la dernière fois chez toi, on s’est embrassées, tu m’as tripoté les fesses comme d’habitude, mais tu y as mis moins de force. Tes seins étaient à peine tendus contre les miens ; pourtant moi je frissonnais comme au premier jour. Je suis partie, le jour venait de se lever, j’ai pris un métro plein de travailleurs ensommeillés, et j’ai pensé que c’était la dernière fois que je venais chez toi. La dernière fois que je faisais l’amour avec toi. Je ne sais même pas pourquoi, ça m’a frappée comme une évidence. Rien d’autre à dire, rien à expliquer.
Alors que je commande une tequila sunrise, et que les mots dans mon roman de gare commencent à danser sous mes yeux, je sais que tu vas me quitter et je fais de mon mieux pour ne pas chialer. J’ai encore ces mêmes flash, tes yeux bleus troublés par les larmes quand je t’ai dit que j’étais amoureuse de toi, ton rire guttural quand je te racontais des conneries, ton corps putain ton corps. Je le serrai si fort quand on baisait, je ne voulais jamais le lâcher, je ne voulais pas qu’il se sépare du mien. Ton souffle sur ma nuque quand tu m’as dit que tu aimais mon cul et que tu ne t’en lasserais jamais. Tes doigts en moi, pour la quinzième fois, la cinquantième fois, toujours la même excitation ; mes jarretelles qui t’avaient fait hurler de rire.
Je me lève pour aller aux toilettes, ma tête tourne et j’aperçois mon téléphone qui vibre. Tu me dis que tu vas être en retard, comme si je ne l’avais pas remarqué. On arrive toujours en retard pour annoncer une rupture.
Et tu sais quoi, là dans ces chiottes minables d’un troquet miteux près de République, je pense à toi encore et encore et je mouille de toi, je mouille de penser à toi et aux saloperies qu’on aurait encore pu faire. Comme instinctivement je me retrouve les cuisses écartées, deux doigts en moi, et c’est presque comme si c’étaient les tiens. Peut-être est-ce l’alcool, peut-être est-ce le souvenir encore vivace de notre dernière nuit où tu m’as fait tellement mal que ça m’a fait du bien, toujours est-il que je jouis en deux minutes, le souffle court, les doigts glissants et parfumés de cette odeur qui te faisait alors chavirer.
Quand je me rassois, un nouveau cocktail arrive sur ma table, je commence à croire que je suis tellement bourrée que je l’ai commandé sans être capable de m’en souvenir, mais c’est alors que le serveur arrive et me fait un clin d’œil : « c’est pour moi », dit-il, avec un air presque salace. Je bois le liquide trop sucré et trop alcoolisé et j’ai envie de dégueuler, sur lui et sur elle, sur tous ceux qui baisent et aiment ça, sur moi aussi et surtout.
Mais je te vois arriver de loin, déjà ; sur des talons trop hauts pour toi et je pars dans un fou rire impossible à arrêter ; je sais que les gens pensent que je suis folle mais je suis trop bourrée pour m’en soucier. Tu t’approches, je vois déjà sur ton visage que tu baises beaucoup en ce moment, et puis t’es effectivement trop bronzée, et je crois que c’est de te dire adieu qui m’écœure le plus. Branlante je me lève, je largue quelques billets sur la table, je vois que tu as l’air étonnée mais moi je ne vois plus que ta chatte, ta chatte que tu n’épilais pas et qui va me manquer à en crever, ta chatte que j’aimais bouffer pendant des heures, et que tu as dû offrir au premier con venu ; je sais que je suis déjà en train de chialer mais j’ai mes lunettes noires, alors avec le peu de dignité qu’il me reste, je te traite de salope et je tourne les talons.
Je suis à peine arrivée à la bouche de métro que je dégueule sur les marches, pendant de longues minutes ; j’entends les cris dégoûtés des gens qui me dépassent et quand finalement j’arrive à me relever, la bouche encore pleine d’acide, je te vois au loin qui sourit, le téléphone collé sur ton oreille délicate que je ne pourrais plus mordiller. Quand j’arrive sur le quai, un jeune homme d’une beauté indéniable me bouscule pour sortir ; il se retourne et fait un geste de la main pour s’excuser. Il parle lui aussi au téléphone. Je fais tout pour ne pas entendre ton prénom, et ne pas voir ma gueule défaite dans le reflet de la vitre du métro.

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