You and me could write a bad romance

28/03/2012 à 6:04 | Publié dans Uncategorized | 3 commentaires

Mon cœur bat trop fort. Cela doit bien faire trois quarts d’heure que je me dis que ça doit s’entendre, ce n’est pas possible, il doit savoir, il doit voir ce cœur qui s’emballe et qui cogne sans relâche, toutes les secondes, peut-être même plus. Comment appelle-t-on ça, la tachycardie ? Il me semble bien.
D’habitude j’aime bien ça, je suis avec un garçon et mon cœur bat plus fort parce que j’ai envie qu’il m’embrasse, j’ai envie qu’il me touche. J’ai simplement envie de lui, envie de sa peau, de son odeur, de ses baisers, de sa queue, de ses mains, de sa bouche sur mes seins.
Mais là je ne sais que trop bien ce qui se passe. Je n’en ai pas envie. Pas le moindre début d’excitation. Pire : une forme de dégoût se cale dans ma gorge, j’ai du mal à déglutir. Il me propose de l’alcool et j’ai envie de pleurer.
Je gagne du temps, je vais aux toilettes, je me dis que peut-être ma tête crie non mais mon corps me dit le contraire. Ce ne serait pas la première fois. Il est de ces êtres qu’on ne peut accepter de désirer, qu’on aimerait tant mettre à distance — mais notre corps ne ment jamais. Je baisse ma culotte, et je suis triste. Aucune trace d’humidité. Je suis sèche comme la mort, sèche comme ma vie, sèche comme ce corps qui m’attend dans la cuisine et que je n’ai aucune envie de toucher.
Alors je me mens. Je retourne à ses côtés, on parle, des heures peut-être. Je me dis que s’il est trop tard il n’aura plus envie. La littérature, la politique, au fond je n’en ai rien à foutre, une seule chose résonne dans ma tête, « ne me baise pas, ne me baise pas ». Je suis assise en face de lui et j’arrive presque à y croire, je m’invente des choses, il n’a pas envie de moi (je ne suis d’ailleurs pas loin de la vérité), il n’essaiera rien, il est trop timide, il va laisser tomber. Je serre les cuisses comme je peux, et je joue les Schéhérazade, sauf que ce n’est pas la mort qui m’attend, simplement sa queue et un coït triste et rapide et mal fait.
Je ne souris pas beaucoup, j’essaie de faire dire à mon corps ce qui tambourine dans ma tête et ma poitrine. Ne me touche pas, ne t’approche pas. Ce qui me tue c’est que je sais que je ne lui plais pas. Je sais que mes hanches sont trop larges pour lui, ma chair trop molle. Il ne me regarde pas comme s’il me désirait, comme s’il me voulait — le désir étant contagieux, il aurait probablement réussi à m’exciter, me donner envie de lui. Tout ce que je sais de lui, c’est son addiction à l’orgasme et aux corps diaphanes des teenagers russes dont les exploits vidéo inondent Internet.
Je voudrais partir, reprendre mes affaires, appeler un taxi et voir Paris défiler sous mes yeux, jusqu’au petit matin. Ne m’arrêter nulle part et surtout pas dans le lit d’un homme. Me coucher le jour levé, toute seule, me faire jouir toute seule et rêver à ceux qui m’ont désirée, ceux qui m’ont voulue, ceux qui m’ont donné envie, ceux qui m’ont prise sans avoir à demander.
Il est probablement cinq ou six heures du matin, je me force à y croire encore, il va laisser tomber. Tout à coup, il se lève d’un bond, « on va se coucher ? ». Je commence à palabrer, je parle du canapé, sa main se ferme sur mon bras et mon cœur me remonte dans la gorge. Ce sera la chambre, le lit double, le lubrifiant, la levrette, le missionnaire, quelques dix minutes qui me semblent durer des heures, le sperme que j’essuie sur mes seins, et pendant qu’il s’endort et ronfle comme l’homme qui a durement accompli la tâche qui lui était assignée, je reste immobile, les yeux grand ouverts.
Au petit matin, il me propose des tartines, cette fois je lui dis non. Un non franc et massif, ferme et indiscutable. L’ascenseur n’arrive pas et je me demande s’il ne va pas revenir, me demander de rester, rendre les choses encore plus crasses qu’elles ne le sont déjà.
Quand je sors de son immeuble, j’entends au loin une sono qui hurle le désir de Lady Gaga pour une Bad Romance. Décidément, je crois que j’ai écrit une très mauvaise histoire.

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