J’aime aussi l’amour et la violence

02/08/2012 à 11:09 | Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

Il y a ses yeux sur moi. Deux grands yeux noirs, qui reflètent le désir, l’impatience aussi, peut-être la fatigue. Les pupilles dilatées. Les cils courts d’un homme. Et mes yeux dans les siens. Je voudrais éviter son regard, mais ce serait trop facile. Cela ne peut pas être si simple, cela ne doit pas se terminer comme ça, avec mon regard qui se détourne du sien, qui coupe court à l’échange silencieux auquel nous nous adonnons depuis quelques longues minutes, déjà.
Ma main se risque lentement sur son genou. Mal assurée. Il y a Françoise Hardy dans ma tête. « Je veux, je ne peux pas. » Je suis ridicule, surtout. Je sais que cela devrait m’être naturel. Ça ne l’est pas, pas comme ça, pas à ce moment-là, pas avec son souffle si près du mien et son parfum qui m’envoûte alors que je pensais le trouver en sueur, sale, dégoûtant.
Je retire ma main. Ses yeux ne me quittent pas. Il aventure alors sa main vers moi à son tour. Et quand il me touche, c’est ce désir pressant qui m’étreint, ce besoin d’absolu qui pourrait lui faire toucher mon cou et serrer, serrer encore plus fort, jusqu’à ce que je ne respire plus, que je m’étale enfin, inerte. Que je m’allonge et que mon regard cesse de le mettre au défi, cesse de lui faire peur, cesse de lui dire de me baiser tout en le suppliant de ne pas me toucher.
Il passe sous ma robe, je n’ai pas de culotte, je voulais qu’il puisse me prendre à n’importe quel moment, sans me demander mon avis. Pendant qu’il me masturbe doucement, j’ai ces notes de piano en tête et j’ai envie qu’il m’enfonce deux, trois, quatre doigts, sa main entière, qu’il me fasse mal, qu’il me force, qu’il ne me demande pas mon avis. J’espère secrètement que les regards appuyés que je lui lance lui permettront de prendre l’initiative. De me repousser comme la pute que je suis, de déchirer mon corsage trop sage, de faire de moi l’animal dont il pourrait jouir sans me demander mon avis.
Les images se répètent dans ma tête et je mouille de plus en plus, pas parce qu’il me touche, mais parce que j’attends son sursaut, son réveil. J’ai envie de lui crier de ne pas me respecter, de ne plus me respecter. Quel respect pourrais-je mériter dans cette chambre miteuse et illégitime ? Je veux qu’il me traite comme celle que je suis, comme cette catin sans vie qu’on pourrait prendre pendant des heures avant qu’elle ne jouisse. Mais je voudrais que lui jouisse en moi, sur moi, par moi. Sans moi, surtout. Que je ne sois plus qu’un masturbateur évolué, qu’une poupée un peu plus gonflée que les autres, au silence résigné, sur qui il pourrait cracher, se défouler, qu’il pourrait insulter dans les termes les plus obscènes qu’il connaît.
Doucement, il s’approche de moi et pose ses lèvres sur les miennes, alors que sa main joue toujours avec mon clitoris. Son baiser n’est pas doux, sa langue s’introduit en moi comme s’il ne voulait pas me laisser le choix, sa peau est rugueuse contre la mienne et je passe un bras autour de lui. Je m’accroche à cette intimité qui me bouleverse plus que la mouille qu’il a sur les doigts. Sa tête est dans mon cou et je rêve à cette morsure qu’il ne me donnera pas.
Je sais que nous ne nous étreindrons pas ce soir. Mon corps est un objet mort et inanimé, mécanique, qui ne sait s’allumer. Qui n’attend que sa violence pour jouir enfin. Il se lève, s’écarte, je vois son short déformé par sa queue douloureusement bandée. Il me regarde encore, il n’y a plus que de la frustration dans son regard, et le mien essaie de l’implorer, parce que je ne peux pas formuler ce qu’il refuserait, à coup sûr.
Il prend une douche. Et revient m’embrasser avant de me dire à bientôt. Je sais que je ne le reverrai pas. Et quand il s’en va, je pleure sur mon entrejambe humide et mes fantasmes mortifères.

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