Love Song

05/05/2013 à 6:40 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Les appartements parisiens se ressemblent tous. Un parquet soigné, de jolis canapés, des bougies allumées çà et là, des disques qui traînent sur la table basse et dans les étagères, quelques livres d’art pour faire joli à côté de la télévision à écran plat. Je m’interroge souvent : comment se fait-il que ces mêmes endroits m’électrisent toujours autant ? Comment ai-je encore l’envie, la force, le caractère de m’y glisser le soir, comme par effraction ?
Sonne trois coups. Pousse la porte déjà ouverte. Ne porte rien sous ton imper noir. Maquille-toi comme une pute. Apporte le vin.
Je suis docile et bien élevée. Je m’exécute, toujours, de bon cœur. Je rêve de voir dans leurs regards la gratitude, ou plutôt la satisfaction. Le désir, aussi, toujours. Mon désir à moi est silencieux, vague, parfois fluctuant ; il se nourrit de celui des autres et ne souffre pas qu’on le brusque. Je l’exprime par petites touches, parfois plus crûment. Il me faut trouver l’abandon suffisant pour intimer à un homme de me fesser alors qu’il prend par derrière, pour lui demander de me frapper au visage.
Les sexes défilent devant mon visage, jamais semblables ; leurs odeurs si différentes, leurs formes multiples. Je me souviens de tous, ou du moins j’essaie ; je consigne parfois quelques mots dans un carnet que je tiens caché dans une poche de ma veste. L’envie de les emporter avec moi, de ne pas les perdre, même lorsque le souvenir est mauvais.
Les visages, enfin, les regards, les corps, les fluides. Cette réalité physique qui s’efface bien trop rapidement de mon esprit, et ces détails idiots qui ne me quittent pas, comme l’odeur de lessive d’un corps masculin, ou la boucle d’oreille dorée qui me chatouille l’épaule pendant une étreinte.
On ne parle jamais d’amour, on ne parle même jamais de nous, on ne parle que de ces moments qu’on vole à notre solitude, et des plaisirs au goût amer que l’on prend parfois ensemble.
Quand je referme la porte, je m’étonne toujours d’être celle-là, et de trahir un peu Anna Karénine ou Ariane d’Auble avec mes amours légères, et de n’avoir la force de me jeter sous un train pour un de ces corps qui peuplent mes nuits.

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