La vengeance est un sorbet qui fond en gorge plus tard

07/07/2013 à 5:24 | Publié dans Uncategorized | 2 commentaires

« Décidément Juliette, tu es toujours aussi jolie ! »
Juliette était là, souriante, tentant de feindre un rougissement qui ne viendrait jamais spontanément sur ses joues parfaites, à la teinte naturellement rosée. Moi, de quelques mètres plus loin, je l’observais. C’était toujours étonnant de la découvrir comme ça, en représentation. Bien sûr, je gardais mes distances : me mettre à côté d’elle m’était impossible, je ne l’avais plus fait depuis ma première année au collège où j’avais vu le visage ahuri d’un enseignant en découvrant que j’étais la petite sœur de la grande et gracile Juliette.
Je détestais les fêtes de famille. Revoir les oncles et les tantes que l’on n’avait pas vus depuis des mois, voire des années ; retrouver ces têtes qui jamais ne changeaient pendant qu’ils complimentaient, sans aucune honte, les moindres évolutions de mon propre corps. Evidemment, j’avais le rempart Juliette : c’était elle qu’on décrivait, elle qu’on regardait, elle qui attirait les regards. Mais je n’y coupais jamais complètement ; il venait toujours ce drôle d’instant où le visage d’un membre obscur de ma famille se détournait de celui de ma sœur pour venir se poser sur le mien. Je compris vite qu’une expression humaine pouvait passer de la lumière à l’ombre en une fraction de seconde. Voilà la moche, devaient-ils tous se dire. D’ailleurs, ils prétendaient rarement connaître mon nom.
« Mais tu as bien grandi toi aussi ! Où tu en es maintenant… Camille ? »
Je n’avais pas le droit de pouffer, de maugréer, juste celui de forcer un sourire crispé en répondant : « Marie. Je m’appelle Marie. »
Cette année-là aurait dû être différente. C’était l’anniversaire de ma mère, et sa langue venimeuse était trop occupée à lécher le mauvais mousseux qu’on lui servait constamment dans des flûtes en plastique pour s’intéresser à sa mauvaise fille. « Après tout, une sur deux, ce n’est pas si mal, c’est une bonne statistique », l’avais-je entendu dire quelques semaines plus tôt. Mais même cela n’avait pas pu m’affecter : nous étions mi-août, j’avais eu mon bac et surtout, réussi à obtenir une place à Henri IV en hypokhâgne. Ma jolie sœur Juliette n’avait jamais pu faire autre chose qu’un CAP d’esthéticienne, et si elle exerçait déjà depuis quelques années, elle savait déjà qu’elle ne se mettrait jamais à son compte. Employée à vie, son seul espoir était de trouver un homme riche – ce qu’elle avait fait. Charles était là, tout plein de sa supériorité toute droit sortie des Hauts-de-Seine, avec un blaser bleu comme on n’en voit jamais ailleurs qu’aux rassemblements de l’UMP. Charles avait des cheveux blonds et un sourire à la con, qui me donnait envie de le griffer jusqu’à ce qu’il saigne, alors même qu’il était toujours étrangement sympathique avec moi.
Une fois de plus, en regardant ma sœur au bras de son futur mari, je fus frappée par l’inexistence de traits ressemblants entre elle et moi. Elle était blonde, j’étais brune ; elle était grande, j’étais petite ; elle était mince mais avec des formes appétissantes quand j’étais maigre comme un clou (une « planche à pain » comme le disait si souvent l’adorable Juliette) ; elle avait les yeux verts, les miens étaient noisette (marron dégueulasse, pour être tout à fait honnête) ; et pire que tout, sa peau était blanche, laiteuse et sans une imperfection, quand j’affichais toujours les points noirs et boutons de l’adolescence. Même son nez était d’une perfection rare, légèrement retroussé ; le mien ressemblait à celui de ma mère, grand et disgracieux. Je m’étais souvent demandé si ma mère me détestait autant de lui ressembler si fort, mais n’avais jamais pu me résoudre à répondre à cette interrogation.
Je profitai de ce que l’attention de tous fût dirigée vers ma sœur pour me servir quelques verres d’alcool en douce. Oh, pas du vin pétillant à douze degrés, non : j’optai immédiatement pour du rhum et de la vodka, avec une pointe de jus d’orange. Le cocktail était dégueulasse, mais après deux ou trois verres avalés cul sec, je commençai à me sentir plus détendue. Je sentais la chaleur me monter aux joues, et je savais que probablement ma peau brillait, mais je m’en foutais. Je n’étais pas belle, à quoi bon faire semblant ?
Charles se trouvait dans un coin de la pièce, probablement ennuyé par nos festivités un peu beauf à son goût. Il triturait machinalement un bouton sur sa veste, le regard dans le vague. Je m’assis à côté de lui, un nouveau verre à la main. Il tourna son visage vers le mien.
« Tu sens l’alcool Marie.
– Je ne pense pas que quiconque remarquera.
– Moi je le remarque.
– Et alors, ça te gêne ? »
Je le toisais du regard. Je n’étais pas complètement ivre : j’avais l’habitude des soirées passées à me torcher avec mes copines de lycée. Mais je savais qu’il pensait que je l’étais, et que je pouvais en jouer. Lui dire tout ce qui me passait par l’esprit, et pouvoir prétendre le lendemain que je ne m’en souvenais pas.
Charles avait un drôle de regard. Ses yeux allèrent de moi à ma sœur, et il soupira. Il me regarda à nouveau. Il s’approcha de moi et me chuchota à l’oreille :
« Ce n’est pas mieux d’être son mec que d’être sa sœur, tu sais. »
Son souffle dans mon cou m’excita instantanément. Ce n’était pas lui qui me plaisait, non : ses cheveux mi-longs et son allure coincée me dégoûtaient même carrément. Mais en un instant, j’avais compris comment j’allais pouvoir prendre ma revanche. Comment j’allais pouvoir envoyer au tapis cette créature magnifique et stupide que j’avais dû supporter pendant tant d’années, et que ma mère avait toujours tellement préférée.
« J’ai quelque chose à te montrer. »
Je pris la main de Charles et l’entraînai vers le couloir pour nous diriger ensuite vers l’escalier. Ma sœur ne remarqua même pas notre sortie, trop occupée d’elle-même et de ses grands discours sur ses débuts dans le mannequinat (en réalité, deux pipes inutiles à deux photographes qui n’avaient jamais vu de mannequin de leur vie).
Je sentais une moiteur chaude dans la paume de Charles. Avait-il compris mes intentions ? Je le crois. En tout cas, il ne se fit pas prier pour se diriger vers ma chambre, et il n’essaya pas une seule fois de me demander ce que j’avais de si important à lui montrer.
Une fois entrés, il se retourna pour refermer la porte, et quand il me fit de nouveau face, j’avais déjà retiré le haut. Je ne portai pas de soutien-gorge (je n’en avais pas besoin) et Charles inspecta mes petits seins avec l’œil d’un prédateur affamé. J’avais vu juste.
Sans dire un seul mot, il se dirigea vers moi et commença à m’embrasser avec agressivité. Ses baisers étaient écœurants, et j’avais envie qu’il s’arrête ; mais il était trop tard pour faire marche arrière. Ses mains couraient sur mon corps et s’insinuaient sous ma jupe, et au moment où ses doigts entrèrent en moi, c’est l’image de Juliette qui s’imposa à moi. Je crois bien que je souriais à travers les coups de langue de son petit ami.
Je l’attirai sur le lit ; j’avais envie d’en finir vite. J’avais déjà fait l’amour, je savais les gestes qu’il attendait de moi : je pris son sexe entre mes mains et commençai à le branler, doucement, avant de diriger mes lèvres vers son gland déjà gonflé par le désir. Le goût de sa queue était doux, et il semblait tellement heureux de cette caresse qu’il n’osa pas poser ses mains sur mes cheveux.
Peu après, je remontai vers son visage pour l’embrasser ; il me repoussa, j’imagine qu’il était dégoûté à l’idée que ma bouche impure se pose à nouveau sur la sienne. Il se mit alors à me doigter, et je lui dis à voix basse : « Prends-moi maintenant. »
Il n’attendait que ça. Je sortis les préservatifs de ma table de chevet, il en enfila un rapidement, comme s’il avait peur de débander, et releva mes jambes avant de s’insérer en moi. Etrangement, j’étais déjà très humide, probablement parce que la situation me rendait folle. Je ne pouvais pas penser à quelqu’un d’autre qu’à ma sœur, à ma mère, j’attendais de leur balancer tout ça au visage, de leur faire mal, de leur dire que ce charmant jeune homme ne respectait pas la beauté de Juliette comme elles l’imaginaient.
Je fermai les yeux, et quand je décidai de les rouvrir, je vis que Charles me regardait fixement, durement, et qu’il soufflait très fort. Je gémissais un peu pour le stimuler, et lui proposai alors de changer de position. Je me mis à quatre pattes et il vint se positionner derrière moi, et c’est quand il agrippa mes seins en me susurrant à l’oreille : « T’es tellement meilleure que ta sœur » que la porte s’ouvrit.
Juliette fit un pas, croisa mon regard, puis celui de Charles. Sa bouche pulpeuse et rose s’arrondit pour former un « oh » de stupeur, et elle recula, sa main attrapant la porte pour la refermer à toute vitesse.
Je crois que je n’ai jamais eu un fou rire plus délicieux de ma vie.

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