La main dans le sac

11/11/2013 à 3:50 | Publié dans Uncategorized | Un commentaire

Quand j’arrive chez lui, il fait déjà nuit. Comme à son habitude, il m’avait donné rendez-vous assez tard, vers 22h ; il justifiait ça par un travail tardif à chaque fois, et à chaque fois je lui répondais que, bien sûr, je comprenais. Ce soir-là ne déroge pas à la règle : je monte au premier étage, je sonne, il sent bon la douche qu’il vient de prendre et Eau sauvage, m’embrasse sur les deux joues, comme un bon ami que je n’aurais pas revu depuis plusieurs mois, et me propose de passer au salon enfumé, où il enchaîne les cigarettes comme si sa vie en dépendait. Je ne suffoque plus en sentant l’odeur du tabac froid qui infeste tout l’appartement, comme cette première fois où je suis venue et où j’ai découvert la table basse pleine de verres sales, les caleçons qui traînaient sur le canapé ; et où je serrais les cuisses, assise à côté de lui, en me répétant : « Tu restes une heure ou deux et tu t’en vas. ». Cela m’amuse toujours de repenser à cette première fois, et à ce basculement ridicule, tellement facile (même s’il n’opère pas à chaque fois) où le dégoût que j’ai éprouvé pour lui au premier abord s’est finalement transformé en désir dévorant.
Il met de la musique sur son ordinateur, me propose du Biolay, bien sûr je suis ravie et on fume des cigarettes et on boit du vin blanc en écoutant Vengeance. Il finit bien sûr par glisser son bras derrière mon dos, me caressant comme si de rien n’était, pour finalement approcher son visage du mien et m’embrasser pendant de longues minutes — longues minutes où il semble se rappeler que je ne peux résister à de douces morsures dans le cou, ce qu’il n’oublie pas de faire, m’électrisant la peau et me faisant frissonner.
Un sac de femme est posé à même le sol à côté du canapé, vide, béant, comme jeté là par hasard ; je ne m’y attarde pas, me rappelle cette fois où je suis tombée sur le magazine Elle auquel une certaine Laura semble abonnée, me souviens également des produits d’hygiène féminine que j’ai trouvé dans ses toilettes, et je souris, tristement, de ce que je sais, qu’il ne cache pas vraiment, et que je n’oserai pas lui demander.
La suite se déroule comme à chaque fois, ou presque ; il prend ma main et nous allons dans sa chambre, où il me déshabille, complimente la douceur de ma peau, me dit à quel point je suis excitante, à quel point il a envie de moi, à quel point il aime ces soirées qu’on passe ensemble. Fidèle à mon habitude, je reste muette ; je n’aime pas les discussions de chambre à coucher, et mes gestes en disent suffisamment sur le plaisir que je prends, et l’envie que j’ai de lui. Ses cheveux mi-longs chatouillent doucement mes épaules quand il me prend, j’y glisse doucement mes mains alors que ma respiration s’accélère et que je finis par franchement crier le plaisir que je prends à chaque fois qu’il s’introduit en moi, comme une évidence.
Je quitte l’appartement, mes vêtements sentant le tabac et le foutre que j’ai encore entre les seins, vers 5h du matin ; je ne résiste jamais au plaisir du premier métro, avec mon maquillage ravagé, mes cheveux décoiffés, et mon lit que je retrouve enfin pour m’y effondrer alors que le soleil se lève sur Paris.

Quand je rentre ce dimanche soir, il fait déjà nuit, bien sûr ; saleté d’heure d’hiver. Je constate qu’il n’a évidemment pas fait le ménage ni aéré le salon ; ça pue le tabac qu’il a dû fumer toute la nuit avec les potes qu’il reçoit à chaque fois que je m’éclipse pour un week-end en famille.
Je soupire un peu et commence à ranger le désordre ; mon sac que j’ai oublié à côté du canapé et que je remets dans l’armoire, la vaisselle qu’il n’a évidemment pas faite et que j’ai envie de passer par la fenêtre, l’exemplaire du Elle de cette semaine qu’il a ouvert (probablement pour s’en moquer).
La chambre pue elle aussi ; bien sûr plongée dans le noir, il n’a probablement pas pensé à ouvrir les volets ni la fenêtre avant de partir travailler. Je suis fatiguée, je n’ai qu’une envie, m’étaler et m’endormir, retrouver son odeur et attendre qu’il arrive pour le serrer contre moi, entre mes cuisses.
Je me déshabille rapidement, entasse mes vêtements sur les siens qui sont encore éparpillés au sol (il a dû se coucher tôt ce matin), et m’introduit entre les draps qu’il faudrait vraiment qu’on songe à changer.
Dans la pénombre, je distingue une marque sombre sur le drap housse ; comme une tache circulaire qui aurait séché mais aurait laissé une marque sur le rouge pourtant vif de la literie. Je me relève légèrement et allume la lampe de chevet : à la lumière, il n’y a aucun doute, il y a bien une tache là au milieu du lit. J’approche mon visage de la marque foncée, et essaie de distinguer si une odeur pourrait m’indiquer sa provenance.
Il n’y a aucun doute possible : les draps sentent le sperme. Probablement le sien. Probablement mélangé à la mouille d’une petite salope qui a écarté les cuisses pour lui cette nuit.
Je me relève, me rhabille. Je regarde ses vêtements au sol qui ressemblent à une mauvaise scène de film érotique. Je retrouve ce mégot de cigarette taché de rouge à lèvres. Je repense aux deux verres sur la table basse.
J’entends le bruit caractéristique des clés dans la serrure. Il entre, le sourire aux lèvres. Dans l’encadrure de la porte de la chambre, je le regarde :
« Hey toi, je sais ce que tu as fait hier soir. »

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