My haunted lungs, ghost in the sheets

21/05/2014 à 4:00 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Il y a les fantômes qui se rappellent à nous, tout doucement, lors d’une nuit d’insomnie où l’excitation nous échauffe le sens et nous brouille la raison. Quelques associations d’idées et on se souvient des mots échangés, des instants partagés, des frissons et des peines. On parcourt les messages échangés avec la fébrilité d’un archéologue qui espère trouver enfin ce qu’il cherche depuis si longtemps ; on relit ce que le fantôme a écrit, ce qu’on a soi-même écrit, en espérant trouver une explication, un indice ; en espérant comprendre pourquoi les choses se sont arrêtées et pourquoi, des années plus tard, on ressent cette urgence de faire revivre sous nos yeux ce qui n’a été que quelques étreintes fougueuses et des souvenirs doucement amers.
On joue au jeu habituel, on prend le nom, on le tape dans un moteur de recherche ; on scrute toutes les pages dans l’espoir de trouver un signe qui prouverait que l’être anciennement chéri y est passé, y a posé sa marque. On sourit, enfin, quand on tombe sur le site qu’on n’attendait plus, quand on découvre que oui, le fantôme est passé par là, très récemment, et qu’on peut enfin le toucher du doigt, le rappeler à nous.
On crée un compte, on utilise un pseudo évident, on envoie un message, le cœur battant. S’il ne répondait pas ? Si ce n’était pas lui ? S’il ne passait plus sur le site ?
Et puis quelques heures plus tard, on consulte la messagerie sans trop y croire. « Un nouveau message » clignote en jaune fluo, et notre cœur clignote de concert. Alors, enfin, ça y est, se dit-on.
L’échange est bref et bienveillant ; la réciprocité du désir de se retrouver est un soulagement, une épine enfin retirée d’un pied qui vacillait depuis que la mémoire du fantôme était revenue nous hanter. On convient rapidement d’une date, d’une heure, d’un lieu, d’une possibilité pour aller se mettre à l’abri (c’est le doux mois de mai mais il pleut, comme à l’époque où on s’était rencontrés, où on s’était observés de loin, comme des enfants apeurés à l’idée de voir leurs corps s’entrechoquer et leur vie se bouleverser), d’une possibilité surtout pour enfin retirer nos vêtements et laisser nos corps exulter, comme à l’époque, la grande époque, la triste époque, celle qui fait partie du passé, aussi étrange que cela paraisse tant son souvenir est vivace.
Quand enfin le jour arrive et le fantôme aussi, on ne sait pas si on va sortir de sa cachette. On observe. Il n’a pas tellement changé, le fantôme. Il est toujours grand, il est toujours brun, il est toujours diablement beau. On a toujours envie de sentir son corps s’appuyer sur le nôtre, nous serrer, nous étouffer, retrouver les sensations d’alors. On finit par sortir de l’ombre, se montrer, et le regard du fantôme est sans équivoque et le plaisir qu’il prend à nous retrouver nous ferait presque pleurer de joie et de désespoir mêlés.
On commande un whisky, le fantôme sourit et comprend, il fait de même ; on en boit un, plusieurs, on parle, enfin il parle, on l’écoute, comme à l’époque. On louvoie, on ment un peu sur sa vie, on n’ose pas lui dire qu’en près de quatre ans rien n’a changé, que la vie est toujours au point mort ; on n’ose pas lui dire qu’on a rencontré quelqu’un à qui on tient, parce que ça n’a pas d’importance à ce moment-là, tout ce qui compte c’est sa présence et son regard, l’impression peut-être de ne s’être jamais quittés.
On sort du café, il pleut, on s’accroche l’un à l’autre et on va chez lui, ce n’est pas loin, c’est évidemment commode, c’est évidemment très haut, c’est évidemment Paris et les studios minuscules qu’on paie un prix d’or. On se souvient des premiers moments, de notre timidité, de son regard à lui qui jamais ne se baissait, de l’impossibilité de le regarder dans les yeux, de l’envie qu’on avait de lui et de la peur qu’il nous prenne et nous brise. Ce sont ses lèvres qui se posent en premier sur les nôtres et le goût si particulier du fantôme joue la madeleine de Proust. Ce sont des flashs dans le cerveau et dans le sexe, des souvenirs de ces instants qui avaient le goût de la première fois même s’ils ne l’étaient pourtant pas — peut-être la première fois où le cœur était impliqué, où il s’agissait plus que de se toucher après une nuit d’ivresse. Il y avait eu tous ces mots échangés, tout ce jeu subtil et désuet, toute cette envie d’introduire du roman dans la vie, sans jamais pour autant se mentir, sans jamais se leurrer. Nos yeux s’embuent un peu de larmes alors on replonge dans sa bouche, on pousse notre langue plus loin, on veut qu’il sente notre désir, on veut qu’il sache que cette fois on le veut tout entier, complètement, sans refus.
Les mains du fantôme grimpent sur nos hanches, sur nos seins, sur lesquels il s’attarde longuement comme pour signifier qu’ils lui avaient manqué (tout cela sans un mot ; les mots n’ont plus d’importance), prestement elles se glissent sous le pantalon et découvrent la moiteur de notre sexe qui n’a pas oublié ses doigts, qui n’a pas oublié ses confidences bouleversantes sur cette intimité pourtant si compliquée (« je n’ai jamais rien touché d’aussi doux »), qui lui montre par sa chaleur et sa moiteur qu’il désire son être tout entier, ses doigts, sa bouche, sa langue, son sexe.
On retire les vêtements du fantôme, on déboutonne la chemise, doucement, délicatement, cette fois nos yeux ne quittent plus les siens, on sait qu’on peut tout assumer, on sait qu’on peut tout voir et sourire et ne plus se cacher. Le fantôme nous regarde, notre visage, puis descend vers nos seins, notre ventre, nos cuisses, nos mollets, nos pieds, il s’y jette comme pour s’y noyer, c’est d’abord lui qui nous lèche et nous mord la nuque (on est étonné à l’idée qu’il se souvienne de ce petit fétiche), nous aspire, nous avale, nous met dans un état de transe hébétée. On lui rend rapidement la pareille en découvrant son sexe dur et chaud, comme la première fois, comme lorsqu’on ne faisait que se serrer l’un l’autre sur un banc, nos mains froides s’y aventurent, puis la bouche, la langue, le fond de la gorge, sans haut-le-cœur, sans tousser, ce sexe qui s’enfonce au plus profond de nous et touche nos amygdales, s’insinue dans notre trachée et vient s’y loger avec soulagement.
Le fantôme caresse notre tête et gémit, il semble prendre peur de venir trop vite, comme ça, sur notre palais, et nous ramène à lui, nous caresse, nous attire sur son corps à la couleur caramel toujours aussi délicieuse, et nous ne réfléchissons plus, nous prenons son sexe et l’introduisons entre nos cuisses. Le fantôme a le souffle coupé, sourit, puis rit franchement, pose ses mains sur nos hanches, nous aide à imprimer un rythme agréable, pendant que nous savourons ce plaisir nouveau de l’avoir au fond de nos entrailles. Mais le fantôme ne l’entend pas de cette oreille, il nous repousse sur le côté et vient se présenter devant nos fesses, qu’il agrippe fermement avant de nous prendre d’une seule poussée violente et brutale. Nous gémissons et crions, le plaisir nous brouille la vue et l’esprit, nos mains ne nous tiennent plus, nous nous allongeons complètement pendant qu’il continue et nous jette quelques mots crus au visage, ces mots crus que nous avons toujours tant aimés et que nous n’avions osé lui demander par le passé ; il agrippe nos cheveux, les tire à lui, nous haletons, l’intensité de ce moment est à peine soutenable et nos cris se font gutturaux, animaux.
Il se saisit alors d’un objet enfermé dans sa table de nuit, nous ne voyons pas de quoi il s’agit, mais peu après notre corps tout entier se cabre lorsque nous sentons une lame dure et froide courir sur nos reins. D’un seul coup de main le fantôme nous repousse sur le dos, nous faisons face à lui, le visage déformé par le plaisir ; il est en sueur, s’introduit en nous avec la même facilité et fait courir le métal sur nos seins, sans jamais appuyer, sans jamais forcer. Nos yeux alternent entre la lame et le fantôme, nous sourions de bonheur et de plaisir mêlés, et nous sentons le plaisir monter à mesure que le couteau se balade sur notre corps que la jouissance imminente rend incontrôlable.
Nous lui hurlons avec les mots les plus crus que nous allons venir, et il accélère le rythme jusqu’à l’explosion. Nous sommes encore en train de reprendre notre souffle qu’il continue encore à aller et venir, à jouer avec la lame, et d’un seul coup d’œil nous lui faisons comprendre qu’il peut se laisser aller, maintenant, où il veut. Il se retire et approche sa queue de notre visage ; nous ouvrons la bouche et posons notre langue sur le gland au fur et à mesure que sa main va et vient sur son membre. Très rapidement ses gémissements se font plus forts, plus graves, et nous savons qu’il va nous inonder de son sperme que nous avons déjà goûté par le passé. « T’es tellement belle, t’es tellement belle » nous dit-il alors que le liquide chaud s’écrase sur nos seins, notre langue, notre nez.
Le fantôme reprend sa respiration et vient s’allonger à côté de nous, il nous serre fort dans ses bras, comme par peur de nous perdre, nous remercie, nous sourit. Nous nous embrassons comme des adolescents, comme il y a quatre ans, et nous nous endormons pendant que le fantôme continue à nous observer en nous caressant les cheveux.

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