Le mépris d’avance

20/06/2015 à 4:26 | Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

À propos, dans votre roman n’oubliez pas le mépris d’avance de Don Juan. Comme je vous l’ai dit, ce mépris, c’est parce qu’il sait que s’il le veut, dans trois jours au même dans trois heures, cette fierté sociale, si digne en son fauteuil, il sait que s’il le veut elle roucoulera de certaine idiote façon et prendra dans le lit diverses positions peu compatible avec sa dignité actuelle. Affaire de stratégie. Alors, d’avance il ne la respecte pas énormément, et il trouve comique qu’elle fasse tant la convenable en son fauteuil, comique qu’elle s’offusque de sa robe de chambre. Comique puisqu’il sait que s’il s’en donne la peine, elle fera bientôt les habituels sauts de carpe, allaitante et animale servante de nuit, nue et sursautant sous lui pauvre Juan, parfois doucement gémissante est parfois fortement remuante est toujours les yeux blancs de Sainte extasiée.

Ils nous méprisent par avance, parce qu’ils savent que tout est affaire d’instants, de séduction savamment étudiée, de dents bien alignées, d’un sourire avenant, d’une flatterie dont évidemment la gent féminine a besoin, puisqu’on lui a toujours expliqué qu’elle se devait de vivre par le prisme du regard de l’autre, d’autant plus si ce regard est masculin.
On parle donc du mépris des hommes envers les femmes, pauvres hommes qui nous désirent et nous méprisent de les faire patienter, qui savent qu’ils ratent leur vie quand ils passent leurs nuits avec nous plutôt qu’à travailler ; ces hommes qui nous parlent de leur faiblesse (qui est caractérisée par le goût qu’ils ont de nous, les femmes) et de tout ce qu’ils seraient capables de faire à cause de ladite faiblesse ; ces hommes qui se retrouvent les victimes de femmes qui les aiment, les collent, les harcèlent, les traquent parce qu’eux sont tellement occupés qu’ils n’ont jamais le temps pour nous dire ce qu’ils font, où ils sont et s’ils aimeraient nous voir.
Il faut les plaindre et les comprendre, caresser leurs cheveux au petit matin quand ils sont fatigués de nous avoir (mal) aimées toute la nuit, culpabilisant parce qu’ils savent qu’ils n’auraient pas dû céder à la tentation que nous représentons – parce qu’évidemment nous ne sommes que ça, qu’une tentation, qu’un désir perpétuel, dangereux et mouvant.

Il ne faut jamais nous plaindre nous de ces hommes qui avancent masqués, qui sont nos amis et qu’on apprécie, et qui finissent par se jeter sur nous en pleine nuit dans un taxi, quand nous avons trop bu, quand nous sommes en couple, quand eux-mêmes sont mariés. Il faut les comprendre et accepter leur mépris, en même temps que c’est eux qui se rendent méprisables et méprisants, à chaque instant.
Il faut les comprendre quand ils nous quittent en nous traitant de tous les noms, parce qu’on leur avoue une nouvelle passion et une volonté de cesser la relation que nous avons ; et accepter qu’ils reviennent, quelques mois plus tard, comme si rien ne s’était passé, comme s’ils ne nous avaient pas dit que nous étions la reine des traînées et que nous méritions d’avoir mal jusqu’à la mort, ce qui est de toute manière notre lot quotidien.
Il faut accepter qu’ils ne soient pas capables de s’occuper de nous, qu’ils soient distants et fuyants, qu’ils refusent de prendre nos appels, qu’ils nous en veuillent pour tout et rien sans être jamais capables de l’expliciter.
Il faut savoir les écouter quand ils nous expliquent qu’après tout, nous sommes responsables des mains aux fesses, des baisers volés, parce que nous avons joué de notre « sex appeal », cette chose qui nous semble si virtuelle qu’on se retrouve là à répondre : « mais de quoi tu parles ? »
Il faut les aimer, surtout, les aimer encore, ne jamais les décevoir, ne jamais être loin d’eux, mais ne jamais les étouffer – les filles sont accaparantes et insupportables, c’est bien connu, quand leur mode de communication semble tellement plus simple et plus sain.

Au-delà de tout cela, il faut admettre qu’ils nous méprisent car nous répondons à leurs baisers – mais peut-être au fond ont-ils compris une réalité qui m’échappe encore : comment est-il possible de continuer à aimer et désirer des êtres qui sont si méprisables ? Peut-être est-ce leur petitesse qui nous contamine, et peut-être qu’ils sont suffisamment lucides quant à leur basse condition pour mépriser celles et ceux qui les admirent.

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