Sais-tu idiot que je t’aime au-delà de l’ennui ?

10/07/2015 à 8:51 | Publié dans Uncategorized | Un commentaire

Il faisait déjà presque jour dans mon studio dont je ne fermais jamais les volets ; des années passées sans rideaux m’avaient habituée à la lumière qui, loin de me réveiller, m’apaisait lorsque j’ouvrais les yeux, comme une promesse que le monde autour existait encore, même si j’en étais exclue par les délices du sommeil – sommeil brutalement interrompu par la musique agressive de mon réveil. Ma main glissa sur le drap pour aller à la recherche de mon téléphone et l’arrêter, couper ce bruit insupportable et probablement retrouver le sommeil dans lequel j’aimais tant me replonger au petit matin ; mais c’est alors que je vis qu’il ne s’agissait pas de mon réveil, mais d’un appel, venant de mon amant régulier. Qui n’avait pas donné signe de vie depuis plusieurs semaines, et dont je me languissais comme si j’avais encore quatorze ans.
L’écran affichait « appel manqué », puisque j’avais été trop lente à émerger de mes rêves pour pouvoir lui répondre. Sans réfléchir je me redressai et appuyai frénétiquement sur son nom pour le rappeler, le souffle court. Mes yeux tombèrent sur l’heure qu’il était : à peine sept heures et demi, et nous étions dimanche matin.
Sa voix au bout du fil était rauque et ferme. Il me demanda pourquoi j’étais essoufflée – je ne le savais pas moi-même, peut-être la précipitation en voyant son nom apparaître, ma fébrilité à l’idée de le rappeler et de savoir ce qu’il avait à me dire. Il m’intima de venir le rejoindre sans tarder ; quand j’évoquai mes cheveux sales, il me répondit qu’il n’en avait rien à faire, que je prendrais ma douche chez lui, qu’il fallait que je prenne le premier taxi et que je vienne le rejoindre là, tout de suite, sans attendre.
Je n’ai même pas songé un seul instant à lui dire non, je n’ai même pas réfléchi à ce que j’allais faire. Il avait toujours été comme une évidence pour moi, et je sentais déjà mon corps se réveiller à l’idée de sentir ses mains, sa bouche et sa queue contre ma peau.

Durant le trajet en taxi, mes pensées ne furent occupées que par lui. Lui qui me prenait comme il le voulait et quand il le voulait. Moi qui n’étais que soumise à sa volonté, soumise à ses désirs qui par extension devenaient les miens ; par un habile jeu intellectuel, les fantasmes que je lui murmurais à l’oreille, comme autant de confessions indignes et rougissantes, se mettaient à peupler les siens et à ne former qu’un tout profond et vertigineux – un tout où résonnaient nos désirs comme à l’unisson, lui dans la position de l’instigateur et moi dans la position de celle qui acquiesçait, acceptait, subissait avec délice.
Les longues nuits et journées passées à ses côtés avaient le goût du tabac et de la vodka très chère qu’il achetait spécialement pour moi, souvent mélangée à des sodas immondes qui nous permettaient de nous enivrer sans nous brûler le palais.
Il y avait son regard et son nez, ce nez qu’il n’aimait pas et que moi j’avais trouvé incroyablement charmant dès le premier jour ; il y avait le baiser chaste et tendre qu’il déposait sur ma joue quand j’arrivais chez lui ; il y avait mes vêtements qu’il détaillait au début jusqu’à en oublier l’existence après quelques mois ; il y avait son haleine parfumée au chewing-gum qu’il gardait même au lit ; il y avait ça et bien d’autres choses encore, et nos corps qui ne se lassaient jamais l’un de l’autre.
La brutalité était toujours là, sous-jacente, sous-entendue, même quand il me demandait de l’embrasser pendant que nous faisions l’amour ; la possibilité, même infime, que sa main s’abatte sur ma joue et refasse de moi cet objet que je détestais adorer être. Je sentais sa peau nue contre la mienne, à l’intérieur de moi, le sperme qu’il y a déversait régulièrement me remplissait d’une plénitude que je n’aurais jamais cru possible – comme s’il y avait là-dessous un miracle scientifique, une alchimie incroyable entre ses sécrétions et les miennes, moi qui aimais tant quand il me crachait au visage, comme une promesse intime et sensible d’un mélange total, d’une fonte l’un dans l’autre.
Mon identité n’existait plus dans ces moments-là, je n’étais plus féministe, je n’étais plus moi-même, je n’étais que celle qui le faisait fantasmer et qui fantasmait sur lui, comme un échange de bons procédés. Deux entités impossibles à réunir qui s’attiraient de manière illogique et surréelle, qui s’entrechoquaient et ne savaient pas véritablement comment se rencontrer.

Je payai le chauffeur de taxi, un peu interloqué de voir cette grande blonde aux cheveux gras maquillée comme si elle sortait en boîte, avec son jean trop moulant et son décolleté trop voyant.
Quand il vint m’ouvrir, je compris rapidement qu’il ne s’était pas couché et qu’il avait déjà trop bu, mais je n’en avais cure : l’alcool avait ce don de le rendre plus aimant et plus tendre (oh, la phrase délicieuse de trois mots qu’il ne me disait jamais, sauf lorsque nous nous couchions bien tard et qu’à force de vodka redbull sa queue restait molle entre mes doigts).
Il ne me laissa pas poser mes affaires et sa bouche se pressa contre la mienne, avec une urgence que je ne lui connaissais pas. Ce ne fut alors que ses mains sur moi et son souffle dans mon cou, qui répétait à l’infini que je lui avais manqué, que je lui avais tant manqué, que putain qu’est-ce que je lui avais manqué. Ma culotte s’était légèrement humidifiée sur le trajet, et il eut ce sourire abominable quand il glissa ses doigts dans mon jean, fier et peut-être même un peu heureux de constater l’effet qu’il me faisait.
Je me déshabillai rapidement ; il ne le faisait jamais, il m’attendait sur son lit, déjà en caleçon, en train de se caresser alors qu’il me regardait en gémissant déjà un peu. Au moment de le rejoindre, j’allumai une cigarette et m’allongeai à ses côtés. Ses mains coururent sur mes seins, puis sa bouche s’empara de mes tétons déjà durcis et un peu douloureux ; ma tête tournait comme si elle allait s’effondrer contre le sol et s’exploser en mille morceaux impossibles à jamais récupérer. J’écrasais le mégot dans le cendrier quand il se mit entre mes cuisses et commença tout doucement à y glisser ses doigts, avant d’écarter franchement mes jambes pour s’introduire en moi.
Je n’avais jamais aimé la position du missionnaire. Je fermais souvent les yeux, ou attendais avec impatience le moment où je pourrais suggérer autre chose. Mais avec lui, je n’aimais rien tant que ce moment où on torse se collait au mien, où nos deux peaux se mélangeaient et où nos lèvres finissaient par se dévorer. Jamais je ne fermais les yeux, et ce matin-là, encore moins : j’aimais voir son plaisir monter, le sourire qu’il me faisait parfois comme pour me dire que tout cela était trop agréable pour être réel, son regard qui s’égarait sur mon corps comme s’il était la chose la plus excitante du monde.
Il ouvrit la bouche et, par un réflexe symétrique, j’ouvris la mienne : ce n’est pas sa langue qui vint à ma rencontre, mais sa salive qu’il laissa doucement s’écouler en un doux filet transparent. J’aimais son goût, parfois un peu sucré (à cause des chewing-gums qu’il choisissait toujours au cassis), sa chaleur aussi, cette possibilité de fondre ses fluides corporels dans les miens. Il n’y avait guère que le sang que nous n’avions pas encore partagé, mais il aimait jouer avec un couteau sur ma peau trop tendre – sans jamais vraiment s’en servir.
Mes mains glissèrent sur son dos, accrochèrent ses fesses ; je sentis ses coups de reins se faire plus profonds et je savais qu’il ne tiendrait pas longtemps, et je savais que je voulais qu’il jouisse en moi, qu’il me remplisse une fois encore de lui.
Sa respiration se bloqua, comme à chaque fois qu’il avait un orgasme. Il gémissait fort, un peu comme une fille, et je trouvais le mélange de sa virilité et de ses soupirs féminins proprement affolant. Il posa sa tête sur mes seins et je caressai doucement ses cheveux.
A ce moment-là, je sus que j’aurais pu mourir sans en éprouver le moindre regret.

Je fus réveillée quelques heures plus tard par son sexe dur qui se frottait à mes fesses. J’eus à peine le temps d’ouvrir les yeux qu’il m’avait mise à quatre pattes en me demandant d’offrir mon cul, rituel auquel j’étais habituée et qui, je le savais, l’excitait probablement plus encore que tout le reste. Il se positionna derrière moi et caressa tout doucement mes fesses, avant de les claquer du plat de la main, sèchement, avec force. Je gémis un peu, avançai mon bassin sous le coup de la douleur, mais il agrippa fermement mes hanches et me repositionna. Ses doigts s’introduisirent en moi, et rapidement c’est sa tête qu’il colla entre mes cuisses. Sa langue fouilla mes lèvres avant de s’attarder sur mon clitoris ; je savais qu’il avait sûrement le goût de son sperme dans la bouche, que je le retrouverais sûrement après quand on s’embrasserait, et cette simple idée achevait de me tordre de désir.
Je n’atteignis pas l’orgasme, comme souvent ; il vient m’embrasser (oh, ce goût salé…) et me prit la main pour que je le suive à la salle de bains. Je connaissais le rituel ; je crois que c’est peut-être ce que je préférais. Je m’installai accroupie dans la douche, et il s’installa face à moi. Tout doucement, il commença à uriner et je sentis le liquide chaud sur ma peau, mes seins, mon visage, dans mes cheveux. C’était cet instant étrange où je me sentais, plus que jamais, liée à lui et incapable de jamais rien lui refuser. J’ouvris la bouche pour goûter sa pisse, qui n’avait en réalité aucun goût, mais qui réchauffait ma langue et mon œsophage.
Quand il eût fini, il vint me rejoindre et se colla à moi avant de m’embrasser à pleine bouche, doucement, presque tendrement.
Délicatement, il prit le pommeau de la douche et commença à me mouiller, puis à me savonner. Il s’attarda longuement sur mes cheveux, avec des gestes doux et appliqués. Quand il eut fini de me les rincer, je croisai son regard et repensai à Meryl Streep disant à Robert Redford : « if you say anything right now, I will believe you ».
Je souris. Je savais qu’il ne m’aimerait jamais et que moi je n’aimais que lui.

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