Le mâle intérieur

14/05/2017 à 8:28 | Publié dans Uncategorized | 12 commentaires

Quand il arrive chez moi, il est déjà un peu tard et immédiatement je le trouve grand et un peu gauche, ce qui le rend d’une sympathie presque trop prononcée pour l’instant qui s’annonce. Comme une marionnette mal assurée, désarticulée, avec pourtant ce que je sens de force et de virilité dans son torse carré et dans son regard, profond, qui se pose sur moi.
Je crois qu’il veut m’embrasser tout de suite mais je l’embrasse sur la joue et nous commençons doucement par boire le vin rouge qu’il a amené. Rapidement, c’est lui qui prend le contrôle et m’embrasse, pour me dire « tu m’excites beaucoup » à l’oreille, et je commence déjà à gémir quand il m’embrasse dans le cou et que je sens son parfum, mélange de gel douche et de musc masculin.
Nathan a un gros sexe et à sa vue je me liquéfie de désir ; je déteste cette superficialité en moi et je déteste ce goût que j’ai pour ces objets qui m’effraient en même temps un peu. Comble de l’ironie, il a acheté des capotes normales et elles craquent toutes, les unes après les autres ; « j’ai peur d’être présomptueux », me dit-il, alors que pensivement je lui dis qu’il n’y a là-dedans aucune présomption (et je pense à rajouter que j’ai l’œil, que je m’y connais mieux que lui, mais je sens que la précision serait d’une trivialité insupportable).
Il veut sentir ma bouche sur son sexe et je m’exécute même s’il m’est difficile de l’avaler autant qu’il le voudrait. Il jouit très rapidement, au fond de ma gorge, le goût de son sperme n’atteint même pas mon palais et il m’embrasse après, encore tremblant, « c’était puissant » me dit-il et je me satisfais de ce plaisir qui n’est pas le mien et de ma frustration de n’avoir pas senti sa queue imposante dans mes entrailles.
Nous fumons une cigarette et je le sens loin, il évoque ces rencontres faites sur Internet et finit par me dire abruptement qu’il en a assez, que tout cela l’ennuie, qu’il n’y trouve plus de spontanéité. Je ne réponds rien, je ne sais pas s’il dit ça pour moi, et alors que je lui re-propose du vin il me dit : « je vais rentrer je crois ».
Les trois premières secondes sont du soulagement pur ; rien ne m’angoisse davantage qu’un beau jeune homme partageant mon lit, mon intimité, le réveil du matin, la douche. Mais juste après me reviennent en mémoire ses mots, ses nombreux mots, son désir de me baiser au réveil, son envie de me prendre plusieurs fois dans la nuit, sa tendresse aussi et sa douceur — sans oublier cet appel un peu naïf de fois suivantes quand il avait évoqué nos possibilités nombreuses dans les jours qui allaient venir.
Je suis immensément déçue mais je ne dis rien, je le regarde et lui dis bien sûr, je comprends, aucun problème. Il est un peu gêné et il commence à s’expliquer, c’est lui, il vient de se rendre compte d’un truc, ça n’a rien à voir avec moi, et je lui dis qu’il n’a pas à se justifier et surtout, qu’il ne faut jamais se forcer. Il regrette m’avoir frustrée et je lui dis qu’il n’en est rien mais la réalité, c’est que toute la frustration du monde n’égalera jamais cette humiliation cuisante, son désir de me quitter si vite, de s’enfuir de chez moi, de ce chez moi que je lui avais ouvert alors qu’habituellement jamais je ne le permets.
Le poids et la puissance des mots me confondent, alors qu’il remet ses chaussures. Les fantasmes et leur réalité virtuelle m’ont bernée ; pourtant, j’étais sûre de moi, de mon instinct, je ne croyais pas me tromper et j’imaginais non pas la relation amoureuse mais bien celle qui peut s’entretenir d’amitié et d’estime intellectuelle (il partage mon amour pour Dumas, père et fils) par-delà le désir brutal et sauvage qui nous unissait.
Je fais bonne figure, je ne peux rajouter la supplication à l’humiliation ; il tente de faire des blagues et je souris, le cœur n’y est pas mais je ne peux rien montrer, jamais, ne rien leur laisser, c’est ce que je me suis toujours promis, toujours juré. Ils ne m’auront pas, au-delà de mes cuisses écartées, ils ne sauront rien de ce que je suis vraiment et de ce que je ressens, cela m’est bien trop précieux. Je préserve ma dignité, et elle m’importe plus que leur aisance, que leur volonté de tout comprendre et de tout savoir.
Il m’embrasse sur la bouche au moment de partir, je me détache vite de lui et je vois comme des excuses dans son regard. Je ne lâche rien et mon sourire est un peu faux, et ma compassion s’arrête où mon ego a été blessé quand il me dit, comme s’il avait mal au cœur, qu’il va prendre les escaliers.
Je referme la porte et je me retrouve seule, à moitié nue dans mon appartement tout propre, avec mes draps qui sentent la lessive. C’est comme si j’avais pris un uppercut en pleine poitrine, j’ai le souffle coupé et la tête qui tourne un peu.
Je sais que j’ai été dix fois cette personne-là. Celle qui, après une baise ratée, après m’être rendue compte que ça n’irait pas, qui a dit « je crois que je vais rentrer » avec un faux sourire désolé, avec de fausses excuses, « je dois me lever tôt », avec des mensonges hypocrites plein la bouche pour ne pas dire la vérité : tu ne me plais pas, tu ne me baises pas bien, je n’aime pas le goût de ta queue, je n’aime pas le grain de ta peau, je n’aime pas ta façon de parler. Toutes ces bonnes raisons pour prendre ses jambes à son cou et partir, ne pas demander son reste, fuir ; et le soulagement, ce soulagement terrible quand le regard de l’autre ne se pose plus sur nous. C’est à ça que je pense et c’est probablement ce qui me fait le plus mal : savoir qu’il est sorti et qu’il a soufflé, qu’il s’est dit ça y est, ça y est, je vais rentrer tranquillement, je ne vais plus la voir, je vais l’oublier.
Par la suite j’ai repensé aux mots d’un vieil ami qui m’avait dit : « mais qu’est-ce qui fait qu’après l’orgasme on a ce désir terrible de partir, de ne plus voir l’autre, de rentrer chez soi le plus vite possible ? ». Alors je me suis dit, bien sûr, ça n’a rien à voir avec moi, c’est après l’orgasme, c’est ce désir d’être seul, de quitter l’être qu’on a désiré quelques minutes plus tôt mais cela ne fonctionne pas, pas avec lui, pas avec les mots qu’on avait échangés. Je ne sais pas comment, et je ne saurai jamais pourquoi, mais je l’ai déçu, dégoûté peut-être ; je revois mes cuisses charnues et mon ventre mou et je me dis, mais qu’est-ce que tu as pu croire, à la fin ? Comment as-tu pu penser que Nathan, 1m85, brun et viril, pourrait avoir envie de toi au-delà d’un orgasme dans ta bouche, entre ses mains qui maintenaient ta tête, comme on le fait avec une poupée en latex ou autre masturbateur évolué ? Que pouvait-il se passer d’autre à part son sperme et son départ, son désir puis son dégoût, son abandon et puis sa fuite ?
Ma vie sexuelle a cela d’étonnant qu’elle m’illusionne sur moi-même et mes capacités, sur mon apparence physique, sur mon intérêt : tout est distendu, comme anamorphosé, lorsque le désir animal vient s’interposer entre les êtres. N’importe quelle fille un peu docile peut s’imaginer qu’elle devient Marilyn Monroe, lorsqu’elle se retrouve face à un homme excité ; mais parfois la réalité nous rattrape et nous fracasse, ne nous laissant comme seule consolation que cette « dignité » qu’on place où on peut, dans notre cerveau tout cabossé.

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  1. Bonjour Lux, lecteur assidu de tes articles, je suis content de voir que tu as repris la plume. Tu n’as rien perdu de ton style. L’écriture est toujours aussi limpide et suggestive.
    Néanmoins j’ai été un peu déçu du thème que tu as choisi.
    Dans les articles de 2017, Juliette sort avec un mec plus petit qu’elle qui la traite mal (ce qui est un peu paradoxal si elle fait 2 têtes de plus) puis fait la connaissance de Nathan au gros sexe.
    Dans ces 2 articles, j’ai le sentiment que les hommes portent l’intrigue. Dans un cas l’homme reproche à Juliette de ne pas vouloir de sexe et on ne ne sait pas s’il va réussir à gérer sa frustration; dans l’autre il ne veut pas passer la nuit avec elle sans davantage se justifier.

    Or je serais plus intéressé par lire ces histoires si Juliette avait un rôle moins passif.

    Par exemple pour le gros sexe, que ressent-elle ? Dire qu’elle a du mal à le mettre en bouche est un peu court et très attendu.

    Les histoires sont peut-être autobiographiques mais en donnant le rôle actif à l’homme, pour moi, c’est un peu comme si tu nous parlais de sexe, tout habillée, en plein hiver au coin du feu. Tu parles de quelque chose de très intime mais tu donnes l’impression de ne pas t’ouvrir. Au contraire, en lisant les articles j’ai eu le sentiment que tu restais bien planquée derrière les acteurs masculins de l’histoire, d’autant mieux planquée que l’un d’eux a un gros sexe ;)
    Finalement on reste aussi un peu sur notre fin car tu soulèves des questions auxquelles tu n’as pas les réponses.

    Pour l’histoire avec le mec plus petit, j’aurais été intéressé que Juliette retourne la situation en assumant la frustration qu’elle crée chez le gars. Plutôt que de dire non et accepter les reproches qui fusent ensuite, elle pourrait lui demander ce qu’il compte lui faire au lit. Si le gars reste si peu attractif à ses yeux, elle pourrait lui dire que tout ça est très routinier et que ça la lasse. Elle pourrait lui proposer par défi d’accepter de se faire baiser si lui accepte la sodomie masculine. Le gars n’y croirait sans doute pas trop et rentrerait dans le jeu. Une fois au lit, Juliette profiterait de l’avantage physique pour lui imposer la sodomie. Je trouve que ça serait intéressant de savoir ce qu’elle ressent d’être plus puissante et de voir le gars savoir qu’il est moins puissant.

    • J’entends les critiques et l’aspect passif du personnage féminin — je crois que c’est une critique globale qu’on peut me faire, et c’est une chose à laquelle je devrais faire davantage attention, à l’avenir.
      En revanche, sur le texte avec Baptiste, je ne suis pas vraiment d’accord, dans le sens où elle ne veut pas d’aventure sexuelle avec lui. Lui proposer la sodomie, d’autant plus sur une base d’avantage « physique », n’est pas en accord avec le fait que, simplement, Juliette n’a pas envie de sexe avec lui ce soir-là. Et ça n’a pas grand-chose à voir avec une asymétrie dans leurs physiques respectifs : l’idée, c’est d’exprimer la difficulté de dire non et les conséquences que cela peut avoir, dans un cadre pourtant « safe » (avec quelqu’un qu’on connaît, dans un lieu public, etc). Ce n’était pas un texte sur la sexualité, en fait…

      • En complément de mon précédent commentaire, je ne voyais effectivement pas le texte sur Baptiste comme sexuel mais davantage sur la domination.

        Dans ce texte Juliette domine Baptiste sur plusieurs plans:
        – domination dans la situation: c’est à elle qu’appartient le choix ou non d’accepter ou de refuser le sexe
        – domination physique: Baptiste voudrait prendre Juliette sauvagement comme j’ai pu le lire dans d’autres de tes textes (je ne parle pas de viol), il ne pourrait pas et le fait qu’ils le sachent tous les 2 diminue la tension sexuelle
        – domination verbale: Baptiste est avocat, il est censé avoir l’avantage sur cet aspect mais Juliette refuse de lui répondre et impose ainsi le silence au couple. Quand elle répond, elle s’en mord les doigts d’avoir « dénié » lui répondre.

        J’ai eu le sentiment en lisant le texte que le non de Juliette radicalisait leurs positions à tous les 2. Baptiste aurait dit simplement « ok je comprends » et se serait résigné que probablement au fil de la soirée Juliette aurait accepté le sexe soit par envie soit par pitié un peu. Ce qui renforce pour moi le côté rapport de force entre les 2.

        C’est un texte difficile à analyser car Juliette ne dit pas simplement non. Elle pourrait dire non et couper court, ce qu’elle ne fait pas. Elle écoute Baptiste et d’une certaine façon le méprise. Le ton méprisant est subtil mais réel. Par exemple le choix d’utiliser le terme « déraper » au début est significatif car il cautionne un jugement de valeur.
        Baptiste et Juliette ont un différend, un désaccord. Baptiste formule des reproches. Mais il n’y a dérapage qu’à partir du moment où les insultes commencent. Dans le texte je ne crois pas qu’il y en ait.

        Baptiste passe pour le méchant qui n’est à l’écoute que de lui-même (ce qui n’est pas faux à la lecture du texte) et Juliette passe pour la victime (ce qu’elle n’est pas). Je crois que la difficulté à dire non nait de là.

        Si je puis me permettre, je trouve que Juliette n’assume pas assez son « non » (bien qu’elle le répète). A mon sens, elle pourrait le faire de 2 manières très différentes, soit en mettant fin au dialogue, soit en assumant sa domination sur Baptiste (domination peut-être pas verbale mais au moins physique).

        Dans ce dernier cas, la sodomie, par exemple, ne serait pas sexuelle. A moins que Juliette ou Baptiste y prennent goût (ce que le texte ne laisse pas présager)

  2. Hâte de lire la suite

    • Je ne vois pas en quoi cela est paradoxal qu’elle fasse 2 têtes de plus et qu’il la traite mal.Cela voudrait il dire qu’il ne peut pas la traiter mal parce qu’elle est plus grande que lui ?

      Le problème de la passivité est inhérent et assigné au sexe féminin. La place de la femme dans la société, la manière dont on envisage son sexe et la relation sexuelle, y compris la procréation ( le spermatozoïde est vu comme faisant tout le travail et l’ovule comme un simple réceptacle), la manière dont les hommes envisagent et traitent les femmes. Parce que les hommes ont le privilège du pouvoir sur les femmes. Même s’ils se disent féministes etc. Faire un reproche sur la passivité de Juliette revient à dire pour moi que c’est de sa faute et qu’elle l’a bien cherché si tout se passe ainsi. D’autant plus que lorsque tu dis qu’elle n’est pas victime parce que d’une certaine manière elle n’assume pas son non, pose le problème de la responsabilité. Est ce que si elle avait dit non « plus fermement » et par exemple se serait cassé, aurait fait d’elle à tes yeux ,une femme qui assume son non ? Je trouve cela faux, réducteur et de mauvaise foi. Parce que je vois la dedans les reproches fait à une meuf qui se fait violer par exemple parce que peut être qu’elle est trop jolie, habillée trop court, a les yeux trop brillants etc. Je pense surtout que les hommes ont un sérieux problème avec la notion de consentement. Si une femme dit non, l’homme se dit que c’est peut être à cause de ci, peut être à cause de ça. Mais en fait il s’en fout de son non, il ne cherche qu’à obtenir ce qu’il veut.

      Quand tu parles de domination j’entends avantage de Juliette sur Baptiste par rapport à la relation sexuelle. Il ne suffit pas de dire non pour avoir le pouvoir. Sinon y aurait il des viols ? Le problème est beaucoup plus profond. Cela met en cause tout le rapport entre les sexes, toute cette binarité sur laquelle notre société repose. Ce n’est pas parce que Juliette parle de sexe qu’elle a forcément le pouvoir. Ce n’est pas parce qu’elle baise comme un mec qu’elle a le pouvoir. D’ailleurs lorsque tu demandes à avoir plus de détails sur le gros sexe je comprends que tu renvoies Juliette à la fonction d’objet sexuel, ou du moins que tu la renvoies à cette unique fonction et aspect. peut être le désir de savoir ce qu’une meuf ressent avec un gros sexe. Pour se rassurer ? Pour projeter des désirs purement masculins ? Et comment envisages tu le consentement ? Tant qu’une meuf n’ hurle pas, n’a pas une position « forte » elle est peut être consentante ?

      Le texte parle d’amour et de la recherche d’amour. Il parle de la souffrance d’une femme qui est sans cesse renvoyée à l’incapacité d’être aimée, désirée, traitée et considérée par les hommes. Du fait même de sa condition féminine. parce que ce sont toujours les hommes qui ont le pouvoir. Même si une femme parle librement de sexe, même si elle décide de quand elle baise ( et d’ailleurs le décide t’elle vraiment librement ? ), il y a toujours un fossé entre ce qu’elle est face aux hommes. On pourrait dire d’une manière hyper simpliste qu’il est question d’incompréhension et ne pas voir le problème de fond, la racine à savoir la relation d’oppresseur et d’opprimé, dominant et dominé, homme et femme.

      Ce ne sont pas des détails, cela est malheureusement passé dans une normalité abjecte. Tous ces rapports, ces habitus, ces croyances, etc. faussent les relations hommes femmes. Tant que les hommes ne prendront pas conscience de leurs privilèges et n’auront pas le souci de déconstruire ce qui est apparenté à leur genre il ne pourra y avoir, à mon avis, de relation épanouissante homme femme.

      Les femmes hétéros et féministes sont en luttes constantes parce qu’elle n’ont pas renoncé malgré tout aux hommes et à leur désirs d’amour avec eux. Comment une hétéro féministe peut elle envisager une relation d’amour épanouissante et égalitaire ? Les hommes sont ils prêts à renoncer à leur privilège qui ne les rend pas forcément plus heureux ?

      Ce texte m’a profondément touchée parce qu’il m’a replongée dans l’époque où j’avais une vie hétéro. Je sais qu’en tant que lesbienne féministe j’ai un avantage sur les hétéros féministes : celui de ne plus être obligée de faire des concessions liés au genre par amour. Même si je n’échappe pas forcément à cela dans une relation avec une femme ( parce qu’il serait stupide de penser qu’une lesbienne n’est pas empreinte du monde hétéronormé du simple fait qu’elle est lesbienne), je suis heureuse de ne plus avoir besoin des hommes pour me sentir aimée. En revanche, ce n’est pas pour autant que cette question m’importe peu, au contraire. Dans les groupes féministes, il est sans cesse question de luttes. L’amour est fondamental et je le considère comme un sujet tout aussi noble que la philosophie ou la science. Et je me demande vraiment comme les féministes hétéros peuvent faire pour vivre dans l’harmonie et bienveillance leurs relations amoureuses.

      Le texte est clair et le sujet tout autant. La compréhension n’est pas la même en fonction du point de vue adopté féminin ou masculin. Ces commentaires sont hypers importants parce qu’ils participent selon moi à la compréhension du véritable problème.

      Merci pour ce texte :)

      • C’est toi que je remercie pour ce beau message. J’ai toujours trouvé quelque chose d’incroyablement réel dans Despentes qui se sentait soulagée de ne plus être dans l’hétérosexualité, qui pensait que cela revenait à être dans une forme de schizophrénie. Je ne sais pas m’en détacher, même si je le devrais, très certainement. Mais c’est une violence sans cesse renouvelée de voir qu’un simple « non » peut provoquer ce genre de réaction, cette idée qu’un homme se sent privé d’une chose qu’il n’a pourtant aucun droit de posséder.
        Fort heureusement, la sexualité hétéro n’est pas faite que de ça. Mais ce serait mentir que de dire que c’est rare…

      • Ah oui Despentes dit des choses tres justes à ce sujet. Être lesbienne ne guérit pas de tout mais la pensée queer aide à voir les choses autrement et un peu moins culpabiliser. J’arrive mieux à nommer ce qui me paraissait insupportable et violent tout en créant une impression d’illégitimité. C’est pas simple de s’en détacher et je ne pense pas qu’il y a une sorte de devoir à faire cela. J’espère que les rapports hétéros puissent être épanouissants, bienveillants et harmonieux et véritablement égalitaires un jour.

      • Assumer un non, au sens où je l’entends du moins, ce n’est pas simplement dire non. Dire non, Juliette l’a fait et son absence de consentement me parait très claire et n’a pas besoin d’être renouvelée.
        En revanche je maintiens, qu’à mes yeux, elle n’assume pas son non. Baptiste et Juliette se voient régulièrement. D’après ce que j’ai compris du texte, ils se voient physiquement. Leur relation est, semble-t-il, fondée en grande partie sur le sexe. Le non de Juliette rompt l’harmonie de leur relation. Il met fin à leur relation telle qu’elle était.
        Désormais, je comprends qu’ils pourront se voir sans qu’il n’y ait de sexe entre eux. C’est suffisamment nouveau pour que Baptiste ne comprenne pas le changement.
        Ce que ni le texte, ni Juliette ne disent , c’est pourquoi. Juliette veut que la relation évolue, mais dans quel sens ?
        Veut-elle mettre fin à la relation ? Veut-elle faire évoluer la relation en une relation purement amicale ? Veut-elle faire évoluer la relation en une relation amoureuse (dans laquelle elle veut pouvoir le voir et décider de dire oui ou non en fonction du moment, de ses humeurs) ?
        Juliette ne montre rien et ne dit rien. Mais surtout elle ne propose rien, si bien que Baptiste ne peut pas se positionner face à ce changement. Lui aussi devrait pouvoir être en mesure d’accepter ou refuser la relation telle que Juliette est en train de la construire.
        Je ne pense pas que la réaction de Baptiste soit liée au fait de ne pas être assouvi sexuellement. J’ai le sentiment qu’elle est liée à un changement qui ne lui a pas été expliqué et qu’il ne maitrise pas.
        Que Baptiste soit un homme ou une femme ne change rien. Une femme pourrait réagir exactement comme lui.
        Ce ne pas la réaction de quelqu’un vis à vis de la société (au sens où la société lui donnerait de pseudo-droits que la femme lui refuserait). C’est, me semble-t-il davantage la réaction de quelqu’un vis-à-vis de son couple. Les 2, forment un couple, dont la relation est en train de changer. Peut-être au fond que Juliette ne sait pas dans quel sens elle veut que la relation change, ou qu’elle ne sait pas comment assumer l’idée qu’elle veut entamer une relation amoureuse avec Baptiste. Ce sont ces questions, que j’aurais aimé que le texte creuse.
        J’ai eu le sentiment par moment que le texte s’adonnait à reprendre l’air familier de notre époque du « moi je ». Moi je veux baiser. Moi je dis non. Moi je dis que tu comprends rien aux femmes. Moi je dis que tu comprends rien aux hommes. Ok pourquoi pas, mais qu’alors que cet guerre d’égo se solutionne. Et l’idée que ça se termine au plumard avec Juliette qui sodomise Baptiste, j’aurais trouvé l’idée très sympa ;)

      • Que leur relation soit fondée en grande partie sur le sexe comme tu dis( pour moi elle l’est uniquement puisque Baptiste ne laisse place qu’à cela) ne donne en aucun cas le droit à Baptiste et ce sous aucune condition y compris le silence, de réclamer quelque chose ou de crier à l’injustice. Pourquoi devrait elle se justifier au fond ? Baptiste est il un enfant ? Ne peut il pas voir que ce qu’il propose est purement merdique et profondément méprisant ? Pourquoi Juliette devrait s’expliquer là dessus ? ( j’entends plus d’ailleurs se justifier sur son attitude qui rompt le désir de Baptiste). Je pense que Baptiste est assez grand pour comprendre cela et qu’il est capable de le faire. Je ne dis pas que cela est simple mais que cela est à sa portée. Encore une fois faut il qu’il soit capable de voir qu’il est privilégié dans la relation et qu’il a le pouvoir. L’attitude du petit garçon qui crie au scandale parce qu’il n’a pas ce qu’il veut et qui d’un coup se fend d’un souci de justice et d’égalité ce n’est que de la mauvaise foi. Tout comme cette solidarité masculine qui n’est qu’une solidarité de pouvoirs et de privilèges.
        Le texte parle de lui même. Encore une fois, l’interprétation et la compréhension présuppose un travail introspectif et d’ensemble sur soi-même selon son sexe, et d’ensemble par rapport à la société et comment les relations de pouvoirs interagissent entre elles. On est dans la société et penser que l’on peut agir d’une manière quasi vierge et non empreinte de celle-ci est pour moi une vision réductrice et surtout tellement outrecuidante, suprématiste et dangereuse. Et qui induit un rapport obligatoire de force, une vision binaire.

        Afficher un dédain profond en qualifiant de « pseudos droits  » et en niant une réalité participe au rapport de force. Nier quelque chose est d’une violence extrême. parce que tu sous entend qu’il n’y a aucun privilèges pour les hommes dans la société et que les femmes ne sont pas victimes de discriminations. En gros ce serait une sorte de paranoïa ou de victimisation inhérentes au femme. Pire peut être quelque chose de naturel. Pour moi cela reviendrait à dire, par exemple, qu’il n’y a pas de racisme en France ( et dans le monde) et que les personnes racisées aiment jouer les victimes etc. Parce que cela est la même chose. Tu ne le conçois peut être pas ainsi mais c’est la même chose.

        Maintenant je ne dis pas que Baptiste n’est pas capable d’être sensible, d’éprouver des sentiments du fait même qu’il est un homme. je dis juste qu’il est responsable et que ce qu’il a proposé à Juliette jusqu’à présent était méprisant, humiliant et égoïste. Ce n’est pas parce qu’une meuf est libérée sexuellement, qu’elle aime le sexe etc. qu’elle est obligée de n’être réduite qu’à cela. Baptiste ne s’impliquait pas dans la relation, même si c’est une relation de cul on peut tout de même tendre vers une situation juste et digne. Il utilisait Juliette quand et comment il le voulait. Jamais il n’a fait un compromis, c’est elle qui devait aller le voir etc. Juliette, pour moi, a trouvé une forme de liberté à coucher « comme un mec », c’est une manière de dire je décide etc. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle est en dehors du rapport de force de la société hétéro normée où l’homme est le dominant.

        Ton désir de voir Juliette sodomiser baptiste traduit pour moi une autre tentative de réduire une réalité émotionnelle au sexe et au rôle d’objet et n’est qu’une inversion de valeur et inversion de pouvoir. Et ce besoin de toujours instaurer un rapport de force est épuisant. parce qu’il déshumanise et créé l’opposition. Ce n’est pas le besoin de féminisme des femmes qui fait du tort aux hommes mais l’incompréhension des hommes face à une réalité de femmes.

        Lorsque je parle de binarité je parle de celà. je pense qu’il est envisageable d’avoir des rapports égalitaires entre hommes et femmes, dans la mesure où on envisage autre chose que le système binaire.

      • Je trouve le texte très intéressant car l’une des premières choses que Lux mentionne pour décrire la relation entre Juliette et Baptiste est le fait que Juliette soit beaucoup plus grande que Baptiste.
        La suite est importante. Les personnages restent-ils dans une relation sexuelle ou s’engagent-ils dans une relation amoureuse au sens littéraire du terme ?
        La différence de taille dans ce sens n’est pas acceptée socialement (moqueries notamment). En s’affichant ensemble, Juliette et Baptiste vivront une relation à l’encontre des normes sociales. Dit autrement, s’ils font ce choix, ils édictent leurs règles.
        Soit indépendamment des règles édictées par la société.
        Soit par opposition systématique avec celles de la société. Dans ce cas, comme tu le dis, si Juliette sodomise Baptiste, ça peut être perçu aussi comme un acte antisocial, car effectivement je te rejoins, la femme qui sodomise l’homme, c’est aux antipodes des normes édictées par la société. Surtout si elle le fait car elle plus forte que lui.
        La relation peut être égalitaire, il n’empêche que ponctuellement l’un et l’autre peuvent avoir des névroses (comme celle de Baptiste). Je trouve dommage que Juliette se soit arrêtée à un « je ne me souviens plus exactement quand la relation a commencé à déraper », sans attendre de savoir si la névrose était passagère. Juliette me semble manquer d’un peu d’indulgence.
        J’ai en tête l’image du voilier. Pour avancer dans la direction choisie, le marin ne prend pas la ligne droite. Il tire des bords. Une relation amoureuse, pour moi, c’est pareil. Il y a des vents contraires, il y a des névroses de l’un et l’autre. Une relation (hétéro ou homo) n’est jamais totalement apaisée. Il y a sans cesse des rapports de force, des conflits merdiques. Pour autant la relation peut être égalitaire.
        Par ailleurs, tu es une fille énigmatique car tu ne prends pas les normes de notre société comme un tout. Tu refuses certaines normes (le pseudo pouvoir des hommes). Tu en acceptes d’autres (c’est la société qui dit qu’un comportement est « méprisant, humiliant et égoïste » ; à l’état sauvage, il n’existe pas ce genre de qualificatifs). Or ce n’est pas possible de choisir certaines normes et pas d’autres, si jamais ces normes ont une cohérence entre elles. Je ne sais pas s’il y a une cohérence, mais à preuve du contraire, toi non plus.

      • Ce qui est frappant c’est que tu ne réponds jamais à tous les points que je soulève précédemment. Cela pose un problème de profondeur et instaure de la rhétorique là où j’essaie d’utiliser la dialectique. Déjà l’état sauvage (comme tu le nommes) n’existe pas. L’état de nature est une simple hypothèse méthodologique.
        Le pouvoir des hommes est considéré comme une norme dans la société car tout est fondé la dessus. Le principe de norme est toujours discriminant donc oui je le refuse. Lorsque je parle de « méprisant, humiliant et égoïste » je parle de l’attitude de Baptiste qui est l’expression de ce que son privilège d’homme lui procure. C’est assez clair pourtant ce que je dis. Je ne choisis pas de normes du tout et c’est cela que tu ne comprends pas. Elles sont là ces normes mais je ne les considère pas comme justes et légitimes. Peut être que tu ne vois pas de cohérences parce que ton jugement en manque.
        Lorsque tu parles de relation à l’encontre des normes sociales tu ne te bases uniquement que du point de vue masculin. Parce que tu ne peux envisager autre chose que cette suprématie masculine. Faudrait il dérouler le tapis rouge à Baptiste parce qu’il ose sortir avec une meuf plus grande que lui ? Cela fait il de lui un militant féministe ? Celait fait il de lui un héros qui paré d’une bravoure exceptionnelle mérite toute l’admiration des féministes ? Baptiste, puisqu’il n’est que question de lui dans ce que tu dis, n’accomplit aucun acte antisocial car il n’assume rien du tout. Il ne peut assumer qu’un plan cul et dénué de tact en plus.
        le fait que tu restes bloqué sur la sodomie est une fois de plus hyper réducteur. Une femme qui sodomise un homme est un acte transgressif pour celle ou celui qui vit selon la Norme. Pour beaucoup d’autres cela est une simple pratique sexuelle comme une autre qui procure du plaisir indépendamment du genre assigné. Ce que je comprends dans ce que tu dis c’est que la sodomie est forcément un acte de domination parce que tu considère que ce ne peut être fait que par celle ou celui qui a le pouvoir.
        Il est certain que nous ne nous comprendrons pas puisque tu ne peux penser autrement que d’un point de vue binaire. tu as besoin d’un dominant et d’un dominé, d’un fort et d’un faible, d’un gentil et d’un méchant, d’un riche et d’un pauvre etc. Tant qu’il y a binarité il ne peut y avoir d’égalité.
        Je ne considère par l’attitude de Baptiste comme une simple névrose mais comme le symptôme du pauvre mâle à qui on dit non.
        Et de surcroît il faudrait que Juliette soit indulgente ? Puisque tu sembles dire qu’il n’y a pas de problème de sexisme, tu ne t’es pourtant pas demandé pourquoi ce ne serait pas à Baptiste de comprendre pourquoi Juliette agit de la sorte. Pourquoi rejettes tu la faute sur la meuf ? Le mâle est il donc si lâche et peu enclin à l’introspection et bienveillance ? le problème c’est que l’indulgence dont tu parles n’est qu’une manière de demander à la femme de tout accepter et de faire des concessions pour le bien être du couple.
        Lorsque je parle d’hétérosexualité je parle de norme sociale et pas de sexualité. Et je considère qu’il ne suffit pas d’aimer le sexe opposé ou le même que le sien pour échapper à la norme. En revanche, je sais que dans la relation lesbienne que je construis il y a une volonté de ne pas inclure de rapports de forces stigmatisant et oppressant, il y a une bienveillance mutuelle et un réel souci d’égalité. la norme hétérosexuelle met tout en œuvre pour que cela soit impossible. Et tes propos ne font qu’asseoir cette fausse vérité.

  3. Je suis transportée par votre écriture juste et sincère.


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